Coronavirus Covid-19 dans les Îles de Setouchi et la Préfecture de Kagawa

Mise à jour du 21 avril

Les choses s’emballent; 28 cas confirmés hier (dont une dizaine liés à une école maternelle). L’état d’urgence a été déclaré à Kagawa la veille du reste du pays, mais dans les faits, la vie quotidienne ne voit que peu de changements.
Toutefois, les écoles ont de nouveau été fermées, l’université passe tous ses cours en ligne, mais la plupart des entreprises restent ouvertes et aucun confinement à l’horizon.

Shishijima et Awashima ont été fermées aux personnes étrangères aux îles. Les habitants de Teshima, Megijima et Ogijima implorent les visiteurs de ne pas se rendre sur les îles – s’il n’y a plus de touristes étrangers, il y a encore bien trop de promeneurs japonais qui veulent profiter du retour des beaux jours sur les îles.

Mise à jour du 31 mars

Une deuxième personne a été infectée dans Kagawa. Cette fois-ci, il s’agit d’un étudiant résidant à Takamatsu et revenant de Kyoto.

La rentrées des écoles approche et est toujours prévue dans une semaine environ. À l’université, elle a été repoussée d’une semaine. Délai un peu étrange, mais qui permettra peut-être aux professeurs d’adapter leurs cours à un format en ligne, en espérant que ce sera le choix fait par la hierarchie (une annulation pure et simple des cours est plus qu’improbable vu la réticence qu’ont les autorités à faire ralentir le pays).
Mais les choses peuvent changer rapidement.

Mise à Jour du 24 mars

Ça y est, c’est officiel, les Jeux Olympiques sont repoussés à une date ultérieure.

À Kagawa, « le secrétariat local de la fédération des petites et moyennes entreprises a envoyé un message qui demande aux PME en interne (réunions dans le cadre de la fédération) de passer en ligne autant que possible ». Les PME ont aussi reçu « un message qui indique clairement les mesures à prendre pour demander des aides financières pour les entreprises qui auraient des problèmes ».
Si tout ceci n’est pas secret, ce n’est pas exactement public non plus (mais vu le nombre de PME, ça l’est presque).

Un signe clair que l’épidémie ne va pas tarder à s’aggraver au Japon (à noter aussi la semaine dernière le gouverneur d’Osaka rendant public un document secret du ministère de la santé qui avertit d’une explosion du nombre de personnes infectées pour début avril), contrairement à ce que beaucoup trop de personnes avaient l’air de penser.

De plus, je pense que le timing de cette annonce locale, quelques heures avant l’annonce du report des JO, semble confirmer que les JOs étaient bel et bien le frein pour que le Japon commence à prendre l’épidémie au sérieux. Espérons que les choses changent bientôt – et je crois que je vais profiter un maximum de l’air frais au cours des jours prochains avant un confinement futur éventuel.

Je ne sais pas si je suis la bonne personne pour parler de tout cela, mais plusieurs personnes m’ont demandé qu’elle était la situation dans la Préfecture de Kagawa et sur les îles de Setouchi avec l’épidémie de coronavirus Covid-19. Donc je vais essayer de vous en parler un petit peu.

Avertissement:

J’essaie habituellement d’éviter de parler de politique sur ce blog, mais je ne sais pas si ça va être possible avec ce sujet, la gestion de l’épidémie par les autorités étant par définition de la politique.

Avertissement plus important:

Je ne suis aucunement un professionnel de la santé et je ne prétends avoir aucune autorité dans le domaine, j’ai juste une vague idée de comment les virus fonctionne parce que j’étais passionné de génétique à la fin de mon adolescence (un truc que vous ne saviez pas sur moi, ça, hein ?). Cet article n’a pour but que de vous renseigner de l’état de la situation dans la partie du Japon où je vis, le tout saupoudré de quelques pensées et expérience personnelle.

Pensées préliminaires:

Ces jours-ci, les médias occidentaux mentionnent plusieurs fois que l’épidémie semble plus ou moins contenue dans plusieurs pays asiatiques, dont le Japon. Tout d’abord, il n’en est rien, par exemple, les choses semblaient se tasser à Hong Kong, mais la journée d’hier a vu le plus grand nombre de nouveaux cas depuis le début de la crise.

Au Japon, au moment où je tape ces lignes (au matin du 21 mars), il n’y aurait « que » 1,000 cas recensés environ (dont 780 actuellement contaminés) et « seulement » 35 décès (sources: Japan Times 21/03/20 et covid19japan.com).

