Triennale de Setouchi 2019 – Première Partie – Shodoshima

La Triennale de Setouchi 2019 a démarré le 26 avril !

Mais je ne commence à en parler qu’aujourd’hui. Je sais. Désolé. 🙂

Bon en même temps, même si la session de printemps touche déjà à sa fin (dans huit jours), il vous reste quand même jusqu’au 4 novembre pour venir profiter (soit de la mi-juillet à la fin août, ou bien de fin septembre à début novembre). 🙂

Le premier jour du festival, j’étais au travail toute la journée, donc je n’ai malheureusement pas pu participer à toutes les cérémonies d’inauguration. Elles ne sont pas forcément le moment le plus intéressant de la Triennale, mais c’est toujours une bonne occasion pour rencontrer les nouveaux artistes et retrouver les anciens.

Donc ma première vraie visite (si on ne compte pas une petite avant-première sur Ogijima quelques jours auparavant) ne fut que le lendemain et elle se déroula sur Shodoshima !

Voici donc un compte-rendu de cette première journée.

Nous avons pris le ferry de 9h30 pour Kusakabe et à peine les pieds sur la terre ferme, j’ai vu ma première œuvre de la Triennale 2019 :

Le tout premier tampon sur mon Triennale Passport. Les choses ont officiellement démarré.

 

Il s’agit de Stone’s Island Stone par Hideyuki Nakayama.

Il ne s’agit pas d’une nouvelle œuvre, ni même d’une que je retrouvais pour la première fois depuis trois ans puisque je l’avais utilisée à peine un mois auparavant.

Oui, j’ai bien dit « utilisée » parce que ce bâtiment abrite des toilettes publiques ! Pour mémoire, trois œuvres de la Triennale de Setouchi sont des toilettes publiques, dont deux sur Shodoshima (la troisième est sur Ibukijima).

Le bâtiment a été fabriqué avec des pierres provenant exclusivement de Shodoshima. Pendant l’Époque d’Edo, l’île possédait de nombreuses carrières (certaines existent toujours, principalement dans le nord-est de l’île) qui fournirent des pierres pour la plupart des châteaux de la région, voire plus loin (parmi eux, le château d’Osaka et celui d’Edo – quoiqu’il faudrait que je vérifie pour ce dernier pour être sûr de ne pas dire de bêtises).

Je ne trouve pas le bâtiment vraiment intéressant en soi (si un architecte lit ça et a un avis dessus, ça m’intéresse 😉 ) mais il a le mérite de remplir sa fonction.

Je profite d’ailleurs de l’occasion pour vous donner deux conseils de visite (en plus de tous ceux que vous pouvez déjà trouver sur le site, que ce soit sur la page d’informations pratiques sur la Triennale, ou bien la FAQ).

Le premier : quand vous visitez les îles de Setouchi et voyez des toilettes, utilisez-les. Vous ne savez jamais quand vous trouverez les prochaines.

Le deuxième : quand vous venez sur Shodoshima, le réflexe de pas mal de monde est de se rendre au port de Tonosho. Effectivement c’est le plus accessible, et celui qui dispose du plus grand nombre de trajets. Du coup, c’est aussi celui qui reçoit le plus de visiteurs. Ce jour-là, d’après ce que j’avais entendu, le ferry à destination de Tonosho (pourtant l’un des plus grands ferries de la région) était complet. Le ferry pour Kusakabe ? Il y avait à peine plus de monde que d’habitude. De plus, sachez que vous n’avez absolument pas besoin d’arriver et de repartir depuis le même port (il vous faudra juste acheter des allers simples si vous n’utilisez pas le Ferry Pass). Cela vous permettra plus de flexibilité quand vous préparez votre visite de l’île. Par exemple, ce jour-là nous sommes arrivés à Kusakabe, mais sommes repartis depuis Ikeda.

 

Après ce premier arrêt aux toilettes à la première œuvre de la journée, nous nous sommes rendus à la deuxième. Elle n’était pas très loin, il suffisait de traverser la rue (juste derrière moi sur la photo précédente).

Il s’agit de The Shore Where We Can Reach (« le rivage que nous pouvons atteindre ») de Xiang Yang.

C’est un projet d’envergure qui ne sera terminé qu’à l’été et déjà il est vraiment époustouflant.

À l’heure actuelle, il est composé de trois parties. Tout d’abord une exposition avec dessins, maquettes, rendus digitaux et une vidéo expliquant l’ensemble du projet. Il y a ensuite une grande tour fabriquée à partir de morceaux de meubles anciens qui fait penser à un phare antique, et finalement une structure qui fera partie de la construction finale. Une fois terminée, celle-ci devrait être un grand bateau de 27 mètres qui naviguera et qui devrait être une des œuvres les plus mémorables de cette année. Il me tarde vraiment de le voir (et de monter dessus).

