Shodoshima en Été (Triennale de Setouchi 2019 – 13e partie)

Ah la la, nous vivons une drôle d’époque, n’est-ce pas ?

La pandémie du Covid-19 (connu sous le surnom de « Corona » au Japon, mais ça ferait drôle de l’appeler comme ça en Europe) me met dans une position bizarre avec ce blog (pas la seule raison de la rareté des articles en ce moment, mais l’une d’entre elles).

L’un de ses buts est de vous donner envie de venir dans la Préfecture de Kagawa et de visiter les îles de Setouchi. Toutefois, là, tout de suite, la dernière chose que j’ai envie que vous fassiez c’est de visiter les îles de Setouchi !

Bon, ceux d’entre vous vivant dans des pays francophones, c’est pas demain que vous le pourrez, mais vous voyez ce que je veux dire. Et ceux d’entre vous qui vivez au Japon, s’il vous plaît, n’ayez pas la drôle d’idée de vouloir prendre l’air à la campagne et d’aller dans les îles en ce moment. Si la raison ne vous est pas évidente (elle ne l’est pas pour beaucoup de Japonais selon les dires de mes amis sur Ogijima), je vous rappelle que les îles sont habitées par des personnes âgées en majorité, et que l’accès aux soins y est limité. Donc inutile d’y emmener le virus sauf si vous voulez être la cause d’une hécatombe.

Donc voila, ce n’est pas exactement la bonne période pour faire la promotion des îles de la région (ou de quel-qu’autre région dans le monde, hein, c’est pas spécifique aux îles de chez moi). Ajoutez à ceci les niveaux de stress et d’anxiété que nous éprouvons tous. Pas exactement la bonne période pour écrire à propos de choses légères telles que l’art et le tourisme.

Mais d’un autre côté, écrire ce blog au cours des années (il a fêté ses 10 ans il y a deux mois) m’a apporté beaucoup plus que je ne l’aurais imaginé en le démarrant, et m’a aidé, plus d’une fois, à traverser des situations difficiles dans le passé. Et j’ose aussi croire qu’il a une influence positive sur vous, amis lecteurs, sinon vous ne seriez pas en train de me lire là, tout de suite.

Alors, au lieu de penser que je devrais mettre ce blog en sourdine en ce moment, peut-être et au contraire, devrais-je écrire autant que possible, pour nous changer un peu les idées pendant au moins quelques minutes ?

Oui, je devrais essayer d’y écrire plus souvent en ce moment, pas moins souvent – ou disons autant que possible : nous sommes loin d’être confinés au Japon, et non seulement je travaille toujours, mais en ce moment plus que jamais, puisqu’il s’agit de mettre un semestre de cours en ligne et donc de changer leur format tout en essayant de toucher le moins possible au contenu (et comme je suis celui qui connaît le mieux l’univers étrange du web parmi mes collègues, je me suis aussi retrouvé plus ou moins « chef de projet » – si l’on peut appeler ça comme ça – de la chose). Bref, je vais faire mon possible, mais je n’aurai pas toujours le temps et l’énergie pour écrire ici. On verra.

 

Bon assez d’états d’âme pour aujourd’hui et concentrons-nous sur la raison pour laquelle nous sommes tous ici et maintenant.

Aujourd’hui, je vous ramène dans la chaleur de l’été dernier, pendant la Triennale de Setouchi 2019 et nous retournons sur Shodoshima une fois de plus.

Pour ceux qui prennent des notes, nous étions le 20 août, et il s’agissait de mon 15e jour passé à visiter la Triennale (ce n’est que la 13e partie ici parce que j’ai mélangé un peu la chronologie, et je vais peut-être sauter quelques épisodes).

Il s’agissait d’une visite un peu spéciale, car même si je connaissais déjà toutes les œuvres (sauf deux que j’ai pu découvrir à cette occasion), j’étais accompagné par des personnes de choix.

Tout d’abord mon ami Andrew du blog Hinomaple (en anglais) qui avait enfin pu venir après qu’un petit accident le força à annuler sa visite printanière. Et aussi et surtout mon ami Vincent et sa famille. Vincent est un de mes amis proches de l’université, mais depuis plus de 20 ans nous avons la fâcheuse tendance à habiter à l’autre bout du monde l’un par rapport à l’autre, et nous ne nous étions pas vu depuis près de 10 ans.