Toutefois, pour de nombreuses personnes, ces chiffres semblent très sous-estimés, surtout si l’on compare avec ce qu’il se passe ailleurs.

Il est vrai qu’au Japon, les gens ont beaucoup moins de contacts physiques les uns avec les autres que dans d’autres pays, surtout en Europe (pas de bise, pas de serrage de main – de manière générale, les adultes non-intimes ne se touchent que de manière exceptionnelle). Les gens sont supposés être plus propres et se laver les mains plus souvent (cela reste à prouver, mais soit). Les Japonais sont aussi peut-être beaucoup plus germaphobes que les Occidentaux (en français non-anglicisé on dit « mysophobe » – merci internet de m’avoir enseigné un nouveau mot), et ça a pu jouer un rôle – même si « sentiment de sécurité » et « sécurité réelle » sont deux choses très différentes, et les Japonais se focalisent souvent surtout sur le premier et pas vraiment sur le deuxième.

Alors certes, il s’agit de généralités avec beaucoup d’exceptions, mais ces éléments doivent forcément jouer un certain rôle dans la vitesse de propagation de l’épidémie. Une vitesse qui serait donc plus lente au Japon qu’en Europe ou aux États Unis.

Il est aussi vrai que le Japon est le pays de l’OCDE et probablement du monde entier qui a le plus de lits d’hôpitaux par habitant (je parle de  lits d’hôpitaux de courte durée et de soins intensifs, ce sont ceux qui nous intéressent ici) : 7.8 lits pour 1000 habitants au Japon – contre 3.1 en France et 2.6 en Italie (source OCDE).
Les coupes budgétaires dans la santé publique dans de nombreux pays de l’Union Européenne en général et en France en particulier jouent un grand rôle dans ce qu’il se passe aujourd’hui. Espérons que les électeurs s’en souviendront quand tout ceci sera terminé.

Tout cela aide probablement le Japon à être touché de manière moins violente par l’épidémie, mais le fait est que si le chiffre officiel du nombre de personnes infectées reste très bas, c’est aussi et surtout parce que le nombre de personnes testées reste très bas – trop bas comparé à ce que l’OMS préconise et à ce que nombre de pays comparables font. Seulement 19,000 personnes environ ont été testées jusqu’à présent.

Pourquoi cela ?

Personne ne le sait vraiment, certains mentionnent des contraintes administratives (chose qui ne serait pas surprenante dans ce pays) : une personne ne sera testée que si elle a des symptômes depuis un certain nombre de jours parce qu’un résultat positif implique forcément une hospitalisation. J’essaie d’être le plus factuel ici, et je n’ai pas vraiment de source pour cette explication que l’on m’a donnée, donc elle est à prendre avec des pincettes.

Mais il y a un sentiment de plus en plus répandu et que je partage qui pense que le gouvernement fait tout son possible pour minimiser l’ampleur de la crise.

Pourquoi ?

Pour sauver les Jeux Olympiques.

Je sais, on s’éloigne beaucoup de la Mer Intérieure de Seto ici, mais c’est important pour bien comprendre la situation.

Pourquoi donc les Jeux Olympiques semblent-ils si importants aux yeux de nombreux Japonais ?

C’est assez simple. De nombreux Japonais de pouvoir (qu’il soit politique, économique ou autre) sont de la génération qui a vu leur pays finalement devenir un pays important et reconnu sur la scène internationale en grande partie grâce aux Jeux Olympiques de 1964. On a du mal à le réaliser aujourd’hui, mais ces jeux ont vraiment eu un impact sur le pays, et donc dans l’esprit des Japonais qui étaient jeunes et avaient l’avenir devant eux à cette époque. Au point que maintenant bien plus âgés, ils imaginent que les Jeux Olympiques de 2020 vont avoir un impact similaire sur leur pays et que ça va régler plus ou moins magiquement tous ses problèmes.

L’idée peut sembler saugrenue, mais elle l’est beaucoup moins si on garde à l’esprit la vision du monde isolationniste de la grande majorité des Japonais. Ce n’est pas exagérer que de dire que la plupart des Japonais n’ont qu’une vague compréhension – je dirais presque « conscience » – du reste du monde. Ce n’est pas exagérer que de penser que ces vieux hommes de pouvoir – qui ont toujours vécu dans une bulle, mais une bulle dont les parois se sont renforcées au fur et à mesure qu’ils vieillissaient et qu’ils gagnaient en pouvoir – n’ont absolument pas la moindre idée de ce que représentent concrètement les Jeux Olympiques de nos jours (plus grand chose sinon pour Coca Cola, NBC et quelques autres marques).

