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Rencontres Francophones sur Teshima

 

Pour je ne sais quelle raison, je fais toujours des rencontres intéressantes sur Teshima, et ce depuis ma toute première visite de l’île, il y a trois ans. Mais cette fois-ci, elles étaient assez particulières car francophones. Je n’avais pas eu le temps de me rendre sur Teshima pendant la session de printemps de la Setouchi Triennale, et pendant la session d’été il faisait vraiment trop chaud (nous avions déjà assez souffert de la chaleur pendant notre visite de juillet), du coup, ce n’est pas une mais deux visites que nous avons fait ces derniers jours, lundi dernier et celui d’avant, car il est presque impossible de visiter Teshima en une seule journée, sinon en courant, ce qui est contre productif à mes yeux, surtout quand en plus, le matsuri de Karato se déroule sur l’île.

Le matsuri de Karato, je vous en ai déjà parlé l’année dernière et il y a trois ans. C’est un matsuri minuscule et pourtant c’est mon préféré, car le plus convivial que je connaisse, et je n’oublierai jamais que je fus invité à porter le taikodai lors de ma première participation à celui-ci.

J’avais aussi l’occasion de le porter cette année, et je rage d’avoir dû refuser, mais depuis quelques semaines mon épaule m’inquiète : pour faire court, j’ai eu des problèmes de santé à l’épaule dans mon adolescence, rien à signaler depuis plus de 20 ans, mais depuis quelques semaines, elle est bizarre parfois. C’est très probablement rien, certainement des rhumatismes ou un truc du genre, mais tant que je n’ai pas fait contrôler tout ça par un médecin, je vais pas aller faire des folies avec, genre porter un objet de plusieurs centaines de kilos.

Mais une heure ou deux avant le matsuri, juste en sortant du bateau, j’ai fait la connaissance de deux Français (Romain et Christopher) et d’un Suisse (Olivier) très sympas. C’étaient leur premier voyage au Japon et ils faisaient un tour à la Triennale. Discutant avec eux sur les quais de Karato et leur donnant des conseils quant à leur visite de l’île, je mentionnais le matsuri en passant. Ils n’avaient pas la moindre idée de ce à quoi je faisais allusion, et avec une idée derrière la tête, je leur conseillai donc de se rendre sur place en temps et en heure pour qu’ils se fassent une idée.

Mon idée derrière la tête, vous l’aurez devinée, était que commençant à bien connaître les gens de Karato (malheureusement pas personnellement encore, mais connaissant leur hospitalité et gentillesse), je me doutais de ce qui allait arriver si trois étrangers sympas et un peu curieux se retrouvaient au milieu du matsuri pendant assez longtemps. Oui, si je ne pouvais porter le taikodai cette année, ce seraient d’autres francophones qui le feraient à ma place ! Ce qui arriva…

 

Teshima - Karato Matsuri

 

Je vous raconterai et surtout vous montrerai le matsuri plus en détails dans un futur article. Mais sachez qu’une semaine plus tard, les habitants de Karato parlaient encore des étrangers qui avaient participé au matsuri qui en étaient si heureux qu’il portèrent leur happi sur l’île tout le restant de la journée.

Le restant de la journée, se déroula presque comme une journée normale sur Teshima : balades ici ou là, pause à Shima Kitchen, et visite de quelques oeuvres dont la toute nouvelle Teshima Yokoo House.

C’est surtout lundi dernier que la journée fut exclusivement consacrée à l’art de l’île, mais cela ne nous a pas empêcher de faire quelques rencontres supplémentaires.

