Setouchi Triennale, J-3 sur Ogijima

 

Après deux semaines exténuantes au boulot (et celle qui arrive ne va pas être beaucoup mieux), la meilleure chose qui pouvait m’arriver était de passer mon dimanche sur Ogijima. Et comme il faut parfois provoquer les choses, j’ai donc sauté dans Meon à la première occasion venue hier.

J’ai connu Ogijima déserte, j’ai connu Ogijima remplie de visiteurs pour le Festival ou autre évènement spécial (la floraison des narcisses par exemple), mais c’est une nouvelle Ogijima que j’ai découverte aujourd’hui, une pleine de vie et d’effervescence, car à trois jours de l’ouverture de la Setouchi Triennale 2013, l’île était remplie d’artistes, de bénévoles de Koebi-tai et aussi de quelques visiteurs et jamais je ne l’avais vue aussi débordante d’activité (autre que « touristique »). Cela faisait vraiment chaud au coeur.

Cette journée m’a aussi permis de rencontrer Arthur Huang, artiste américain basé à Tokyo, avec qui je correspond depuis quelques mois autour de la Triennale à laquelle il va prendre part. Et comme il avait terminé l’installation de son oeuvre dans la mâtinée (alors qu’il pensait devoir y travailler probablement jusqu’à mardi), il est directement venu nous accueillir à la sortie du ferry. Nous avons donc déjeuné puis arpenté les rues d’Ogichō ensemble et il nous a fait la primeur de son oeuvre Houses of Light prête depuis le matin-même.

 

House of Light

 

Arthur Huang - House of Light - Ogijima
Arthur Huang et une de ses Houses of Light.

 

Dans le port, un bateau décoré par Team Ogi :

 

Bateau - Team Ogi

 

Ebidu - Team Ogi

 

Si vous vous demandez où trouver le Group 1965, la réponse est visible de loin puisqu’ils ont laissé leur marque en grand sur le mur de l’école qu’ils vont donc occuper pour la Triennale:

 

 

Ogijima School yard
C’était en fait la toute première fois que je me rendais dans la cour de l’école. Pendant un moment j’ai eu une réminiscence de la raison pour laquelle je m’étais intéressé à Ogijima il y a maintenant quatre ans.

 

Des gens travaillaient dans l’école, mais je ne suis pas entré, je me sentais un peu trop intrus. Je ne sais pas si c’était des membres de Koebi-Tai ou les artistes. Peut-être un peu des deux.

 

Du côté de Team Ogi, on s’activait ferme de tous côtés, que ce soit avec les bateaux à peindre ou les drapeaux qui sont plantés un peu partout dans le village (pour les photos des drapeaux, ce sera pour une autre fois, je n’en ai pas vraiment prises) :

 

Team Ogi - 1

 

Team Ogi - 2

 

Team Ogi - 3

 

Une autre oeuvre est terminée et est déjà accessible. Il s’agit de Walking Ark de Keisuke Yamaguchi. Il faut aussi avouer que c’est ma première déception. Bien entendu avec un évènement d’une telle ampleur, on ne peut pas tout aimer. Mais jusqu’à présent, j’avais vraiment eu de la chance avec Ogijima, on peut dire que j’aime sincèrement à peu près toutes les oeuvres sur l’île. Mais malheureusement, cette oeuvre tombe exactement dans l’ornière que toutes les autres oeuvres d’Ogijima avaient réussi à éviter, celle de ne pas s’intégrer à l’île, d’être juste juxtaposée dans le même espace, d’être comme un cheveu dans la soupe. Je me souviens de ma toute première rencontre avec Yoshifumi Oshima, quand il m’expliqua pourquoi il avait choisi de travailler avec les Onba : parce qu’il ne voulait pas « défigurer » l’île, il ne voulait pas imposer son art à celle-ci, mais au contraire que celui-ci s’intègre dans l’esthétique et la culture déjà existantes de l’île. C’est peut-être pour cela qu’Onba Factory est si populaire sur Ogijima, et que maintenant ses Onbas sont devenus une deuxième icone d’Ogijima après son phare. Walking Ark, c’est tout le contraire, un jeu d’artiste qui n’a rien à voir avec l’identité du lieu où il s’installe pourtant durablement. Dommage. Au moins, l’oeuvre est excentrée et ne défigure pas grand-chose tant qu’on ne s’en approche pas. Je vous parlerai plus en détails de la chose dans l’article qui lui sera dédié.

 

Walking Ark

 

Et comme je viens juste de mentionner M. Oshima, vous savez qu’un passage sur Ogijima n’est pas complet sans au moins un petit moment passé avec lui. Sauf que cette fois-ci, ce moment fut très bref, car je ne l’avais jamais vu aussi occupé :

 

Mr Oshima - 1

 

Et si vous vous demandez ce qu’il était en train de faire, ces photos vont vous donner une meilleure idée de la chose :

 

 

 Si j’ai bien tout compris, un problème technique a ralenti l’avancée du projet, et Team Ogi s’est retrouvée avec trois bateaux à peindre en même temps, sauf que le port d’Ogijima n’étant pas exactement grand, il n’y a possibilité que de deux bateaux en cale sèche en même temps. Donc M. Oshima s’est retrouvé à devoir peindre ce bateau directement dans l’eau. Imaginez le truc quelques secondes (j’aurais dû filmer) : peindre quelque chose en mouvement (le bateau flottant) en étant soi même en mouvement (sur un canot flottant lui aussi). Je ne l’ai jamais vu aussi épuisé.