Et donc, ils croient dur comme fer que les Jeux de Tokyo 2020 vont avoir le même impact sur le pays et sur l’économie que ceux de 1964, et c’est pour cela que depuis plusieurs années, certains ont tout misé sur ces jeux.

Donc l’annulation, voire le report des Jeux est tout bonnement impensable pour eux.
Et à cause du fait qu’ils ont mis tous leurs œufs dans le même panier, il est vrai qu’une annulation des Jeux pourrait avoir un impact très négatif sur l’économie du pays. Mais même si sa bonne santé est d’importance, est-elle vraiment plus importante que la vie d’un grand nombre de personnes?

La chose qu’ils ne semblent pas réaliser est que – vu la situation actuelle – il est presque certain que les Jeux sont fichus quoiqu’il arrive. Même s’ils sont maintenus, combien d’athlètes vont-ils accepter de venir ? Et surtout combien de visiteurs (car l’impact réel des Jeux Olympiques sur un pays sont bien évidemment les chiffres du tourisme) ? Très peu.
Et ça l’oligarchie japonaise ne le comprend pas encore (ne minimisez jamais l’importance de la bulle dans laquelle ils vivent pour bien comprendre comment fonctionne le pays).

Donc, il essaient de maintenir la tenue des jeux coûte que coûte. Je me trompe peut-être, mais il me semble que les reporter dès maintenant (dès la semaine dernière ou celle d’avant aurait été plus judicieux) serait moins catastrophique et moins difficile à gérer que si on doit les repousser, pire les annuler, au moins de juin.

Voici la situation presque kafkaïenne dans laquelle nous nous trouvons au Japon en ce moment.

Alors, il est peut-être vrai que le Japon arrive à contenir l’épidémie un peu mieux que de nombreux autres pays, mais il ne me semble pas réaliste de penser que le pire est dernière nous. Une situation à l’Européenne pourrait encore arriver, et plus rapidement qu’on ne le pense. Dans trois semaines, les écoles vont rouvrir, les gens vont débuter leur nouvel emploi pour ceux qui en changent ou qui sont mutés, et il semblerait que petit à petit la vie va reprendre son cours normal. Je ne mentionne même pas Hanami qui va débuter d’un jour à l’autre. Si les événements officiels liés à la floraison des cerisiers ont été annulés, j’imagine mal les Japonais annuler leurs célébrations informelles (qu’elles soient familiales ou professionnelles), surtout avec le faux sentiment de sécurité que les Japonais semblent avoir retrouvé depuis une semaine ou deux.

En d’autres termes, j’ai la drôle de sensation que le pays est devenu une énorme bombe à retardement et que je suis assis dessus sans rien pouvoir faire pour l’arrêter – et je ne peux même pas aller prendre l’air en allant faire un tour dans la mère patrie, vu que la situation est bien pire là-bas pour le moment.

Par moments, j’ai presque l’impression d’être l’une des rares personnes censées dans un pays devenu fou, et donc au final, je me demande si c’est pas moi qui suis en train de devenir fou. Il y a un mois, quand il n’y avait que quelques dizaines de cas recensés dans le pays, celui-ci est entré dans une obsession malsaine du virus et on me regardait de travers quand je suggérais que raison-garder serait peut-être la meilleure marche à suivre. Aujourd’hui, je suis dans un état d’inquiétude qui frise l’anxiété quand je compare des sociétés au bord de l’effondrement ici ou là et le Japon où tout le monde semble presque oublier l’existence du virus alors que rien n’est résolu.

Bref, nous verrons comment les choses vont évoluer, mais je suis très pessimiste là tout de suite.

Mais assez d’épanchements, les faits sont bien plus intéressants.

Quelle est la situation dans la Préfecture de Kagawa ?

Officiellement, la Préfecture de Kagawa n’a qu’un cas unique confirmé. Un homme cinquantenaire vivant à Marugame. Il aurait été infecté lors d’un déplacement à Osaka.

Et donc, aussi fou que cela puisse sembler vu de France ou d’ailleurs, la vie ici continue plus ou moins normalement pour l’instant, à quelques rares exceptions près.

