Balade sur Teshima


 

Donc hier, malgré une température prévue avoisinant les 35°C (ce que veut dire une température ressentie dans les 40°C en gros) nous sommes partis passer la journée sur Teshima. La raison exacte vous sera dévoilée dans quelques jours et quelques articles, en attendant, un mini-compte rendu de la journée.

Nous sommes donc arrivés sur l’île en fin de mâtinée et nous devions nous rendre au village de  le plus rapidement possible. Petit problème, les bus hors-saison (c’est-à-dire hors session de la Setouchi Triennale) sont très rares pour Kō et le prochain était deux heures plus tard. Mais bon, le village n’est à deux ou trois kilomètres d’Ieura (là où le bateau en provenance de Takamatsu accoste), et malgré une petite montée, c’est très faisable à pied, même avec une petite fille de 15 mois (nous avions quand même emmené la poussette, même si on ne l’utilise plus trop de nos jours). Bien sûr, c’est par temps normal. Avec cette canicule, hors de question d’improviser un tel trajet. C’est donc armés de plusieurs bouteilles d’eau, de serviettes et de chapeaux que nous nous lançâmes dans cette mini-excursion, contrôlant en permanence que Hana ne soient pas au soleil, en la faisant boire tous les 200 ou 300 mètres, faisant une mini-pause à chaque coin d’ombre (pas plus de trois ou quatre sur le chemin – cela reste un grand mystère pour moi, que l’on soit en ville ou à la campagne, j’ai l’impression qu’il n’y a presque jamais d’ombre au Japon), et environ 45 minutes plus tard nous arrivâmes enfin aux abords du village où nous fûmes accueillis par cette vue :

 

1 - Mer de Seto depuis Ko

 

Malgré le fait que je ne me rende que très peu souvent à Kō (car il est très isolé et que l’on ne s’y rend que rarement par hasard), je trouve que le coin est l’un des plus beaux coins de la Mer Intérieure de Seto. Je pense que vous aurez du mal à me contredire en voyant la photo ci-dessus (et je ne dis pas ça parce que l’île au premier plan est Ogijima – et pour ceux que ça intéresse, derrière c’est Megijima et au fond, c’est Shikoku).

En nous approchant du village, nous aperçûmes quelque chose d’assez singulier dans la forêt de bambous à droite juste avant d’entrer dans le village :

 

2 - Quelque chose dans les bambous

 

Oui, oui, il s’agit bien de gens construisant quelque chose en bambous à plus de 20 mètres de haut. Bien entendu, cela a un rapport avec la Setouchi Triennale. Les détails viendront bientôt.

 

Et à l’entrée du village, nous fûmes accueillis par Farther Memory (parfois aussi appelée Distant Memory) l’oeuvre de Chiharu Shiota, qui va fêter ses trois ans deux semaines (mais qui va malheureusement être peut-être démantelée à la fin de l’année) :

 

3 - Farther Memory

 

4 - Distant Memory

 

L’oeuvre est assez difficilement reconnaissable sous ces angles-là, mais c’est volontaire de ma part. Ça et le fait que nous ne nous y sommes pas rendus par manque de temps : c’est que – comme je disais plus haut – les bus sont rares à Kō et si nous étions venus à pied, il était hors de question de repartir de la même façon.

 

Traces Blue sur Teshima

 

Nous avons aussi fait un petit détour pour voir la moitié de Traces Blue de Craig Walsh et Hiromi Tango que nous n’avions pas encore vue (je ne suis pas allé sur Teshima pendant la session de printemps sinon pour un arrêt d’une heure à Ieura au retour d’Inujima).

Sur la plage, à deux pas de Traces Blue nous attendait aussi une surprise :

 

Beyond the Border ー the Ocean de Lin Shuen Long sur Teshima

 

Un truc assez monumental est en train d’être construit. Le « problème » c’est que cela ne correspond à rien des nouvelles oeuvres de la Triennale sur Teshima. Une oeuvre surprise ? Après vérification, il s’agirait d’un élément de Beyond the Border ー the Ocean de Lin Shuen Long. Sauf que l’oeuvre est listée en tant que pièce de théâtre qui sera jouée sur plusieurs îles. S’il s’agit du décor de la pièce, je ne vois pas trop comment ils vont le déplacer d’une île à l’autre du jour au lendemain. Un truc comme cela va forcément rester de manière permanente sur la plage, ou du moins pour un certain temps. Une autre photo pour vous donner une idée de l’échelle :

 

7 - Construction sur la plage de Ko

 

Je vous donnerai plus de détails quand je les connaîtrai.

 

Bientôt l’heure du bus approchait, donc nous nous rendîmes à son arrêt quand soudain c’est le drame !

Alors que nous sommes encore à 200 mètres environ de l’arrêt de bus, nous le voyons en partir ! Avec plus de 5 minutes d’avance ! Nous courrons après, gesticulons, mais rien n’y fait, le chauffeur ne nous a pas vu et file sans nous. Le prochain bus est dans trois heures !