Nous ne nous sommes donc pas attardés près de lui pour ne pas le déranger, mais nous avons quand même pu passer quelques minutes sympathiques avec son adorable épouse Chii Oshima, un peu moins occupée, mais juste un peu, avant de nous diriger vers l’aire de repos aux abords du quai du ferry, aire elle-aussi transformée en oeuvre d’art pour la Triennale : The Ordinary par Eriko Yano.

Mme Yano mettait les dernières touches à l’oeuvre qui devrait être terminée demain je pense (contrairement à ce que pourrait laisser penser les photos, elle ne travaillait pas seule dessus, mais étaient aidée par des membres de Koebi-tai) :

 

 

Eriko Yano - The Ordinary - 4
Eriko Yano et « The Ordinary »

 

Je n’ai pas regardé The Ordinary en détails, j’attends qu’elle soit terminée pour cela, mais j’apprécie vraiment que cet espace jusqu’à présent assez peu utilisé ait été ainsi transformé pour le rendre beaucoup plus attractif.

 

Ogicho - The Ordinary

 

Herb Garden - Ogi

 

Une des choses que j’aime tout particulièrement pendant le festival est comment les locaux s’investissent dans la chose et n’en sont pas juste les figurants passifs. J’ai déjà mentionné pour l’édition 2010 les oeuvres réalisées avec la population locale ; il y en aura aussi cette année. Mais il y a aussi les gens qui s’investissent de leur propre chef pour tout simplement mieux accueillir les visiteurs. Par exemple, ce « jardin d’herbes fines. » Il y a déjà trois ans, la propriétaire du lieu avait arrangé un petit coin dans l’entrée de sa maison pour que les gens puissent s’y reposer, je crois qu’elle vendait aussi des boissons et des petits objets décoratifs. Cette année, c’est carrément tout son jardin qu’elle a transformé en aire de repos. Parmi les objets décoratifs, je me souviens il y a trois ans de petits pièges à poulpe peints, j’ai espoir de trouver des choses similaires cette année.

À noter aussi l’ouverture de plusieurs minshukus temporaires, les visiteurs ratant le dernier ferry étant chose commune durant le festival, ce qui avait créé quelques ennuis la dernière fois. Une règle à ne pas oublier quand on visite le festival : le dernier ferry est toujours trop tôt.

 

Maison abandonnée
Les maisons abandonnées d’Ogijima, si belles mais si tristes.

 

Promeneur

 

Autre anecdote amusante concernant les habitants d’Ogijima et leur rapport à l’art qui est présenté sur leur île. Ils en sont vraiment fiers, mais ne le montrent pas toujours directement. Par exemple, ce promeneur (et d’autres avant lui) qui passaient par ce lieu tout hier, l’air de rien, juste parce qu’ils se baladaient, sauf que bien évidemment, c’est le lieu où avait été installée une des trois Houses of Light le matin même (on la devine à peine, complètement à droite, derrière le mur, j’ai pris cette photo depuis le ferry et ne pouvait pas trouver de meilleur angle). Et donc, nombreux étaient les locaux qui se précipitaient pour la voir, mais surtout sans avoir l’air de se précipiter. Alors que nous passions à côté, plus tard dans l’après-midi (malheureusement sans Arthur Huang), la propriétaire du petit jardin juste à côté (on voit son onba sur la photo ci-dessus) y travaillait et ses amis voisins passaient et discutaient de l’oeuvre. La vieille dame annonçait en rigolant qu’elle était désormais la gardienne de la House of Light, tous les soirs, elle va la détacher et l’emmener chez elle pour la protéger des voleurs et autres, puis elle la réinstallera tous les matins (ce n’est bien sûr pas possible, l’oeuvre est scellée sur la rambarde – pas tant par souci des voleurs que des intempéries et des visiteurs maladroits). Un exemple comme un autre de la façon que les locaux ont de s’approprier les oeuvres et le festival et qu’au final même si le festival ne réussit pas à revitaliser la région (le succès est encore possible, mais il ne reste pas beaucoup de temps : les îles meurent, littéralement, la population d’Ogijima continue de baisser dangereusement chaque année) il aura au moins réussi à rendre la vie des locaux plus belle.

 

Bientôt, l’heure du dernier ferry précédemment mentionné arriva (je ne l’avais jamais vu si plein pour un jour « normal ») :

 

Merci Koebi-tai

 Les au revoirs et les mercis de la plupart des artistes aux bénévoles de Koebi-tai.

 

Bye Bye Ogijima - 2

Bye bye et merci !

(de gauche à droite : Kayoko Kōi de Team Ogi, une bénévole de Koebi-tai, Chii Oshima, Yoshifumi Oshima, Takashi Nishibori que je n’ai pas rencontré et Sayaka Ishizuka que j’avais rencontrée le mois dernier et qui était elle aussi très occupée ce week-end)

 

Bye Bye Ogijima - 1

 

À la semaine prochaine Ogijima !

 

 

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2 commentaires sur “Setouchi Triennale, J-3 sur Ogijima”

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