Triennale de Setouchi 2019 – Troisième Partie – Shodoshima

Pour notre troisième journée sur les îles de la Triennale de Setouchi 2019, nous sommes retournés sur Shodoshima. Notez, on avait pas le choix, nous y avions laissé la voiture deux jours plus tôt.

Donc, le matin du 29 avril, nous avons pris le ferry pour le port d’Ikeda et les enfants étaient très contents de pouvoir enfin monter sur le « bateau de Toys R Us » !

Je vous explique. Il y a deux ferries qui vont à Ikeda, et chacun est décoré d’un animal géant sur son pont principal. Le premier a un panda et le deuxième a une girafe. Et depuis aussi longtemps que les enfants savent parler, ils ont toujours appelé celui avec la girafe « le bateau de Toys R Us » pour des raisons évidentes. En fait, il se trouve que nous n’étions jamais monté dessus : à chaque voyage vers Ikeda, nous étions toujours tombés sur celui avec le panda. Donc, voila, nous sommes enfin montés sur le ferry à la girafe pour la plus grande joie des enfants (et du coup, je crois que je suis maintenant monté sur tous les ferries de la région).

Aussitôt débarqués à Shodoshima, nous avons récupéré la voiture et sommes partis vers le quartier de Noma pour ma première déception de l’édition 2019 de la Triennale.

J’ai beaucoup d’amis, et encore plus de connaissances, surtout européens, qui ne sont pas très intéressés par la Triennale de Setouchi parce qu’ils « n’aiment pas l’art moderne. » Certes. Mais, tout d’abord, je me dois de vous corriger : il ne s’agit pas d’art moderne mais d’art contemporain.
Attention, voici la leçon d’histoire de l’art la plus courte du monde : l’art moderne débute au 19e siècle avec l’avènement de la photographie et dure plus ou moins jusqu’à la deuxième guerre mondiale. L’art contemporain, c’est l’art de la deuxième moitié du 20e siècle jusqu’à aujourd’hui. Je pourrais détailler plus, mais alors ce ne serait plus la leçon la plus courte du monde, et nous ne sommes pas là pour ça de toutes façons. 🙂

Eh bien, figurez-vous que l’art contemporain ne m’intéressait pas vraiment non plus avant de découvrir la Triennale de Setouchi en 2010, ceci malgré le fait qu’à l’époque, je vivais à Paris, dans le troisième arrondissement, littéralement entouré de dizaines de galeries d’art contemporain. Ou alors, c’est peut-être pour cette raison que cet art-là m’intéressait pas…

C’est donc la Triennale de Setouchi qui a fait que je me suis intéressé à l’art contemporain et qui m’a fait l’aimer. J’en ai assez rapidement compris la raison. Voyez-vous l’art contemporain existe sous de très nombreuses formes toutes très variées et très différentes les unes des autres. Or, il se trouve que les formes qu’il prend souvent en Occident (en Europe ? En France ? À Paris ?) ne sont finalement pas trop ma tasse de thé. Par contre, je trouve l’art contemporain provenant d’autres parties du monde bien plus intéressant et beaucoup plus à mon goût.

Attention, ne surtout pas généraliser ! J’aime des œuvres occidentales aussi (en fait, cette année, pas mal de mes nouvelles œuvres préférées sont occidentales) et il y a aussi bien sûr des œuvres non-occidentales que je n’aime pas. Mais malheureusement, je ne suis jamais surpris quand je tombe sur une œuvre occidentale que je n’aime pas du tout, et souvent pour des raisons semblables (la prépondérance du concept sur la réalisation entre autres choses).

Et c’est ce qu’il s’est passé à Noma.

Je fais ici allusion à Fosse d’Orchestre / White Museum de Rosa Barba.

L’installation est située au milieu de cette oliveraie en bord de mer, et elle consiste essentiellement en ce chemin de planches posées à même le sol (mes enfants ont adoré courir dessus, donc l’œuvre aura au moins eu cet avantage) et un certain nombre de haut-parleurs placés à côté des arbres et qui diffusent toute une série de sons et bruits aussi forts que déplaisants. En d’autres termes, l’œuvre réussit à transformer ce lieu si calme et reposant en un lieu stressant, sonorement horrible (on se croirait dans le hall d’une grande gare à une heure de pointe ou je ne sais quoi – même les gares japonaises ne sont pas aussi déplaisantes et bruyantes). Je n’ai aucune idée de ce que l’artiste a essayé de faire, mais je ne suis pas sûr d’avoir envie de savoir. Je sais que certains artistes ont pour but de déstabiliser leur audience, et que l’art n’a pas forcément à être agréable, mais, désolé, le contexte a aussi son importance, et la Triennale de Setouchi n’est simplement pas le lieu pour ce genre d’art-là qui irait totalement à l’encontre du but du festival.