Ce fut donc un grand plaisir que de les guider ce jour-là.

Je ne vais pas expliquer ni décrire toutes les œuvres aujourd’hui, je vous invite d’abord à (re)lire les premiers articles sur Shodoshima de 2019 si vous le souhaitez :

 

Ça y est ? Vous avez tout bien (re)lu ?

Bien, continuons.

 

Ce matin-là, nous avons pris le ferry pour le port de Kusakabe, bien moins rempli que celui pour Tonosho pendant la Triennale (mais chut, c’est un secret de local) et surtout, c’est le port le plus proche des premières œuvres que nous allions visiter ce jour-là, à commencer par une de mes œuvres préférées de 2019 :

The Shore Where We Can Reach de Xiang Yang

Et avant que vous ne continuiez plus loin, je vous invite – si vous pouvez lire l’anglais (désolé, je n’ai jamais eu le temps de le traduire) – à lire ces deux articles expliquant l’œuvre dans tous les détails, et relatant ma rencontre avec Xiang Yang, un de mes meilleurs souvenirs de la Triennale:

Xiang Yang on Shodoshima

Setouchi Triennale 2019 – Part Nine – The Shore Where We Can Reach – Shodoshima

 

Petite anecdote: Quand Xiang Yang m’a offert l’un de ses Traveling Stools (tabourets voyageant), au moment de choisir celui qui allait m’accompagner, j’ai sérieusement hésité entre deux : celui que j’ai finalement choisi (que vous pouvez voir dans les articles ci-dessus – oui, je possède un petit morceau de la Triennale chez moi 😉 ) et celui ci-dessus. Ils sont à l’opposé l’un de l’autre, le mien d’une forme assez inhabituelle, celui-ci est des plus simples, mais je les aime vraiment tous les deux.

Nous avons ensuite quitté le port de Kusakabe et les œuvres de Xiang Yang (je suis toujours triste de les laisser, il s’agit d’un lieu si magique que je pourrais facilement y passer la journée) pour nous rendre dans la péninsule de Mito, à la pointe sud de Shodoshima.

 

Je suis assez fan de Garden of the Border par Mitsuharu Doi, un faux site archéologique multiculturel et multidimensionnel. Il a fait ses débuts en 2016, a pas mal été agrandi en 2019, espérons qu’il le soit encore en 2022.

 

Quartz by the Sea de Kaoru Hirano

Il m’a fallu plusieurs visites pour tirer quelque chose de cette œuvre sauf que… non… pas vraiment en fait.

Dans une pièce de cette maison abandonnée, on trouve des morceaux de tissus déchirés au point d’être réduits à l’état de fils et créant de nouvelles formes, mais ça ne me parlait pas vraiment. Le plus que je peux en dire c’est que c’était vaguement intéressant.

Dans l’autre pièce, il s’agissait de fils électriques raccordés de façon plus ou moins chaotique et de quelques objets y étant branchés, et ça ne m’a pas inspiré beaucoup plus.

Je crois que le problème principal était que l’installation était au dessus des visiteurs, et cela n’aidait pas à se sentir connecté à l’œuvre. Bref, passons.

 

Utopia Dungeon de Keisuke Tanaka

Je suis un peu plus fan de ces arbres et autres éléments de végétation sculptés dans du bois. Une drôle de façon pour la nature de reprendre ses droits avec l’aide d’un artiste.

 

Le port naturel de Konoura. Si vous ne trouvez pas la Mer Intérieure de Seto assez calme (pour rappel, elle est une des mers les plus calmes du monde), cette crique devrait vous satisfaire. Un des endroits les plus calmes et agréables de toute la région.

 

Un tout petit bout de Tomorrow’s Sea by Mutsumi Tomosada, vous pourrez en voir plus dans l’un des deux articles liés au début de celui-ci.

 

Je visitais le lieu suivant pour la première fois. Il s’agit de Ascend the Past and Now, Descend the Future par Yoshihiko Shikada.

Au rez-de-chaussée de cette maison au bord de la mer, de vieilles photos et cartes postales de Shodoshima.