 

Over the Border, Sea
Beyond the Border, the Ocean

 

À , en visitant Traces Blue, le bénévole s’occupant de l’accueil, alors que nous discutions avec lui, nous informa qu’une famille de Français étaient venus il y avait quelques minutes à peine. C’est en entrant dans Distant Memory que nous les croisâmes. Un couple et leur jeune fils, auvergnats, architectes et extrêmement sympas. Nous avons pas mal discuté, surtout que nous nous sommes croisés deux nouvelles fois dans le courant de la journée (quelques minutes plus tard, et surtout complètement par hasard de retour à Takamatsu le soir venu). C’était vraiment rafraîchissant de croiser des gens comme eux, avec un tel pétillement de la découverte. C’était, eux aussi leur premier voyage au Japon et… attention, je vais me la péter un poil… c’est un peu grâce à moi s’ils étaient là ! Ils avaient entendu parler du festival auparavant, et intéressés, ils ont commencé à faire quelques recherches sur le web et c’est la lecture de ce présent blog qui les a convaincus de venir. Vous n’imaginez pas à quel point cela me rend heureux. Une des raisons pour laquelle j’écris ce blog est exactement cela. Il ne rapporte pas un centime, il n’est pas et ne sera jamais un « gros blog », mais si j’y passe autant de temps et d’énergie c’est entre autres pour convaincre les Francophones que le Japon est intéressant au delà de Tokyo et de Kyōto et qu’il a bien plus de facettes que les gens ne l’imaginent parfois (en gros, non, le Japon ne se limite pas à Akihabara et Kinkaku-ji).

Donc rencontrer des gens tels que cette famille, en plus complètement par hasard, me fait plaisir à un point que vous n’imaginez pas.

Mais cessons de fanfaronnez et dirigeons-nous vers la prochaine étape et la prochaine rencontre de ce bref récit, et malheureusement ce ne fut pas une expérience positive.

Nous connaissons tous la sale réputation qu’ont les touristes français à l’étranger. Jusqu’à présent, j’ai toujours eu de la chance et tous les Français que j’ai rencontrés dans mon bout de Japon étaient des gens respectueux et respectables (pas un hasard à mon avis, arriver jusque dans mon coin de Japon, ce n’est que rarement un hasard). Mais voila, c’est une des choses qui m’inquiète un petit peu depuis un certain temps. Plus les îles de Setouchi deviennent connues à l’étranger, plus elles vont attirer le genre de touristes que l’on retrouve ailleurs, celui que tout un chacun déteste croiser.

Je commence d’ailleurs à avoir quelques inquiétudes à propos de Teshima. Est-elle en train de suivre la même route que Naoshima ? Le bus de touristes chinois ou taïwanais (oui, un bus !!! sur Teshima !!!) que j’ai croisé lundi dernier, ainsi que la rencontre suivante, me font craindre que oui. (rien contre Naoshima dans cette allusion sinon le fait qu’elle est en train de devenir trop touristique à mes yeux, et même si c’est bon pour l’économie locale, je ne suis pas sûr que c’est de ça dont Teshima a besoin).

Venons-en au fait : nous étions en bas de Big Bambú que j’ai enfin pu visiter terminé plusieurs mois après en avoir eu un avant-goût (et une mini-visite privée quand même). Nous attendions l’heure de notre rendez-vous pour y monter (comme seulement une dizaine de personnes peut y monter en même temps, il faut prendre rendez-vous – de quelques minutes à quelques heures avant selon l’affluence). Soudain, je remarque qu’une femme parle de manière assez « professionnelle » avec le bénévole de Koebi-tai s’occupant de l’accès à l’oeuvre (homme très sympathique au demeurant avec qui nous avons pas mal discuté avant et après « l’incident »). Apparemment, il y avait un problème quelque part, mais j’avais du mal à saisir de quoi il en retournait exactement.

Puis je les ai vus. Et j’ai compris de suite, avant même de les entendre parler, et pour cause, je les ai déjà croisés des centaines de fois. Oh non, pas ce couple-là en particulier, mais leurs clones qui sont partout dans Paris. Du coup, j’ai aussi de suite compris la raison de l’étrange présence d’un taxi qui attendait au bord de la route à trois cent mètres de là. Ils approchèrent donc, parlèrent avec leur traductrice personnelle (la femme qui discutait avec le bénévole). Ils étaient hautains, assez irrespectueux du bénévole de Koebi-tai, et surtout ils trouvaient inadmissibles de ne pouvoir monter en haut de Big Bambú comme bon leur semblait (comprendre: devoir prendre rendez-vous comme tout le monde et se mélanger à la populace leur était insupportable). Dès que nous les avons aperçus, nous avons cessé de parler de peur qu’ils ne m’entendent parler la même langue, n’ayant pas la moindre envie de communiquer avec eux – je crois que pendant qu’ils étaient en train de faire leur petite crise d’enfants gâtés, ils ne se sont même pas aperçus qu’à deux ou trois mètres d’eux, un de leurs compatriotes les observait, affligé par leur comportement bien peu recommandable. Comme ils ne voulaient pas attendre, ils sont donc repartis en râlant (et certainement en médisant sur l’organisation).

