Tokoroten


 

Aujourd’hui, je vous emmène dans la ville de Sakaide (là où vous arriverez sur Shikoku si vous venez par le Grand Pont de Seto), plus précisément, à deux pas de Tenno-ji, le 79e temple du Pèlerinage de Shikoku, dans un magasin qui s’appelle Kiyomizuya (« le magasin de l’eau pure »).

 

 

Ce magasin familial existe depuis plus de 230 ans et il vend du tokoroten.

Du quoi ?

Du Tokoroten

 

Il s’agit d’un plat japonais bien plus ancien que bien des plats japonais plus célèbres, mais qui reste très méconnu des étrangers. Je vais donc vous le présenter.

Le tokoroten est fait à partir d’algues appelées tengusa dont certains composants seront extraits et gélifiés pour obtenir une pâte ressemblant à une gelée qui est plus « dure » et plus consistante que la gelée habituelle que l’on trouve dans les desserts, mais toutefois plus molle que le konnyaku pour ceux qui connaissent.

Aujourd’hui, on le trouve aussi fait de manière industrielle à partir d’une substance appelée agar-agar en français (mot issu du malais) mais kanten en japonais.
Bien évidemment, Kiyomizuya le fabrique de manière tout à fait traditionnelle.

Le tokoroten est souvent servi sous forme de « nouilles. » On le mange traditionnellement avec du shoyu (sauce de soja), du vinaigre et du karashi (moutarde japonaise). C’était un snack encore très populaire il y a une vingtaine d’années parmi les enfants japonais, mais malheureusement, de nos jours, la globalisation fait que les chips et autres snacks occidentaux l’ont remplacé un peu partout, et je ne serais pas surpris si certains enfants d’aujourd’hui connaissent à peine.

Voici ceux à quoi il ressemble :

 

 

On peut aussi le manger comme dessert, par exemple, accompagné de kinako (poudre de sésame) et du kuromitsu (littéralement « miel noir » il s’agit de sirop de sucre). Dans ce cas, il ressemblera plutôt à ceci :

 

 

Je vais terminer cette petite plongée dans la gastronomie japonaise traditionnelle par une légende associée au lieu (car bien sûr il y en a une).

Donc, il y a 1900 ans environ, des poissons maléfiques semaient le chaos dans la région. Il fut bien sûr décidé d’en venir à bout, mais avant d’y parvenir, 80 soldats furent empoisonnés par les poissons. Ils étaient condamnés, on ne connaissait aucun antidote au poison. Mais ils furent sauvés par l’eau magique de la source, qui fut alors appelée Yasoba no Kiyomizu (弥蘇場の清水) que l’on peut (approximativement) traduire par « l’eau pure du lieu qui fait revivre ».

 

 

La source s’appelle encore ainsi, et le tokoroten qui est fabriqué avec cette eau, et vendu sur place est appelé le Yasoba no Tokoroten, même si les kanji ont été changé par 八十場 (qui se lit toujours Yasoba, mais veut dire « lieu 80 » ?) pour une raison que j’ignore (les autres kanji ne sont pas communs et difficiles à lire ? un rapport au 80 soldats ? – merci Mirovinben pour me l’avoir fait remarqué).

Écoutez, si je trouve le fin mot de l’histoire, je vous en ferai part, en attendant, j’espère que je vous ai fait découvrir un nouveau plat japonais.

Bon appétit.

 

 

 


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6 commentaires sur “Tokoroten

    • David Billa Auteur de l’article

      C’est un snack, hein, pas un plat en soit (c’est pas très nourrissant, mais c’est rafraîchissant). 🙂

  • Telly

    Encore une découverte ! Je n’avais jamais entendu parler de ce plat. A voir ce n’est pas très attirant mais il faut tester je pense.
    Merci David !

    • David Billa Auteur de l’article

      De rien…
      C’est un peu un des trucs qui me désolent quand je lis la plupart des publications sur le Japon (que ce soit en ligne ou sur papier), la majorité parle toujours des quelques mêmes choses, mais ce n’est vraiment que la partie émergée de l’iceberg.
      Et par exemple la richesse culinaire du pays va bien au-delà des quelques mêmes plats dont on entend toujours parler.

    • David Billa Auteur de l’article

      Bon sang mais c’est bien sûr ! Où avais-je la tête ?
      Merci Mirovinben.

      Il est vrai que j’étais bien fatigué hier quand j’ai écrit cet article (d’ailleurs faudrait que je le relise, il doit y avoir un certain nombre fautes)

      (par contre, justement, ils ne sont pas morts, puisque l’eau les a sauvés) 🙂