Et puis, M. Xiang est arrivé sur place peu après moi ! Il faisait partie d’un groupe plus ou moins officiel, donc je n’ai pas trop osé le déranger. Toutefois, il a quand même pris le temps de me donner ses coordonnées et de poser pour moi (et depuis, il a rejoint le groupe Facebook sur la Triennale que je gère – en anglais seulement par contre, mais je réfléchis à en faire un en français, n’hésitez pas à me dire ce que vous en pensez). Bref, il n’est pas irréaliste d’espérer plus d’informations sur le projet et une rencontre future plus approfondie (cet été par exemple).

Nous partîmes peu après pique-niquer à l’Olive Park. Il faudrait que je vous en parle un jour de ce parc… peut-être… C’est probablement le lieu touristique le plus célèbre de Shodoshima. Un  parc rempli d’oliviers et avec un chouette moulin grec au milieu devant lequel les Japonais adorent se faire prendre en photo en sautant en l’air avec un balai entre les jambes pour faire croire qu’ils volent dessus parce que le remake avec des vrais acteurs de Kiki la Petite Sorcière a été filmé sur Shodoshima. Oh well… Si ça vous intéresse, je suis sûr que vous n’aurez aucun mal à trouver des informations sur le web.

Une fois le ventre rempli, directement Nakayama pour admirer l’une des œuvres les plus célèbres de Shodoshima, voire de la Triennale, c’est-à-dire la maison de bambous de Wang Wen-Chich.

Comme elle a une durée de vie limitée (un an à un an et demi environ, selon le nombre de typhons lui passant dessus), il la reconstruit tous les trois ans, en changeant le design à chaque fois. Cette année, elle s’appelle Love in Shodoshima, et voici à quoi elle ressemble :

Notez que les rizières étaient en train d’être inondées. L’œuvre est effectivement située en bas des « Mille Rizières » de Nakayama, célèbres pour être parmi les seules rizières en terrasse de cette partie du Japon. En d’autres termes, la fin du printemps et le début de l’été sont les meilleures périodes de l’année pour visiter Nakayama.

Voici ce à quoi l’intérieur de Love in Shodoshima ressemble (et comme cette année, il dispose d’une entrée et d’une sortie, il y a un peu plus à explorer que d’habitude) :

 

Et voici quelques photos de plus de l’extérieur :

Oh, et une autre chouette anecdote.

Alors que nous marchions sur le bord de la route vers les rizières, je remarquai un homme au visage et au chapeau familiers se dirigeant vers nous, puis marchant à nos côtés vers la structure : Wang Wen-Chih !

C’était la première fois que je le rencontrais. Sachant qu’il ne parlait pas anglais, et moi-même ne parlant pas mandarin, nous n’échangeâmes que quelques politesses en japonais, quand soudain, m’entendant parler avec les enfants, elle démarra une conversation… en français !

Nous n’avons pas parlé très longtemps, il avait un rendez-vous avec le même groupe croisé plus tôt (celui avec Xiang Yang), mais il était aussi gentil que j’avais entendu dire. Il a même pris le temps de venir me dire au revoir quand il est reparti avant nous. Merci pour votre travail M. Wang. Ça aura prit neuf ans, mais je suis heureux que nos routes se soient enfin croisées. En espérant que la prochaine fois ne prenne pas neuf ans de plus.

 

Les portes du théâtre de kabuki in Nakayama étaient ouvertes.

Notre arrêt suivant fut Hitoyama, juste deux kilomètres en aval.

Le village a eu des œuvres d’art très chouettes dans le passé (pas de Straw Art cette année, ce qui m’attriste beaucoup), mais cette année est un peu décevante. Tout d’abord, il y a le vétéran Shishigaki Island de Masato Saito. Mais, passé l’étonnement de la première visite, il y a six ans, je dois avouer que ce n’est pas vraiment ma tasse de thé, et je n’ai même pas pris le temps de m’en approcher. Je pense que cette année, cette photo sera la seule chose que j’aurai à vous en montrer :

Et il y a une nouvelle installation, Fluire de Giacomo Zaganelli. Elle est située dans la piscine de l’ancienne école et elle consiste en un grand nombre de pots et de jardinières avec des plantes dedans et disposés tout autour des bassins de la piscine.

J’avoue, la chose me laisse un peu circonspect. Honnêtement, j’ai du mal à saisir le but de l’artiste ici. Peut-être que ça serait plus intéressant si le lieu avait été rénové auparavant pour mieux y accueillir et y intégrer l’œuvre ? Ou si les plantes avaient plus de temps pour y pousser et s’approprier le lieu ? Après tout, elles n’avaient été plantées qu’une poignée de semaines auparavant environ (je m’étais rendu sur place à la mi-mars et il n’y avait encore absolument rien). Peut-être s’agit-il d’un projet à long terme, peut-être faut-il simplement laisser le temps aux plantes de pousser et de grandir. Mais le peuvent-elles vraiment coincées dans ces bacs ? Et n’ont-elles pas besoin d’humains s’occupant d’elles de manière régulière ? Y a-t-il des locaux qui vont s’en charger ? Bref, beaucoup d’interrogations. J’y repasserai peut-être dans quelques mois pour voir si les choses ont évolué.

