Arthur Huang sur Ogijima

 

L’artiste que j’interviewe aujourd’hui est Arthur Huang, je l’ai « rencontré » en ligne il y a quelques mois (et avant que je n’aille plus loin dans cet article, si vous lisez l’anglais, je me dois de vous convier à aller faire un tour sur son blog où il détaille tout le procédé de conception et de création de son projet pour la Setouchi Triennale) et qui partage la même passion pour Ogijima que moi.

 

Arthur Huang1. Pouvez-vous nous parler un petit peu de vous ?

Je suis un artiste et scientifique américain. Mes projets artistiques se focalisent en général sur un aspect de ma vie quotidienne, comme par exemple mon alimentation, mes dépenses, mes déplacements et autres. J’aime aussi travailler avec les « collections » que la vie de tous les jours génère, tels que les tickets de caisse, les emballages, les prospectus, etc. De cette base, je travaille avec divers médias – dessin, photographie, collages, gravures et installations – pour créer mes oeuvres. Je suis aussi biologiste moléculaire depuis quinze ans et cela a une influence sur mon travail d’artiste : j’utilise souvent des méthodologies issues de la science comme point de départ de certains projets.

 

2. Comment avez-vous entendu parler de la Setouchi Triennale ? Je sais que vous avez visité la région lors de la première édition en 2010, pouvez-vous nous parler de vos impressions d’alors ?

J’ai d’abord entendu parler de Naoshima, du Chichu Museum et de la Benesse House par un ami peu après mon arrivée au Japon. Je me souviens aussi d’avoir lu un article sur Naoshima dans le New York Times à peu près à la même époque. Quand je me suis finalement décidé à visiter l’île, il s’est trouvé que c’était pendant la première édition. En conséquence, j’ai décidé de passer cinq jours dans la région vers la fin du festival.
L’expérience a été spectaculaire ! J’ai visité Naoshima, Teshima, Ogijima, Megijima, Shōdoshima, Takamatsu et le port d’Uno. Chaque île et port avait ses propres qualités et individualité qui les rendaient toutes mémorables. Pour moi, l’une des choses les plus rafraîchissantes à propos de la Setouchi Triennale fut le fait que les oeuvres du festival donnaient la sensation d’être liées au lieu où elles étaient présentées. Je ne pense pas avoir déjà vu cela dans l’art contemporain à une telle échelle, en particulier pour un festival principalement en extérieur. Plus je passe de temps au Japon, et plus je m’aperçois que ce lien entre art et lieu fait partie intégrante de l’esthétisme japonais.

 

3. Qu’est-ce qui vous a donné envie de participer à l’édition 2013 ?

Pour son paysage, ses gens et son art, Ogijima est de loin mon île préférée de la Mer Intérieure de Seto. J’ai presque envie de dire que c’est mon lieu préféré de tout le Japon. Il y a environ un an, j’ai vu l’appel à projet de la Triennale, il mentionnait que des projets utilisant les extérieurs d’Ogijima, ses ruelles et allées, étaient particulièrement recherchés.
Je me devais de poser ma candidature, mais je ne savais pas encore vraiment que faire. Alors, au printemps 2012, je suis retourné sur Ogijima pour y passer plus de temps et voir quelle inspiration mon expérience m’apporterait. Je suis retourné de ce week-end avec plusieurs idées en tête et j’ai fini par soumettre deux projets. Ces propositions ayant été faites en réponse de mon expérience sur Ogijima, il s’agissait d’une approche de travail très différente de mon approche habituelle.
J’ai été vraiment heureux et honoré d’apprendre que mon projet Houses of Light avait été retenu par le comité de la Setouchi Triennale. J’ai eu l’idée de ce projet en gardant à l’esprit le désir de lier l’oeuvre à son emplacement. De plus, avec ce projet, j’ai la fantastique opportunité de repousser mes limites et d’étendre mon champ de travail en tant qu’artiste.

 

4. Avez-vous choisi le lieu où votre oeuvre sera exposée ? Si oui, qu’est-ce qui a guidé votre choix ?

Comme j’ai conçu ce projet spécifiquement pour Ogijima, j’espérais bien entendu qu’il soit exposé sur l’île – ce qui sera le cas. Pendant mon voyage de recherches sur Ogijima, j’ai trouvé plusieurs emplacements possibles pour les sculptures de Houses for Light. Pour ma proposition, j’ai choisi un lieu avec vue sur le port d’Ogichō.
Après que mon projet a été accepté, je suis retourné sur Ogijima en novembre dernier avec des membres du staff de la Triennale pour commencer à définir les détails du projet. Durant cette visite, nous avons marché tout autour de l’île et avons décidé de divers emplacements sur la route du phare. Avec l’aide et le support de la Setouchi Triennale, je suis donc en train de faire trois sculptures de Houses of Light pour guider les visiteurs depuis le village d’Ogichō jusqu’au phare d’Ogijima.

 

5. Que pouvez-vous nous dire à propos de votre projet pour la Triennale ?

Houses for Light est mon ode à Ogijima. Les sculptures incorporent deux des éléments les plus mémorables de l’île à mes yeux : les bâtiments d’Ogichō dans leurs couleurs et leur diversité d’un côté et le phare d’Ogijima de l’autre. J’ai encore à l’esprit mon arrivée au port d’Ogijima pendant la Setouchi Triennale 2010, avec devant moi cet arrangement coloré de bâtiments grimpants sur les pentes de l’île. Depuis, chaque fois que je me rends sur l’île ou que je la quitte, je ne peux m’empêcher de rester sur le pont du ferry pour photographier et filmer tous ces bâtiments.

Le phare d’Ogijima n’est pas aussi connu pour les visiteurs qui viennent sur l’île pour son art. Au printemps dernier, lors de mon voyage de repérages sur l’île, en débarquant du ferry, je me suis soudain retrouvé seul sur la route du phare (tous les autres passagers se dirigeant vers le village). Cette marche vers le phare est vraiment agréable et apaisante, avec de magnifiques vues sur la mer. Il suffit juste de quelques minutes pour avoir l’impression d’avoir l’île entière pour soi. Puis l’arrivée au phare planté au bord de la plage est un magnifique aboutissement de ce petit périple.

Avec Houses of Light, je veux attirer l’attention des visiteurs vers le phare et partager mes plus beaux souvenirs de cette île. La base de la sculpture est le phare d’Ogijima, mais j’ai remplacé la partie supérieure de celui-ci par un « entassement » de bâtiments de l’île grimpants le long des pentes. Houses of Light symbolise une collection de souvenirs d’Ogijima, de souvenirs passés, mais aussi à venir. À mes yeux, l’empilement des bâtiments d’Ogichō vus depuis la mer est la lumière menant à Ogijima.

 

Rendu conceptuel de Houses of Light
Rendu conceptuel de Houses of Light

 

Merci beaucoup à Arthur pour ces réponses très détaillées. Et comme vous pouvez le voir, sa passion pour Ogijima n’est pas si différente de la mienne.

Si vous voulez en savoir plus sur Arthur Huang, il est assez actif sur le web, avec son blog en anglais Life as a Consumer mentionné plus haut. Vous pouvez aussi le suivre sur Twitter et Google+.

 Les photos m’ont été fournies par Arthur Huang. Cet article est une traduction de l’entretien original en anglais.

 

 

Laisser un commentaire

2 commentaires sur “Arthur Huang sur Ogijima”