Apparemment, je ne sais pas si c’est une bonne chose ou une mauvaise chose, mais le lieu était censé avoir deux œuvres (d’où les deux noms), mais que l’une d’entre elle (Fosse d’Orchestre ?) n’a jamais fonctionné. L’installation décrite au-dessus a aussi apparemment été démontée à la fin de la session de printemps, chose non prévue au départ, je crois (ne serai-je pas le seul à avoir eu une réaction très négative à son encontre ?) et sera remplacée par une autre installation de la même artiste pour l’été et l’automne. Je doute aller voir de quoi il en retourne, donc si vous voulez être mon « cobaye » n’hésitez pas. 🙂

 

Nous avons rapidement échappé à cette torture sonore pour nous réfugier deux kilomètres au nord, dans une partie de Shodoshima que j’adore, le quartier des fabrique de sauce de soja à Umaki.

Là, la deuxième œuvre de la journée nous attendait, et il s’agit de toilettes publiques (oui, il y a deux œuvres sur Shodoshima qui sont des toilettes publiques, trois au total dans la région avec une autre sur Ibukijima).

Il s’agit de Hut with the Arc Wall de Yo Shimada.

J’aime vraiment ce bâtiment pour deux raisons (trois si on ajoute son utilité). D’abord, vu de l’extérieur, le bâtiment est vraiment un chouette mélange de style traditionnel et contemporain. Et en deuxième, pour y entrer, on passe simplement dans un passage aux murs incurvés, sans porte, et qui donne une drôle d’impression d’être toujours à l’extérieur au vu et au su de tout le monde, alors qu’en fait non. Attention, je vous rassure de suite, seules les parties avec lavabos (et urinoirs pour les hommes) sont sans portes. Les toilettes à proprement parler en ont. Et elles ferment même à clé.

Un petit conseil en passant si vous visitez Shodoshima en voiture : juste à côté de cette « hutte », il y a un parking gratuit que vous pouvez utiliser à loisir quand vous visitez Umaki.

Le quartier des fabriques de sauce de soja dans Umaki sur Shodoshima.

 

L’œuvre suivante date de 2013 et elle est devenue l’un des lieux incontournables du quartier, une petite célébrité locale. Il s’agit de Regent in Olives de Hisakazu Shimizu :

De l’autre côté de la rue, il y a une ancienne ferme qui est utilisée pendant pratiquement chaque Triennale pour diverses choses (ateliers, emplacements d’œuvres, etc.) et il y a quelque chose à y voire cette année aussi. Mais il vous faudra patienter quelques paragraphes avant de découvrir ce dont il s’agit.

 

Après une brève marche dans les rues d’Umaki (cette partie de Shodoshima est probablement ma partie préférée de l’île en matière de ses espaces « urbains »), nous avons déjeuné dans une œuvre que j’ai toujours trouvée des plus fascinantes : Umaki Camp de Dot Architects.

J’aime vraiment ce lieu. Il n’a l’air de rien. Juste un bâtiment un peu bizarre dont on ne sait pas trop ce qu’il fait là. Il s’agit en fait d’un espace communautaire que n’importe qui peut utiliser comme il le souhaite ou presque. Il y a une cuisine, des tables, un four à pain/pizza et bien plus. Dans le temps, il y avait même un ordinateur (il y a encore un wi-fi public), une radio, une chèvre (on m’informe qu’elle est morte), des légumes dans le jardin et j’en passe. Un lieu autant pour les visiteurs que pour les locaux. Un lieu pour y faire des rencontres, un lieu à utiliser, à apprécier, et bien plus. Un lieu qui devrait exister partout ou presque et qui n’existe pas vraiment ailleurs à de rares exceptions.

Malheureusement, c’est la théorie.