Au premier étage, une pièce vide avec une peinture sur la longue fenêtre représentant… le paysage que l’on voit quand la fenêtre est ouverte !

Avec une toute petite différence que l’on comprend de suite si l’on s’approche (ou regarde au plafond) :

Je pense que l’œuvre parle d’elle-même et que je n’ai pas besoin de vous expliquer la grave situation dans laquelle sont les océans, les mers et les littoraux de par le monde de nos jours. Et la Mer de Seto n’est pas épargnée, loin de là.

 

 

En retournant vers la voiture, je me suis demandé ce que devenait Sunset House, la maison de James Jack qui fit partie de la Triennale en 2013 et 2016. Elle n’est pas en mauvais état, mais elle aurait besoin d’un peu d’entretien quand même. 🙁

 

Ensuite, direction la sortie du village et Shiomimi-so par Toshimitsu ItoKana Koh, et la Hiroshima City University Faculty of Arts.

Une des choses que j’aime le plus à propos de la Triennale de Setouchi, ce sont les créations d’espaces improbables, de bâtiments et autres structures qui semblent directement venir d’un univers onirique mais qui sont pourtant bien réels. Shiomimi-so en est un exemple parfait.

Shiomimi-so au loin, depuis notre arrêt suivant.

 

Nous avons revu “Stand Up!” Series / Running Dog, Floating Elephant de Kohsui.

Je ne sais toujours pas quoi en penser, mais grosse déception quand j’ai compris le secret de l’éléphant. Lors de ma première visite j’avais cru que l’agencement étrange de meubles et de statues de chiens boursouflés arrivaient je ne sais comment à créer l’ombre d’un éléphant.

Il n’en était rien, l’ombre était en fait peinte !

 

Traditionnellement, tout comme les habitants de Shikoku et pour les mêmes raisons (lieux de pèlerinages), les habitants de Shodoshima sont toujours très accueillants envers les visiteurs. Voici un exemple parmi les nombreux que je vous ai déjà montrés. C’était l’été, il faisait très chaud, mais :

Du thé était offert gratuitement à qui le souhaitait.

 

Nous avons aussi revisité Element de Jio Shimizu. Je dois avouer que j’avais préféré ma première visite. Même si l’œuvre est à l’intérieur, je trouve que l’extérieur à une forte influence sur la perception que l’on en a. La première fois, il pleuvait, et toute l’eau que l’on y trouve semblait tout droit issue des nuages au-dessus de nous. En cette journée chaude et ensoleillée, la sensation était très différente. Mais l’œuvre restait plaisante et intéressante.

 

Un peu plus au sud, presque au bout de l’île, nous avons trouvé la « suite » de Shiomimi-so. Il s’agit de Yamagoe-do (Mountain Voice Cavern) toujours par Toshimitsu Ito et la Hiroshima City University Faculty of Arts (mais sans Kana Koh ce coup-ci).

Si dans l’autre œuvre il s’agissait d’écouter la mer, celle-ci était conçue pour écouter la montagne.

Coucou Vincent !

J’aime l’idée de cette caverne artificielle, poste d’observation auditif des alentours, mais le résultat est un poil décevant dans sa fonction. Une fois sous terre, il vous faudra être extrêmement silencieux ainsi que tous les gens présents pour entendre quoique ce soit provenant de la montagne. Tout autre son émis empêchera d’avoir une expérience satisfaisante, l’écho étant très fort dans cette caverne. Donc pour vraiment pouvoir en profiter, je crois qu’il faut y être seul, ou du moins sans autres visiteurs qui se mettront à parler juste au moment où vos compagnons et vous auront réussi à vous synchroniser.
Mais je reste fan de la structure.

Je n’imagine pas que cette installation soit temporaire, pourtant elle n’est pas listée dans les œuvres ouvertes pour 2020 (même si c’est un peu compromis) et 2021 (avec un peu de chance). Je pense que le lieu étant très isolé, il est difficile d’avoir quelqu’un s’en occupant les jours d’ouverture et il est trop dangereux pour être laissé sans surveillance. J’ose croire qu’il sera ouvert de nouveau en 2022

 

Notre visite suivante est une autre nouvelle œuvre que je découvrais ce jour-là. Elle s’appelle Eyes of Nature (from the Earth) par Julio Goya, artiste argentin résidant au Japon.

