Été et Art sur Ogijima (Triennale de Setouchi 2019 – 15e partie)

J’ai l’impression que cela fait une éternité que je n’ai pas écrit un article complet ici. J’ai aussi l’impression que cela fait une éternité que je n’ai pas mis les pieds sur Ogijima. Et c’est le cas – ma dernière visite remonte à début mars. Je n’arrive pas à croire que ça fait si longtemps ! Nous vivons vraiment une drôle d’époque.

Mes vacances d’été viennent de se terminer. J’en ai passé la presque totalité à la maison, en partie à cause de cette fichue pandémie, en partie à cause de la chaleur qui a été torride pendant tout l’été et en partie parce que j’avais bien besoin de repos après un semestre de printemps si intense.
J’ai fait encore moins de choses que prévues (et je n’avais pas prévu de faire grand-chose). La seule chose notable est que j’ai lancé une chaîne YouTube (vous devriez vous y abonner, il se pourrait qu’elle vous plaise).

Donc, comme c’est la “rentrée”, je pense qu’il est temps d’écrire au moins un article là, tout de suitr. Pourquoi ne pas partirions nous pas à Ogijima pour cela ?

C’était il y a environ un an, pendant la session d’été de la Triennale de Setouchi 2019. Nous étions le 17 août et c’était mon 14e jour sur les îles pour le festival, pour ceux d’entre vous qui prennent des notes.
Mon ami Vincent et sa famille étaient en visite depuis la Nouvelle-Calédonie. Bien sûr, je me devais de leur montrer mon île préférée.

Je n’ai pris presque que des photos des œuvres d’art ce jour-là. Et comme j’ai déjà présenté la plupart des nouvelles œuvres dans des articles précédents, je vous invite à les lire si vous ne l’avez pas déjà fait :

Ça y est ? Vous êtes à jour ?
Alors, voyons ce que cette journée avait à offrir.

Bien sûr, chaque voyage à Ogijima commence par un moment dans le port, où Ogijima’s Soul de Jaume Plensa vous accueille comme à chaque fois. Et depuis 2019, il est rejoint par le Takotsuboru de Team Ogi :

Le piège à pieuvre géant avait été doté d’un nouvel élément le rendant encore plus réaliste (si l’on peut dire) : des balanes !

Team Ogi animait un atelier ce jour-là – principalement pour les enfants, mais ouvert à tous – où l’on pouvait peindre son propre petit piège à pieuvre. Je crois que les enfants de Vincent se sont bien amusés. Et les membres de Team Ogi – dont M. Oshima – ont beaucoup apprécié le t-shirt de Vincent. La pieuvre étant plus ou moins le « totem animal » d’Ogijima ou sa mascotte non officielle, comme vous voulez.

Après cela, j’ai fait visiter un peu l’île à mes amis. Nous avons marché jusqu’à la plage pour découvrir que des problèmes étaient survenus pendant le typhon quelques jours auparavant :

Comme vous pouvez le voir, la route avait été gravement endommagée. Et comme vous ne le savez peut-être pas, la plage avait pratiquement disparu aussi. Habituellement, s’il y a bien des cailloux dans l’eau, la bande de sable est beaucoup plus large.
La route était en cours de réparation il y a quelques semaines, je ne sais pas trop si c’est terminé ou non. La plage resta fermée cet été, principalement pour dissuader les visiteurs de venir sur l’île, mais aussi pour réparer la route. Je ne suis pas trop sûr de la situation du sable aujourd’hui.

Après notre promenade, il était temps de voir un peu d’art. Nous avons commencé par le Generative wall drawing on Japanese paper house de Goro Murayama.

Je ne sais jamais vraiment que penser de cette œuvre. Je pense que j’aime tous les dessins individuellement, mais mon impression d’ensemble est qu’elle me semble inachevée ou quelque chose comme ça. Cela vient peut-être du support utilisé. Comme l’artiste ne pouvait pas vraiment peindre sur les murs de la maison, il a peint sur du contreplaqué posé sur les murs. Je ne sais pas si c’était le meilleur choix.