Dans la pratique, j’ai bien peur qu’il ne soit plus vraiment utilisé en dehors de la Triennale. Je me trompe peut-être, mais à chaque fois que je m’y rends (tous les deux ans en moyenne, pas assez souvent, je le conçois), je le trouve, non pas à l’abandon (il est même relativement bien entretenu, au moins à l’intérieur), mais bien moins vivant qu’à ses débuts. Maintenant il est vrai que nous étions en semaine, peut-être qu’il s’y passe plus de choses le week-end. Mais nous étions pendant Golden Week, donc au final, je ne sais pas.

Quoiqu’il en soit, je n’avais jamais vu l’intérieur aussi propre. Non pas qu’il soit sale habituellement, mais là, il semblait vraiment avoir été nettoyé la veille ou l’avant-veille. C’est certainement ce qu’il s’est passé vu que c’était le début de la Triennale.

Le four à pain/pizza à l’air de toujours être fonctionnel,
mais le revêtement de l’extérieur du dôme aurait besoin d’une petite rénovation.

 

Pendant que nous y sommes resté (une heure environ), juste quelques visiteurs, la plupart surpris de nous voir y déjeuner comme si c’était notre salle à manger.

Une petite anecdote à ce propos. Pendant que nous déjeunions, une couple d’Occidentaux est arrivé, et après quelques secondes, ils avaient l’air un peu gênés d’être là, ils baissèrent la voix au point de devenir inaudibles, nous regardaient du coin de l’œil en essayant de ne pas en avoir l’air. Et même si j’avais de gros soupçons dès le moment où je les ai surpris à baisser la voix, j’ai eu confirmation quand ils sont partis et qu’ils ont recommencé à parler à voix normale : ils étaient francophones, très probablement français.

Je vois rarement d’autres nationalités faire de la sorte, mais je ne sais pas ce qu’il y avec les Français visitant le Japon, dès qu’ils voient d’autres Occidentaux, et surtout d’autres Français, ils sont de suite gênés, font semblant de ne pas vous avoir vu, j’en passe et des meilleures. Quand j’en parle sur les réseaux sociaux, on me répond souvent « Oui mais, on serait en France ou en Europe, on se remarquerait pas, on ne se parlerait pas, donc ce serait bizarre, pas naturel de le faire au Japon ». Oui mais voila, on n’est pas en France, on s’est remarqués, et donc c’est bizarre, pas naturel, et limite impoli de faire semblant de ne pas s’être remarqués alors qu’il est évident que tout le monde à remarqué tout le monde. Un petit bonjour n’a jamais tué personne, on n’est pas non plus obligés de s’échanger nos adresses à la fin.

Surtout qu’ici c’est plutôt la norme en fait. Les Occidentaux sont si rares dans la préfecture de Kagawa, qu’un petit signe de tête, voire un bonjour dans la langue de son choix sont bien vus quand on se croise.

Donc, voila, si vous croisez des Français en visitant la Triennale de Setouchi, surtout s’il n’y a que vous et eux dans le lieu, un petit bonjour qui n’oblige à rien reste la meilleure des approches. Et puis on sait jamais, ce Français, ce sera peut-être moi, j’ai déjà croisé des lecteurs totalement par hasard au détour d’une ruelle dans une île, dont une à quelques centaines de mètres d’Umaki Camp il y a quelques années (bonjour Dominique si vous lisez ces lignes).

Les marches du Sanctuaire de Matsuo à Umaki.

Notre arrêt suivant se trouve juste à côté de ces marches. C’est une nouvelle galerie qui m’a l’air permanente et elle s’appelle la Georges Gallery d’après l’artiste principal qui la dirige, le Français Georges Rousse.

La galerie héberge une grosse installation de Georges Rousse, de même qu’une plus petite, et une exposition à propos de son travail, ainsi que des peintures d’artistes japonais (à savoir Yasushi Kishimoto, Takashi Tochiyama et Miyabi Katayama) dont les oeuvres sont surtout dans le café attenant où je ne me suis pas vraiment attardé (un lieu à revisiter plus tard).
La spécialité de Georges Rousse, c’est les anamorphoses, à savoir des peintures « projections » qui demandent que le spectateur soit placé sur un point bien précis pour pouvoir voir la peinture comme il se doit. Vous allez de suite comprendre.
Voici la pièce principale de la galerie :

Et la voici, vue sous un angle différent :

Pas mal, hein ?