 

3 - Francais pas sympas
Et donc, j’ai joué au paparazzi, sans aucune autre raison que de documenter cette partie du présent article (pas dans mes habitudes, mais j’ai décidé de faire une exception pour eux)

 

Je suppose que c’est la rançon du succès. Plus les îles et la Triennale seront connues, plus elles attireront ce genre d’individus. Je n’ose même pas les imaginer dans les rues d’Ogijima, j’espère qu’ils n’y sont pas allés. Et après on se demande pourquoi les Parisiens (et malheureusement par extension, les Français) ont parfois si mauvaise réputation. Attention, loin de moi l’idée que tous les Parisiens sont comme cela. Mais le fait est que ce genre d’individus vivant en vase clos entre 6e et 16e arrondissements et habitués à ce que tout leur soit dus, sont en fait complètement inadaptés à la vie dans le monde au-delà du périphérique. Leurs comportements condescendants, grossiers et vulgaires dans leur fatuité ternissent l’image de leurs compatriotes à l’étranger, et ça, c’est plus que dommage.

Heureusement que nous étions sur place ce jour-là, nous et la famille si sympathique croisée juste avant ces tristes personnages.

Mais passons.

Et si vous vous demandez si l’homme est en train de me regarder dans la photo précédente, je me le suis demandé moi aussi, mais en fait, je pense qu’il regardait plutôt ça :

 

6 - Teshima - Big Bambu

 

Et ce qu’ils ont loupé car attendre c’est pas dans leurs habitudes, c’est ça (et bien plus) :

 

4 - Teshima - Big Bambu

 

Cela se passe à 18 mètres au-dessus du sol, si vous vous posez la question.

 

5 - Teshima - Big Bambu

 

Ne vous inquiétez pas, je vous reparlerai de Big Bambú et vous en montrerai beaucoup plus d’ici peu.

Le reste de la journée se déroula sans histoire ou presque : un bref passage à Ieura pour découvrir le Mountain Project de Junya Ishigami puis retour à Karato où nous passâmes un moment de détente en attendant le ferry pour Shōdoshima (un conseil en passant, pour aller à Teshima depuis Takamatsu les jours d’affluence, il est parfois préférable de faire le détour par Shōdoshima):

 

No one wins – Multibasket de Llobet & Pons à Karato sur Teshima

 

Oui c’est moi en train d’essayer de marquer des paniers – je suis très nul en basket-ball – avec No one wins – Multibasket de Llobet & Pons. Une oeuvre qui me laissait des plus dubitatifs tant que je n’en avais vu que des photos (et j’avoue j’en avais aussi un peu un bête a priori négatif car il y avait quelques mois, Llobet et Pons avaient tout d’abord accepté de faire une interview avec moi avant de se rétracter, je n’ai jamais su pourquoi), mais qui se trouve être des plus amusantes et conviviales (en général, les visiteurs du festival ont tendance à s’ignorer les uns et les autres devant les oeuvres voire même se gêner – là non, là on se prend à rigoler avec de parfaits inconnus pour quelques secondes).

 

Puis fut venu le temps de quitter Teshima, toujours à regrets, toujours bien trop tôt. Pas trop sûr de la date de mon retour, l’hiver approchant, ça risque à ne pas être avant quelques mois.

 

8 - Teshima - coucher de soleil

 

Karato-hama (plage) en bas, et Karato-oka (colline) en haut. Probablement le village avec les gens les plus sympas du monde.

 

 


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