Quelques informations à propos du bâtiment lui-même.
Tout d’abord, il a abrité les œuvres d’art de toutes les Triennales de Setouchi, mais sinon il est abandonné depuis une quarantaine d’années.
Il a été construit il y a un siècle environ. Il servait principalement de magasin polyvalent (épicerie, quincaillerie, articles de pêche, etc.), ce qui explique la disposition du bâtiment, notamment la grande salle avec une large porte vitrée sur le côté assez inhabituelle.
Pendant la guerre, il est devenu un point de distribution de rations.
Et ensuite, il a été de nouveau une sorte d’épicerie jusqu’à sa fermeture dans les années 70.

The Sea Within – The See Within de Sarah Westphal a été l’une des plus belles œuvres de 2019. Malheureusement, il était presque impossible d’en faire de bonnes photos (du moins avec mes médiocres compétences en photographie). Mais ce n’est pas grave (à moins que vous ne l’ayez manqué), ce n’était pas le genre d’œuvre d’art que l’on regarde. C’était le genre d’œuvre d’art dont on fait l’expérience (le meilleur type d’art contemporain à mon humble avis).
Je vous invite à lire l’interview de Sarah (en anglais) pour en savoir plus sur l’installation.

Lorsque vous visitez l’art d’Ogijima, votre étape suivante est généralement Onba Factory, mon lieu préféré sur l’île. Nous n’y sommes allés que vers la fin de la journée. Je n’ai pas pris de photos si je me souviens bien (ou nous n’avons pas eu le temps d’y aller ? Je ne peux l’imaginer).

Au lieu de cela, notre arrêt suivant fut Takeshi Kawashima & Dream Friends Gallery qui a une nouvelle installation semi-permanente (disons que c’est du long terme) : The Space Flower – Dance – Ring qui est impressionnante à bien des égards. Je pense que c’est ma préférée des installations de Kawashima-sensei sur Ogijima jusqu’à présent (et elle est encore plus impressionnante sachant qu’il a 90 ans cette année !)

Une fois de plus, il s’agit d’une œuvre d’art dont il faut faire l’expérience, dont il faut occuper l’espace. La voir en photo ne vous donne qu’un tout petit aperçu de ce qu’elle est vraiment (elle devrait exister au moins jusqu’au début de 2022, si vous l’avez ratée).

Même chose pour notre prochaine étape, une installation permanente qui est sur l’île depuis 2015, l’Akinorium d’Akinori Matsumoto. On la regarde autant qu’on l’écoute.
Toutes les structures sont essentiellement faites de bambou, de bois et de papier.
Elles sont mobiles et produisent des sons magnifiques et apaisants.
Cette installation est particulière parmi les œuvres permanentes d’Art Setouchi, car non seulement elle est le fruit d’une collaboration entre l’artiste et les habitants d’Ogijima, mais surtout elle appartient aujourd’hui à la communauté d’Ogijima. Elle est également gérée par les habitants de l’île. Je pense qu’il s’agit d’un cas unique, au moins parmi les œuvres permanentes.

Avec du son et des images qui bougent, ça ressemble à ça :

Après cela, nous avons pu apprécier Sea Vine de Haruki Takahashi qui faisait son chant du cygne l’année dernière. L’installation occupait la maison depuis 2010 mais elle avait été retirée fin 2018. Elle est revenue “modifiée” en 2019 (autrement dit, une sculpture différente suivant le même concept), mais elle a été démantelée à nouveau début 2020. La raison en est que la maison est en mauvais état et elle devra tôt ou tard être réparée ou démolie.
Cependant, il est question que Sea Vine fasse son retour en 2022 dans un autre lieu (peut-être pas sur Ogijima 🙁 ).

L’œuvre suivante était nouvelle. Elle a fait ses débuts pour la session d’été, et c’est la première fois que je la montre sur ce blog.

Elle s’appelle Trieb House de Toshikatsu Endo. Une œuvre assez étonnante et un peu déroutante, une fois de plus (une constante sur Ogijima) une œuvre dont il fallait faire l’expérience plutôt que juste la voir. Elle se situait dans une maison abandonnée qui avait déjà attiré mon attention lors de mon premier ou deuxième voyage à Ogijima, il y a 10 ou 11 ans.
Chaque fois que je la vois, je suis surpris qu’elle tienne encore debout (elle a été abandonnée il y a environ 50 ans). Il s’agit de cette maison :

Cette photo a été prise quelques mois plus tôt, avant le début des travaux. Elle ressemble toujours à ça aujourd’hui (ou du moins la dernière fois que je l’ai vue). Cela fait partie du concept de l’œuvre et de la difficulté de sa mise en place.