Il y a deux autres anamorphoses de Georges Rousse à Umaki. Une à l’étage de la galerie :

Et une autre située dans la vieille grange dont je vous parlais plus tôt, celle à côté de Regent in Olives :

J’ai aussi découvert ce qu’il était advenu du Ao Oni-kun qui décorait un champ alentours auparavant.

 

Ces deux autres anamorphoses sont aussi très intéressantes, mais elles sont plus difficiles à correctement prendre en photos.

J’ai bien aimé Georges Gallery, mais je dois vous avouer qu’elle m’a donné l’impression d’un lieu un peu trop « urbain » ou « bourgeois » et qu’il ne me semblait pas totalement à sa place dans Umaki. Mais bon, c’est pas dramatique non plus, espérons juste que Shodoshima ne va pas être atteinte de gentrification.

 

Juste derrière Georges Gallery, vous trouverez le bâtiment de l’ancienne coopérative de sauce de soja qui abrite des œuvres d’art depuis 2013. Il était fermé au printemps, mais il accueillera The Silent Room de Hans Op de Beeck à partir de l’été. Un retour dans le quartier est donc prévu pour bientôt.

 

En continuant le long de cette même rue sur quelques centaines de mètres, puis en suivant une rivière dans une zone vaguement industrielle, on arriva bientôt à un vieil hangar – où l’on pouvait aussi trouver de l’art en 2016 – pour y découvrir Bell Shelter de Zhu Zheqin, une chanteuse chinoise dont le nom de scène est Dadawa (il semblerait qu’elle soit assez célèbre dans certaines parties du monde dont, je suppose, sa contrée natale).

Je ne savais pas trop à quoi m’attendre. Une installation faite par une chanteuse, c’est assez intriguant. Et… ce fut ma plus grosse surprise du festival jusqu’à présent !

Cette œuvre est vraiment sublime, émouvante, magique.

Je ne veux pas vous en dire plus, c’est vraiment le genre d’œuvre qu’il vaut mieux découvrir par soi même. Je vais juste vous en montrer deux vues sans autre explication et vous conseiller plus que chaudement de ne pas la rater :

 

Notre dernier arrêt dans cette partie de Shodoshima, fut dans le quartier de Yasuda, juste à côté, où l’on peut retrouver la plus ancienne œuvre d’Art Setouchi de Shodoshima. Il s’agit de Tsugi-Tsugi-Kintsugi de Masayuki Kishimoto.

Dois-je la présenter ?

Bon d’accord. Peut-être connaissez-vous déjà le kintsugi, cette technique traditionnelle qui consiste à réparer la vaisselle cassée en soudant les morceaux avec de l’or ? Eh bien, l’artiste a utilisé cette technique et l’a poussée beaucoup plus loin pour fabriquer de véritables sculptures de vaisselles. Il y a neuf ans, l’œuvre possédait aussi une dimension interactive : on pouvait acheter des plats « kintsugisés », sauf que la pièce achetée n’allait pas vous revenir. Elle allait être envoyée à une autre personne au hasard, et vous receviez la pièce achetée par cette même personne. Le but étant d’essayer de créer des liens entre les gens par l’intermédiaire de ces objets eux aussi liés entre eux.

De nos jours c’est tout simplement une installation. Notez toutefois qu’une partie de l’œuvre se trouve dans un autre lieu, à savoir la vitrine de la Banque 114 dans la ville de Tonosho (juste à côté d’un arrêt de bus au centre-ville). Elle est plus petite et en plein jour. Vous pouvez peut-être y mieux apprécier la technique du kintsugi, mais je crois que je la préfère dans l’obscurité comme à Yasuda, l’éclairage et les ombres créant une atmosphère assez unique.

 

Par la suite, il était temps de quitter Hishio no Sato (le nom de cette partie de l’île) pour nous rendre à sa pointe sud, la Péninsule de Mito.

En premier, nous nous sommes arrêtés pour la toute nouvelle version de Garden of the Border de Mitsuharu Doi.

Cette ouvre de land art existe depuis 2016, mais elle est désormais plus grande et plus complexe.

Il s’agit d’un faux site archéologique qui laisse croire que les restes d’une sorte de ville très ancienne et multiculturelle (Egypte, Japon, Amérique Centrale, et plus ?) seraient enfouis en ce lieu. La pièce centrale est un torii enterré dont seul le sommet dépasse. Et si vous le regardez de près, vous y trouverez le plan de cette « ville » :

J’aime bien en fait.

