stories – House – de Yume Akasaka sur Shodoshima


Aujourd’hui, je veux vous parler d’une œuvre d’art de la Triennale de Setouchi qui me tient tout particulièrement à cœur et qui est très probablement l’une de mes favorites du festival. Elle est située dans le village de Konoura à la pointe sud de Shodoshima.

Elle s’appelle stories – House – (histoires – Maison) et a été réalisée par Yume Akasaka.

J’avais découvert l’œuvre en 2013, et elle m’a touché comme bien peu d’œuvres l’ont fait, et pourtant je n’en avais pas encore parlé ici.

L’une des raisons (en plus des habituelles contraintes de temps et ce genre de choses), c’est qu’il est très difficile d’en parler de la bonne façon. Il est difficile d’en prendre des photos satisfaisantes (même celles que vous trouverez ici ne le sont pas). Ce n’est pas tant une œuvre que l’on regarde, mais plutôt une expérience entière, une expérience qui débute par un espace qu’on occupe, à savoir la maison du titre.

C’est pour cela que j’ai longtemps été (et le suis encore) réticent à vraiment en parler. Je pense qu’il est important de découvrir stories – House – sans trop d’attentes, sans en savoir trop. Non, pas à cause d’un quelconque effet de surprise comme ça peut parfois être le cas, mais parce que la découverte fait partie de l’expérience et de l’appréciation.

En fait, je vous propose quelque chose. Si vous êtes sûrs et certains de pouvoir vous rendre à Konoura en 2019, arrêtez de suite la lecture de cet article, et revenez après avoir visité stories – House. Et si vous venez en 2019, soyez sûrs de prendre le temps d’aller jusqu’à Konoura, même si elle est loin des grosses îles. Pas grave si vous ne voyez pas tout sur Naoshima, les vrais trésors cachés de la région sont sur les autres îles de toutes façons, et la Péninsule de Mito demande vraiment à être mieux connue. Dans le cas contraire, si vous pensez ne jamais pouvoir en faire l’expérience, vous pouvez continuer la lecture (et malheureusement, si l’œuvre est permanente, elle n’est pas ouverte entre les Triennales comme d’autres le sont).

 

 

Et encore aujourd’hui, alors que cet article est déjà bien lancé, je ne sais pas encore trop comment bien en parler.

Peut-être commençons par expliquer ce que c’est. Il s’agit donc d’une vieille maison dans le village de Konoura, sur la côte sud-ouest de la Péninsule de Mito sur Shodoshima. À l’intérieur de la maison, dans un cadre très calme et relaxant, vous allez rencontrer des images, des visions furtives. Des visions du passé. Des souvenirs ayant pris vie devant vos yeux. Oui, c’est un peu vague. C’est fait exprès.

 

 

La dernière fois que je me suis rendu dans la maison, en juillet 2016, Yume Akasaka était présente, et elle a eu la gentillesse de m’offrir un peu de son temps pour expliquer comment l’œuvre est née et son évolution.

Sans être un interview à proprement parler, voici quelques phrases et informations tirées de notre conversation.

 

Tout d’abord stories – House – a vu le jour en 2010 quand Mme Akasaka était artiste en résidence sur Shodoshima.

Il a débuté avec le cheval, et les autres éléments ont été rajoutés au fur et à mesure. En 2016, le dernier ajout était la petite fille à la machine à coudre.

 

 

Cette petite fille est une vraie personne. Elle était encore vivante en 2016, mais elle était très vieille. Je ne sais pas si elle est encore parmi nous aujourd’hui, mais la maison où est située l’œuvre d’art était la maison où elle a grandi.

Yume Akasaka, lors de sa résidence, a passé beaucoup de temps dans la maison, à la recherche d’objets, de signes, de quoique ce soit qui pourrait avoir une certaine histoire qui soit liée au lieu. Ensuite, elle demandait à la vieille dame de lui raconter ces histoires, transformant certaines d’entre elles en installations vidéo.

 

 

L’idée derrière stories – House – c’est que chaque lieu, et tout particulièrement chaque maison a une histoire qui lui est propre et que cette histoire est faite d’histoires, de récits, tirés de souvenirs. Mais bien souvent, quand ces souvenirs disparaissent avec les personnes qui les possèdent, les histoires et l’histoire du lieu disparaissent à leur tour.

Le but du projet est de « ne pas oublier ce qui a été. »

Pour ce faire, Yume Akasaka a remplacé ce qui a été par ces vidéos, un peu irréelles, floues. Elles ont ce côté pas totalement fidèle à la réalité qui fut, parce qu’elles ne sont pas censées la représenter. Elles représentent les souvenirs de cette réalité. Souvenirs qui eux aussi n’y sont pas toujours fidèles.

 

 

Elle m’a aussi montré un exemple de comment elle a procédé. Voyez ces traces sur le mur :

 

 

Intriguée, Mme Asakasa a demandé à la vieille dame la raison derrière cette différence de couleur sur le mur.

La raison de cette décoloration, c’est qu’à plusieurs reprises, la mer est arrivée jusque dans la maison, essentiellement à cause de forts typhons. La maison est à deux pas de la côte, séparée de celle-ci uniquement par une route, et certaines quantités d’eau sont déjà entrées dans la cour intérieure, voire même dans la maison à plusieurs reprises au cours de la vie de la vieille dame. Elle nota même qu’il est arrivé que des poissons entrent dans la maison.

Après avoir entendu le récit de la vieille dame, Yume Asakasa, inspirée par cette histoire de poissons, a donc décidé de mettre des poissons dans la maison (et c’est probablement ma vidéo préférée de la maison) :

 

 

Je sais, il est question de vidéos, et je ne vous montre que des photos. C’est volontaire de ma part. Comme je le disais en début d’article, cette œuvre doit vraiment être découverte physiquement. Il est important d’occuper l’espace physique de la maison quand on la découvre, elle n’a que peu de sens sinon.

J’espère donc que c’est une expérience que vous pourrez vivre en 2019.

Et quoiqu’il en soit, un grand merci à Yume Akasaka pour m’avoir donné de son temps pour m’expliquer son œuvre, stories – House –

 

 

 

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