Tout cela à cause d’une bête erreur. Son passage précédent était à 11h36, là, il était 13h29, mais je ne sais pourquoi nous avions mélangé les minutes dans les horaires que nous avions notés (11h29 et 13h36)

Qu’allions-nous donc faire ?

Hors de question d’attendre trois heures au soleil sans rien faire, et nous n’avions nulle part où aller dans Kō (et se balader dans le village nous aurait encore plus déshydratés). Il nous fallait donc nous rendre à l’évidence, nous allions devoir marcher de nouveau pour retourner à Ieura. Était-ce raisonnable ? Nous avions juste assez d’eau (il y avait certainement des distributeurs quelque part dans le village pour en acheter d’autre), mais la chaleur se faisait de plus en plus intense, et si je ne m’inquiétais pas trop pour moi ou 康代, il en était autrement pour Hana. Une telle excursion pouvait potentiellement être dangereuse pour elle.

C’est alors que le salut est arrivé sous forme d’un vieil homme au T-shirt jaune sur un scooter. Il passa, nous regarda. Puis il repassa et s’arrêta pour nous demander ce que nous faisions-là à l’arrêt de bus alors qu’aucun bus n’allait bientôt passer. Nous lui expliquâmes l’incident. Il nous a dit de rester là et il est reparti.

Je vous ai déjà expliqué comment les gens de Teshima sont parmi les gens les plus gentils que j’ai rencontré non pas au Japon, mais dans ma vie ? (oui, je l’ai fait là, et puis là aussi, et encore j’ai pas tout raconté)

Trois minutes plus tard, il était de retour, non pas sur son scooter mais dans sa voiture, nous demandant où nous voulions qu’il nous emmène.

Quelques minutes plus tard et après de nombreux remerciements, encore touchés par son geste, nous étions à Shima Kitchen en train de déjeuner enfin :

 

Shima Kitchen Set

 

Étrangement la seule photo que j’ai prise ce jour-là à Shima Kitchen (ce qui me fait penser que j’en ai plusieurs dizaines que je n’ai pas encore postées et qui attendent dans un coin de mon ordinateur). Il s’agit du Shima Kitchen Set, le menu signature du lieu (mais pas le seul), un menu toujours similaire, mais toujours différent car tout ce qu’il y aura dans votre assiette (et vos bols) provient de Teshima et donc change au gré des saisons (surtout pour les légumes) et les prises de pêche (hier de la dorade). Inutile de vous dire que c’est délicieux.

Sur place nous avons échangé quelques mots avec un Suédois vivant en Suisse et son ami qui voyagent pendant trois semaines autour du Japon et qui ont décidé de dédier une semaine entière à Shikoku. Un exemple à suivre donc.

D’ailleurs, je fus surpris par le nombre d’étrangers (essentiellement européens) que nous avons croisés sur Teshima. Pas des foules, mais une proportion notable en ce lundi. Teshima commencerait-elle à devenir un poil connue (en tant que voisine de Naoshima certainement) à l’étranger ?

 

brouette rouillée

 

Après un très petit tour dans Karato et une discussion avec trois vieilles dames qui passaient par là, il était temps de nous rendre à Ieura, car il faisait vraiment trop chaud pour flâner comme nous l’aurions souhaiter (ou même aller faire un saut jusqu’aux Archives du Coeur comme nous y avions pensé un moment).

 

10 - Inujima

Inujima, vue depuis Karato

 

Arrivés à Ieura, il nous restait plein de temps avant de rentrer à Takamatsu, alors nous nous sommes baladés un peu ce qui me permet de vous montrer en avant première Teshima Yokoo House qui ouvrira ses portes dans 10 jours :

 

 

Et comme souvent quand nous sommes à Teshima, le séjour se termine par une boisson et une collation à Il Vento (aussi connu sous le nom de Was du liebst, bringt dich auch zum weinen) que nous avions pratiquement pour nous seuls comme souvent hors-saison :

 

 

Bientôt (souvent je dis « trop tôt » mais là, la chaleur était tellement accablante qu’il me tardait de rentrer) il fut temps d’embarquer dans le bateau qui nous ramena à Takamatsu, où nous pûmes enfin nous mettre (un peu) au frais – il y a la clim dans ma chambre, mais pas dans mon salon).

Ce fut une fois de plus une merveilleuse journée dans l’un de mes lieux préférés du Japon (j’ai presque envie de dire du monde). Si vous passez dans le coin, ce serait une grossière erreur que de ne pas vous y rendre.

 

 

 


A propos de David Billa

David vient du Sud-Ouest de la France. Après quelques années passées aux États Unis et quelques autres à Paris, c'est aux abords de la Mer Intérieure de Seto qu'il s'est finalement posé. Subjugué par la beauté de cette région malheureusement si méconnue, il a créé ce blog pour vous la faire découvrir.


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