 

Nous avons ensuite conduit jusqu’au bout de la péninsule (où nous avons croisé un faisant, mon premier au Japon) et la pluie a décidé de se joindre à nous juste quand nous arrivâmes au site suivant : Yamagoe-do (Mountain Voice Cavern) de Toshimitsu Ito avec la collaboration de la Faculté des Arts de Hiroshima City University où je crois qu’il est professeur.

C’est une sorte de suite à Shiomimi-so (que je vous présenterai dans quelques lignes si vous ne connaissez pas déjà)

On pourrait décrire le lieu comme une sorte de bunker avec des oreilles ! Une fois à l’intérieur, vous pouvez y entendre les sons de la montagne et forêt environnantes.

J’aime beaucoup l’idée, mais avec la pluie et deux jeunes enfants qui ont du mal à rester silencieux plus de quelques secondes, je pouvais surtout entendre leurs échos et pas trop le reste. En d’autres termes, j’ai classé cette œuvre « à revoir le plus rapidement possible, mais sans les enfants » – en août normalement).

 

En nous dirigeant vers le village de Konoura, nous nous sommes arrêtés à deux vieux bâtiments qui n’avaient l’air de rien mais qui abritaient deux œuvres assez hors normes.

D’abord, Element de Jio Shimizu.

Elle est située dans un vieux hangar plus ou moins industriel, et si la pluie était un problème quelques minutes auparavant (essentiellement parce que nous étions dehors), elle collait parfaitement avec le thème d’Element, puisque l’eau y est un « élément » important. Parce que le bâtiment était abandonné, parce qu’il y avait beaucoup d’eau dans l’installation, on avait presque la sensation qu’au final, la pluie faisait elle aussi partie de l’œuvre.

Je ne vais pas vous en dire beaucoup plus. J’ai la sensation que c’est une œuvre qui se découvre plus qu’elle ne s’explique (je me demande même si j’ai bien tout « découvert » ce qu’il y avait à découvrir dans le bâtiment). Sachez juste qu’elle s’articule donc autour de la lumière et de l’eau, bien souvent les deux en même temps.

 

Et dans le bâtiment juste à côté, on trouve : “Stand Up!” Series / Running Dog, Floating Elephant de Kohsui. Une drôle d’accumulation de meubles et de statuettes de chiens recouvertes de strass et de polystyrène ou autre substance.

Je ne savais vraiment qu’en penser, et m’apprêtais à partir au bout de seulement quelques secondes quand soudain j’ai vu l’éléphant du titre. Je ne vais pas vous le montrer, mais si vous voulez le voir vous le pourrez en cliquant sur le lien à la fin du paragraphe. Toutefois, promettez-moi de ne le faire que si vous êtes absolument certains de ne pas pouvoir vous rendre sur Shodoshima avant début novembre. Si vous en êtes certains, alors vous pouvez cliquer ici. Dans le cas contraire, je vous invite à le voir de vous même cet éléphant.

 

Une minute ou deux plus tard, nous arrivâmes au village de Konoura où nous fûmes accueillis par Shiomimi-so de Toshimitsu Ito et Kana Koh, ainsi qu’une fois encore la Faculté des Arts de Hiroshima City University.

Comme mentionné un peu au-dessus, cette œuvre est le prédécesseur de Yamagoe-do. J’aime vraiment son apparence, et le fait que ce bâtiment des plus improbables soit un jour devenu réalité. C’est d’ailleurs une des choses que j’aime le plus à propos de la Triennale, ces lieux qui ne devraient pas exister, et qui pourtant sont réels.

Mais je réalise avec horreur que je n’ai pris aucune photo de Shiomimi-so ce jour-là ! (souvenez-vous il pleuvait et j’étais avec deux jeunes enfants qui commençaient à trouver le temps long, surtout que leur intérêt pour l’art est très sélectif, aléatoire et en petite quantité seulement) Ne vous inquiétez pas, si vous n’avez pas la patience d’attendre l’article que je compte lui consacrer un de ces jours (article prévu depuis l’automne 2016), j’ai quelques photos prises lors de ma visite quelques mois auparavant :

Petite Balade sur Shodoshima

Il était temps pour un peu de repos. Ça tombait bien, nous étions donc à Konoura, et il se trouve que le village possède l’un des lieux les plus accueillants et sympathiques de toute la région, son shima no ie (litérralement : maison de l’île).

