Teshima, la suite

Hier, comme nous n’avions pas vu toutes les oeuvres de l’île (et seulement un de ses trois villages), nous sommes retournés à Teshima.
Aller à Teshima un samedi était risqué. Voyez-vous, les organisateurs du festival ont nettement sous-estimé le nombre de visiteurs (ils en attendaient 300000, la barre des 800000 aurait été dépassée) et cela se ressent, en particulier sur Teshima où un nouveau musée vient d’ouvrir et où il n’y a pas de ferry direct desservant Takamatsu, seulement des bateaux relativement petits. Il est donc parfois difficile d’y accéder, il est parfois encore plus difficile d’en partir (la dernière fois, nous avons pu prendre le dernier bateau quittant Ieura de justesse, des dizaines de personnes restant à quai ; rassurez-vous, il y avaient d’autres façons de quitter l’île,  mais beaucoup moins directes).
En fait, nous nous en sommes sortis royalement. Comme précédemment, nous n’avons même pas tenté de prendre le bateau direct depuis Takamatsu, mais nous avons fait directement un détour par Tonoshō pour arriver à Karato, le village où j’avais rencontré des gens si formidables. D’ailleurs, j’avoue que si je souhaitais retourner à Teshima, c’était autant pour les oeuvres d’art que nous n’avions pas encore vues que pour les gens de l’île.
Ca n’a pas tardé. Même si, à regret, je n’ai croisé aucune des personnes rencontrées deux jours auparavant (nous ne sommes malheureusement pas restés assez longtemps à Karato pour cela), alors que nous attendions le bus pour Kō, une vieille dame, nous aborda de but en blanc, juste pour discuter avec nous. Elle avait 87 ans (elle nous informa être née en l’an Taishō 11!) et elle n’avait jamais dû voir autant d’étrangers de sa vie, à sa plus grande joie. Elle vivait à Kō et une fois arrivés là-bas, elle continua à discuter avec nous (nous étions séparés dans le bus) et elle mit un point d’honneur à nous indiquer où se situaient toutes les oeuvres à voir avant de nous saluer et de nous donner rendez-vous dans trois ans, date prévue du prochain festival.

87 ans, je vous dis. 
Comme quoi, la joie de vivre et la gentillesse, ça conserve.

A Kō, il y avait les oeuvres suivantes :

Harmonica de Sue Pedley 
Quand j’ai lu sur le guide officiel que cette oeuvre consistait en une ancienne maison de pêcheur recouverte d’un filet de pêche, ma première réaction fut que c’était un beau foutage de gueule en perspective. Au point que j’ai failli zapper le truc. Bien mal m’en aurait pris, car cette oeuvre est bien plus que ça. Il s’agit d’une maison/installation réalisée uniquement avec des éléments trouvés dans la maison (sauf peut-être le filet ?)
 y compris une armoire avec des tiroirs « harmonica », d’où le nom.
Il y a aussi ce tas de bols enveloppés de linge qui semblent représenter quelque chose d’assez abstrait au premier abord, mais si on y regarde de plus près, il s’agit en fait de la carte de l’île, avec ses élévations, différentes couleurs représentants différents éléments (forêts, villages, etc).
La maison contient aussi d’autres petits éléments ici ou là et au final, c’est effectivement un très bel hommage aux habitants de l’île que l’artiste fait. 
 Luck Exists in the Leftovers de Claire Healy & Sean Cordeiro
Quand on entre dans cette maison, on tombe tout d’abord sur ça.
Une excavation archéologique…
Et dans l’autre pièce de la maison :

 Amusant
 Kō, sur la côte sud de Teshima
 Du riz presque plus ou moins prêt à être récolté.
 Sea-Songs of the Subconscious de Cameron Robbins 
Si cette oeuvre ne ressemble à rien (un bateau retourné avec des tuyaux dessus), c’est parce que ce n’est pas une oeuvre visuelle, mais une oeuvre sonore. En effet, les tuyaux sont en fait des tuyaux d’orgue, et l’oeuvre produit constamment de la musique. Le musicien ? La mer. Le morceau joué : celui des vagues, du flux et du reflux des marées. Peut-être pas un futur grand classique,
mais une sensation plaisante de communiquer avec la mer.
(notez Ogijima dans l’arrière-plan)
Un petit temple Shinto sur une colline à côté du port de Kō 
Farther Memory de Chiharu Shiota 
Le concept me parait un peu spécieux (honorer les souvenirs des gens de l’île à travers de vieilles portes et fenêtres abandonnées et assemblées pour former ce tunnel), mais le résultat est plaisant.

Nous avons ensuite quitté Kō, un peu à regrets, pour nous rendre à Ieura (prononcez: « I-é-ou-ra ») où nous attendait la dernière partie de notre voyage sur Teshima. Nous commençons par une maison contenant diverses oeuvres de Tadanori Yokoo, elles étaient plus ou moins intéressantes et j’en ignore les titres (le site officiel en indique quelques uns, mais sans aucune autre précision)
 Je ne serai pas surpris si ce tableau était Universal Frantic Love

 Une maison abandonnée
 Non, toutes les maisons de Teshima ne sont pas de vielles bâtisses plus ou moins abandonnées et vermoulues.
On notera aussi des tableaux faits au crayon par Susumu Kinoshita et étant un hommage à Haru Kobayashi, l’une des dernières d’une longue tradition de musiciennes aveugles au Japon. Des oeuvres magnifiques, malheureusement les photos étaient interdites.
Was du liebst, bring dich auch zum weinen de Tobias Rehberger
Un café un peu psychédélique qui n’aurait surpris personne à Paris ou à Berlin, mais qui dénote un peu sur Teshima. Mais je reconnais qu’être à l’intérieur pique (un peu) moins aux yeux que de regarder les photos.

Je voulais rentrer à Takamatsu avec un de ces deux bateaux,
mais c’était soi-disant impossible.
Voila, c’est tout pour Teshima (pour ma visite s’entend il reste des dizaines de photos à vous montrer, sans parler du petit évènement que j’ai rendu mystérieux un peu involontairement) une île dont je n’attendais rien et qui m’a offert tant. Il ne me tarde que d’une chose, c’est d’y retourner, mais de peur qu’elle ne vole la place d’Ogijima dans mon coeur, je me suis empressé d’y retourner aussi aujourd’hui (là aussi, il me restait des oeuvres à voir et hors de question d’en oublier quelques unes).

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