Certes, les écoles sont fermées depuis trois semaines, mais pas les écoles maternelles ni les universités (et pas mal d’écoles ont ouvert leurs portes aux enfants dont les deux parents travaillent).  Pour les universités, ce sont actuellement les vacances de printemps – l’année académique se termine mi-février et redémarre début avril. Donc les campus sont presque déserts mais ce n’est pas différent de n’importe quel mois de mars. Et je pratique la distanciation sociale comme tous les mois de mars en fait, passant la plupart de ma journée dans mon bureau n’entrant en contact (pas physique) qu’à une poignée de personnes par jour en dehors de ma famille.

J’ai certes diminué mon activité sociale, mais je vais encore au restaurant, fais un peu de shopping et vois quelques amis. Juste moins que d’habitude, et de moins en moins dans les semaines à venir je pense.

Un certain nombre de rassemblements ont été annulés (des concerts, des hanami, etc) d’autres pas.

Si la majorité des gens portaient des masques il y a encore deux semaines, j’en vois de mois en moins aujourd’hui. Je veux croire que c’est parce que les Japonais écoutent enfin les médecins qui disent à qui veut bien l’entendre que le port du masque si on n’est pas malade n’a qu’une utilité minimale pour protéger contre le virus (et par contre si on se rue dessus, les gens qui en ont vraiment besoin risquent d’en manquer), mais j’ai peur que c’est plutôt parce que la plupart des gens baissent leur garde et croient la menace passée.

Une bonne chose : on trouve de l’alcool à presque toutes les entrées de bâtiments publics (non, pas celui qui se boit, celui que l’on frotte sur ses mains pour tuer les microbes). Mais j’ai aussi croisé des gels anti-bactériens ou je ne sais quoi, qui me semblent assez inutiles là tout de suite.

Un autre point positif : maintenant mes enfants ne rechignent plus quand je leur dis de se laver les mains.
J’ai par contre encore du mal à leur faire passer l’habitude de toucher tout et n’importe quoi tout le temps.

Donc là, aujourd’hui, j’ai l’impression que nous sommes dans une drôle de « quatrième dimension » où les choses semblent à peu près normales, mais pas exactement quand même.

Et comme je disais, j’ai vraiment peur que ce soit en avril que les choses vont dégénérer.

Qu’en est-il des îles de Setouchi ?

A priori, le virus n’a encore atteint aucune des îles.

Ces dernières sont dans une situation assez bizarre, car tant que le virus n’y est pas présent, elles en sont plutôt protégés : le nombre de visiteurs étant plus bas que d’habitude. Quoique, j’étais sur Ogijima le week-end dernier et il y en avait plus que je ne l’imaginais. Aujourd’hui, c’était le premier vrai jour printanier de l’année, et de ce que j’en ai entendu, le nombre de visiteurs n’était pas si faible, on m’informe qu’il était même assez important sur Naoshima.

Donc les îles sont en premier lieu plus protégées que bien d’autres endroits, mais si jamais le virus venait à s’y installer cela pourrait être catastrophique. N’oubliez pas que la majorité de la population des îles est très âgée (la moyenne d’âge des habitants de certaines des îles dépasse les 65 ans).

Personnellement, j’ai décidé de minimiser mes allées et venues sur les îles au cours des prochaines semaines, juste au cas où je sois devenu à un moment ou à une autre porteur asymptomatique du coronavirus.

Un temps incertain sur Ogijima

En ce qui concerne les œuvres d’art et les musées :

Tout d’abord et contrairement à mon habitude, je ne vous invite pas à venir les visiter en ce moment, mais cela va de soi.

Art Setouchi 2020 devait commencer hier, mais il n’en est rien.

Si j’ai bien saisi, les œuvres gérées par les bénévoles de Koebi vont rester fermées pour le moment. Les œuvres gérées par d’autres personnes ou entités seront ouvertes ou fermées selon le souhait de leurs propriétaires ou gérants. Par exemple, Onba Café ne devrait être ouvert que pour Golden Week ce printemps. Shima Kitchen a repoussé plusieurs fois la date de son ouverture.

En ce qui concerne les œuvres de Benesse sur Naoshima, Teshima et Inujima, après avoir été fermées pendant quelques semaines, la plupart des œuvres et musées de Naoshima et Inuima ont rouvert cette semaine. Par contre les œuvres d’art sur Teshima devrait rester fermées jusqu’à la fin du mois au moins.

Je vous tiendrai à jour.

Voila, c’est tout pour aujourd’hui. Je mettrai cette page à jour si nécessaire et vous informerai des mises à jour sur les médias sociaux (Twitter et Facebook).

En attendant, prenez tous bien soin de vous et ne prenez pas cette épidémie à la légère.

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