Quelques explications.
En 2013, quand la Péninsule de Mito accueillit la Triennale de Setouchi pour la première fois, les œuvres d’art étaient dispersées sur toute la péninsule et un certain nombre de shima no ie avait été installé dans les divers villages de Mito. Une chouette idée pour permettre aux visiteurs de se reposer, de se restaurer (la péninsule n’ayant aucun commerce), voire aussi de rencontrer les locaux. De plus, comme Shodoshima a elle aussi son propre mini-pèlerinage avec ses propres 88 temples (un pèlerinage pas aussi célèbre que son voisin de Shikoku, mais un pèlerinage bien plus faisable si vous n’avez pas assez de temps ou d’énergie pour son grand voisin), elle a aussi la même culture de l’ossetai que Shikoku.
Les ossetai sont de petits cadeaux comestibles que les locaux ont pour habitude de donner aux pèlerins (et par extension aux voyageurs) qu’ils croisent. Je vous renvoie à Regent in Olives, plus haut. Les oranges placées en son alcôve au milieu sont aussi des ossetai.

D’ailleurs, parfois, on me demande si les habitants de Shikoku n’ont pas une mentalité trop insulaire, vu que c’est une île assez isolée et tout ça. Eh bien, en fait, je trouve les habitants de Shikoku bien moins insulaires et refermés sur eux-mêmes, et bien plus accueillants des étrangers (pas forcément venant d’un autre pays, juste d’une autre région) que la plupart des autres endroits que j’ai visités au Japon. Je suis persuadé que cela provient du Pèlerinage et de sa culture d’accueil des pèlerins, visiteurs et autres, depuis plus de mille ans. Et on peut clairement dire la même chose de Shodoshima. Surtout que l’île a longtemps été tournée vers le commerce avec Osaka.

Et donc en 2013, ces « maisons de l’île » étaient un très bon exemple de cette culture de l’accueil. À la fin du festival de cette année-là, les maisons fermèrent avec les autres lieux de la Triennale, à une exception notable. Les gens de Konoura décidèrent de garder leur shima no ie ouverte, de continuer à y accueillir les visiteurs autant que possible (je crois comprendre qu’il y a des gens pour la tenir tous les week-ends ou presque), et aussi de l’utiliser entre eux, comme un lieu de réunions, de rencontres, pour simplement y passer du temps. Une sorte de café communautaire.

Cela fait maintenant six ans qu’elle dure, et à chaque fois que je m’y rends, il y a des gens du village qui y sont, pour discuter, passer du temps ensemble, et offrir repos, boissons (thé et café) et nourriture (somen et onigiri) à qui le souhaite. Et par « offrir », je veux dire que c’est gratuit ! Bon, il y a sur le comptoir une bonbonne à pourboires, chose presque inconnue au Japon (l’artiste américain James Jack a passé beaucoup de temps dans le village, et j’y ai aussi croisé un local à l’anglais parfait qui m’a dit avoir vécu aux US pendant un certain temps), et les contributions, même si elles ne sont nullement obligatoires, sont les bienvenues. Vous ne payez pas tant la nourriture et le service que vous avez reçu, mais plutôt, vous payez la nourriture et le service qui seront offerts à ceux qui viendront après vous.

Souvent en France, j’entends les gens se morfondre que la gentillesse et le don de soi n’ont plus leur place dans une société devenue trop égoïste et négative. Je ne vis plus au pays depuis trop longtemps pour avoir un avis sur la chose, mais sachez qu’ici, au Japon, et surtout sur les îles, ce n’est pas juste une réalité, c’est une façon de vivre.

 

Somen de Konoura. Je recommande.

Voila, c’est une des nombreuses raisons pour lesquelles j’aime Konoura. C’est un charmant village, caché au fond d’une petite baie formant un port naturel, et les gens y sont aussi gentils et accueillants que dans mes autres endroits préférés de la région comme Ogijima, ou Karato sur Teshima.

Malheureusement, nous ne pouvions passer le reste de la journée au shima no ie, car nous avions encore quelques œuvres à voir.