On pourrait décrire le lieu comme une sorte de grande cabane dans les arbres, et c’était vraiment un lieu chouette et amusant. Encore un de ces lieux imaginaires, mais concrétisés sur les îles de Setouchi par la Triennale.

J’ai appris, mais trop tard, que M. Goya était en fait l’artiste en résidence à Konoura du moment (comme James Jack et Yume Akasaka avant lui) et qu’il a passé une bonne partie de l’année 2019 dans la maison juste à côté de son œuvre. Il était certainement dans les alentours au moment où nous la visitions. Je rage un peu de l’avoir manqué. Une autre fois peut-être.

À noter aussi que Eyes of Nature est une œuvre permanente (ou du moins de long terme) et qu’elle peut être visitée n’importe quand. Je vais par contre présupposer que si Julio Goya est parti, elle ne va pas être entretenue régulièrement, ce qui pourrait donner un résultat des plus intéressants dans quelques mois, vu qu’une partie de l’œuvre est végétale et vivante (j’essaierai d’y retourner avant 2022, mais je ne promets rien, Konoura restant assez difficile d’accès pour qui ne vit pas sur Shodoshima).

 

Il fut ensuite temps de quitter la péninsule de Mito pour nous rendre au centre de l’île et y retrouver une œuvre adorée de tous, je veux parler de la quatrième version de la maison de bambou de Wang Wen-Chich dans les « mille rizières » de Nakayama. Cette fois-ci, elle s’appelait Love in Shodoshima.

Il n’y a pas vraiment mille rizières, hein. C’est juste un surnom.

 

Et cette fois-ci (re)découvrons l’œuvre en vidéo (avec les enfants de Vincent, et Dru, en invités spéciaux):

 

Notez, que si on ne peut plus y entrer aujourd’hui, Love in Shodoshima est toujours présente au moment où je tape ces lignes, et elle y restera probablement jusqu’au prochain typhon ou celui d’après (elle est habituellement démontée environ un an après la fin de la Triennale, et habituellement après que quelques typhons ait endommagé la structure vieillissante).

 

Il nous restait un dernier arrêt pour la journée. Un arrêt un peu éloigné, mais inratable. Si vous connaissez un peu les œuvres de Shodoshima en 2019, vous aurez compris que je fais allusion à Beyond the Border – Wave, de Lin Shuen-Long, située dans le village d’Obe sur la côte nord de l’île.

Et encore une fois, (re)découvrons-là en vidéo:

Une fois de plus aussi, si vous lisez l’anglais, je vous invite à lire l’interview que M. Lin m’a accordée l’an dernier :

Lin Shuen Long at the Setouchi Triennale

 

Tout à coup, surprise, des gens qui faisaient du paddleboard ! Je me demande d’où ils venaient, le seul endroit que je connais est de l’autre côté de l’île, ça va pas assez vite le paddleboard pour en faire le tour, si ?

 

Après cette toujours magnifique expérience, il était temps de rentrer et il n’était pas question de rater le ferry de retour pour Takamatsu. Cela voulait dire traverser l’île en passant par son sommet ou presque. En d’autres termes, quelques minutes après avoir été au bord de la mer, nous étions à la montagne :

 

Il s’agit des fameuses Gorges de Kankakei, et un jour, promis, j’irai les voir quand elles seront toutes rouges des feuillages d’automne (elles sont à ce moment-là, l’un des plus beaux paysages de la région… sauf que je ne les ai jamais vu à cette saison-là, honte à moi).

 

Nous arrivâmes au port quelques minutes avant que le ferry ne parte, et nous pûmes admirer le coucher de soleil à son bord :

Et je vous laisse avec la pointe de Yashima (où je me trouvais aujourd’hui, si vous me suivez sur les médias sociaux habituels, vous aurez peut-être vu passer une photo prise depuis le rocher sur cette dernière photo) :

 

Voila, c’est tout pour aujourd’hui.

À très bientôt pour de nouvelles aventures dans la Mer de Seto et ses îles.

Et comme d’habitude, si vous voulez me remercier et soutenir mon travail, vous avez plein de façons de le faire, il vous suffit de cliquer sur le logo ci-dessous :

 

 

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