 

Nous nous sommes ensuite rendus sur la côte nord de Shodoshima, plus précisément dans le village d’Obe, où se trouve l’une des œuvres qu’il me tardait le plus de voir cette année.

Mais juste avant, nous avons revus une « vieille » œuvre que j’apprécie beaucoup, mais que je ne visitais que pour la troisième fois du fait de son emplacement éloigné (c’est le problème d’Obe, un chouette village avec de chouettes œuvres, mais très éloigné et presque inaccessible sans son propre moyen de locomotion motorisé).
Je veux parler de Shodoshima Tree de Kohei Takekoshi.

Il est possible que vous ayez du mal à appeler cela de l’art. Je vous laisse décider, mais quelque soit votre choix, il vous faudra reconnaître que le résultat est impressionnant et unique.

M. Takekoshi a trouvé la souche d’un très vieil arbre qui venait d’être déraciné (je ne suis pas trop sûr de la cause). Il termina de la déterrer, jusqu’à ce que toutes les racines soient à l’air libre, et il l’a transformée en une sorte de ready-made naturel. Transporter les racines sans les endommager à été une opération d’envergure requérant un très gros camion pas exactement commun en ces contrées, quand au bâtiment l’hébergeant, je suspecte qu’il dut être – au moins en partie – bâtit autour de l’œuvre.

Quoiqu’il en soit cette œuvre est aussi unique que spectaculaire. Elle vous donne la sensation d’être sous terre, sous une terre invisible. Toutefois, lors de mes deux premières visites, la pièce était bien plus sombre, les détails étaient difficiles à percevoir, ce qui accentuait cette sensation souterraine, et donnait une aura de mystère à ces racines. Cette fois-ci, à cause du soleil, de fenêtres changées ou d’autre chose, il y avait plus de lumière que je n’aurais souhaité.

Et puis, j’apprends encore à utiliser mon nouvel appareil-photo (trop lentement). Et si je le trouve formidable à très basse lumière, dans ce cas précis, les photos sont finalement trop lumineuses (il est temps que j’apprenne à en maîtriser les réglages manuels).

À deux bâtiments de là, une autre œuvre d’art créée par la nature. Heureusement, les « artistes » semblaient l’avoir abandonnée :

Finalement, notre destination finale : Beyond the Border – Wave, de Lin Shuen-Long.

Il s’agit de la troisième œuvre de M. Lin pour la Triennale de Setouchi, et ses deux premières font partie de mes préférées : Beyond the Border – the Ocean et Beyond the Border – Tide.

Cette nouvelle œuvre est située sur le même emplacement que Tide il y a trois ans, mais elle démarre de manière très différente. En entrant dans un « tunnel » derrière le bâtiment près de la plage :

Rapidement, le tunnel laisse place à un chemin au milieu de feuilles de bambous :

Et rapidement la structure principale apparaît :

Une « boule » géante faite de bambous. Une sorte de temple représentant la connexion qu’a Shodoshima à la fois à la terre (le cœur de la structure à la forme d’un noyau d’olive) et à la mer (son aspect général évoquant un oursin).

Et comme tous les temples, on peut y entrer, l’intérieur recelant un certain nombre de surprises.

Et une surprise supplémentaire attend le visiteur qui s’aventure sur le balcon ou qui sort du « temple » :

Le petit garçon de Tide est de retour. Ou plutôt, les 196 petits garçons, après avoir été dissous dans la mer, sont partis pendant trois ans tout autour du globe pour se donner finalement rendez-vous au point de leur origine, et pour y fusionner en ce petit garçon en « or » qui vient présenter ses respects à ce nouveau temple.

Une petite fille présentant ses respects au petit garçon. Et cette fois-ci, elle a réussi à ne pas trop se mouiller les pieds.

À la fin de la visite, j’ai pu passer un peu de temps avec Lin Shuen-Long. Cette fois-ci, la rencontre n’était pas due au fait du hasard. Nous sommes en contact depuis peu (attendez-vous à une interview tôt ou tard, quoiqu’en ce moment, je n’ai pas trop le temps de les traduire – si vous lisez l’anglais, vous pouvez les retrouver là). Il savait que je venais. Et surprise, lui aussi parle français (l’interview a été réalisée au préalable par e-mail en anglais, mais je ferai l’effort de traduire au moins celle-ci en français).

Merci encore M. Lin, pour votre temps précieux, et pour ces magnifiques œuvres depuis maintenant six ans.

Finalement, il fut temps d’aller au port d’Ikeda pour rentrer à Takamatsu.

Et quand on est au centre-nord de Shodoshima et que l’on veut se rendre au centre-sud, il y a en gros deux routes : on peut faire le tour, ou on peut couper tout droit, à travers les montagnes, certes petites mais aux routes pentues. Bon, on a coupé par les montagnes, les enfants étaient pas trop fans des lacets, mais arrivés en haut, la vue est quand même chouette (oui, il s’agit des fameuses gorges Kankakei).

 

À suivre…

 

 

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