L’installation était à l’intérieur de la maison, mais la maison devait avoir l’air aussi abandonnée que jamais. J’ai eu l’occasion d’en discuter un peu avec Noriyuki Kawanishi. C’est l’architecte qui a aidé à construire l’installation. À mes yeux, il est tout autant auteur de l’œuvre que l’artiste, même si vous ne verrez pas son nom dans beaucoup d’endroits.
Il m’a dit que c’était l’un des projets les plus difficiles de sa vie.

Il l’a construit pratiquement seul, à la fin du printemps 2019, alors qu’il commençait à faire chaud. Je me rendais souvent sur Ogijima à cette période-là et nous prenions souvent le ferry de retour ensemble. À chaque fois, il était exténué, et il n’était pas rare qu’il s’assoupisse sur le carré de moquette à l’arrière de la partie du ferry réservée aux passagers.

Sa tâche consistait, entre autres, à ce que le bâtiment reste structurellement solide tout en subissant des changements majeurs et invisibles à l’intérieur, et l’apparence se devait de rester inchangée à l’extérieur. Peu de visiteurs ont dû le réaliser pleinement, mais c’est à mes yeux la partie la plus étonnante de cette œuvre d’art.

Au fait, Kawanishi-san est un architecte local qui est responsable de la rénovation de nombreuses maisons et bâtiments sur Ogijima, à commencer par la bibliothèque. Je pourrais me tromper, mais je pense qu’il s’est familiarisé avec l’île pendant la rénovation du bâtiment qui allait devenir la bibliothèque, et – comme beaucoup d’entre nous – il est tombé amoureux d’Ogijima. Il n’est d’ailleurs pas impossible qu’il y ait déménagé récemment, ou du moins qu’il y possède maintenant une résidence secondaire. Il vient de commencer un nouveau projet tout en haut du village. Je ne sais pas si ce sera une maison privée ou autre chose (il appelle ça un « self-project »). Puis-je vous conseiller de vous abonner à sa chaîne YouTube où il documente certains de ses travaux ?

Quand vous approchez la maison, vous commencez à entendre un bruit assez fort et constant. Ce n’est pas exactement un bruit inconnu, mais c’est un bruit que vous ne vous attendez pas à entendre provenant de l’intérieur d’une maison. Lorsque vous vous approchez encore plus, vous voyez un mouvement à l’intérieur de la fenêtre brisée, mais vous n’êtes pas sûr de voir ce que vous pensez voir.

Mais une fois à l’intérieur, il n’y a plus aucun doute :

Il s’agit d’environ cinq tonnes d’eau par minute qui s’écoulent du plafond et se déversent dans le sol, constamment.

L’idée derrière est que l’eau représente la vie, donc l’artiste ramène la vie dans la maison avec de l’eau. Sur Ogijima – qui n’a pas de sources naturelles – l’eau a toujours été précieuse. Cependant, elle peut aussi être destructrice quand elle survient soudainement et en grande quantité.

Rassurez-vous, de nos jours, Ogijima possède l’eau courante. Elle provient de Takamatsu par des tuyaux sous-marins. Mais c’est le cas depuis seulement la seconde moitié du 20e siècle.

Juste à côté, vous pouvez trouver l’une des œuvres d’art préférées de tout le monde, y compris moi (oui, j’ai beaucoup d’œuvres d’art « préférées », ce n’est pas un concours, donc je me permets beaucoup d’ex-æquo : Memory Bottle de Mayumi Kuri.

Et juste après, encore une autre de mes œuvres préférées (je vous ai avertis : il y en a beaucoup) : The Room inside of the Room d’Oscar Oiwa.

Si vous ne connaissez pas l’œuvre, pourquoi ne pas laisser Oscar vous la présenter ?

Et c’est à peu près tout pour aujourd’hui. Je vous laisse avec une dernière photo. Une pièce qui se trouve sur une des maisons d’Ogijima. Elle n’a aucun rapport avec la Triennale.

Merci de votre lecture et à très bientôt.


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