 

Et il faudra que je retourne voir Quartz by the Sea de Kaoru Hirano, parce que je n’ai pas vraiment grand chose à en dire. Ça m’avait l’air pas mal, mais c’était à peu près tout. Je me répète, mais une mauvaise météo et des enfants fatigués ne sont pas exactement la bonne combinaison pour découvrir de nouvelles œuvres d’art, surtout si elles demandent un peu de réflexion.

 

Et dans le bâtiment juste à côté, on trouve Utopia Dungeon de Keisuke Tanaka.

Une maison qui a été littéralement évidée de tout son intérieur, et où des sculptures de tailles diverses, faites de bois et représentant arbres et autres types de végétation ont été installées.

 

L’heure du ferry approchait doucement et il nous restait encore trois oeuvres d’art à voir à Konoura. Des choix ont du être faits.

Nous avons donc choisi Tomorrow’s Sea de Mutsumi Tomosada comme dernière œuvre de la journée. Et j’étais un peu appréhensif car elle est située dans la maison qui abritait depuis l’une de mes œuvres favorites de la région, Stories – House de Yume Akasaka. Quand, il y a quelques mois, je ne l’ai pas vu listée parmi les œuvres de 2019, j’ai d’abord cru à une erreur. L’œuvre était là depuis 2010 (originellement indépendamment de la Triennale), s’agrandissant tous les trois ans. Dans ma tête, elle était permanente, et elle était d’ailleurs indissociable de l’histoire de la maison qui l’abritait. À mes yeux, elle ne pouvait pas en partir. Et pourtant si. Les craintes qui s’étaient développées avec le temps ont été confirmées. Stories – House a bel et bien été démontée, et n’existe probablement plus. 🙁

Par quoi avait-elle bien pu être remplacée ? Cette nouvelle installation avait intérêt d’être à la hauteur.

Ça commençait très bizarrement, pas une boule de disco dans une sorte d’abri de jardin abandonné. Hmmm…

Ensuite, dans la première pièce (celle qui abritait la petite fille à la machine à coudre auparavant), ceci :

Circonspection est le sentiment qui m’habita à ce moment-là.

Finalement, la pièce principale :

Une projection sur un shoji (porte traditionnelle en papier) en rotation au milieu de la pièce.

Bon, si je ne sais trop que penser des deux premières pièces (disons qu’elles ont aidé à acquérir un certain état d’esprit avant d’entrer dans cette dernière pièce), j’avoue avoir été séduit par celle-ci. C’était magnifique, et je serai resté de longues minutes à l’admirer si j’avais pu.

Mais, je ne le pouvais pas. Nous avions un ferry à prendre.

Non, ce n’est pas notre ferry, c’était dans la cour intérieure de Tomorrow’s Sea.

 

La Péninsule de Mito est probablement une des parties les moins visitées de la Triennale de Setouchi. Il est effectivement assez difficile de s’y rendre et de s’y déplacer sans voiture. Il y a quelques navettes gratuites depuis le port d’Ikeda, et le bus régulier (qui ne passe que trop rarement). Bien sûr, un vélo électrique sera l’idéal par beau temps.

D’un côté, je me dis que c’est dommage qu’il n’y ait pas plus de monde qui découvre ce lieu merveilleux. De l’autre resterait-il si merveilleux s’il était connu et se retrouvait aussi surpeuplé que Naoshima ?

Notez que sauf erreur de ma part, l’entrée de toutes les œuvres sur Mito sont gratuites, même sans Triennale Passport (il faudrait quand même que je vérifie sur place pour être sûr de ne pas dire de bêtises).

Et après deux journées passées sur Shodoshima, mon Passport ressemblait à ceci :

Comme vous le voyez, il n’est pas encore plein. Il me reste 16 œuvres à voir sur Shodoshima. C’est qu’il s’agit d’une grande île.

Et vous savez ce que cela signifie ? Bien entendu qu’une troisième voire une quatrième journée sur l’île s’impose. En 2016, en six visites de l’île j’avais réussi à avoir 48 œuvres sur 50 (à une ou deux près, je n’ai plus les chiffres exacts).

Mais quoi qu’il en soit, c’est tout pour aujourd’hui et pour cette journée-là.

Et pour vous aider à patienter jusqu’au prochain article, je vous invite à lire les premiers épisodes de la série, si ce n’est pas encore déjà fait :

 

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À suivre…

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