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Manabé-Shima de Florent Chavouet

 

Ça y est, je vous en parlais il y a quelques jours, j’ai lu Manabé-Shima de Florent Chavouet

 

Manabe-shima de Florent Chavouet

 

Voici mes impressions de la chose :

Pour mémoire il s’agit d’un carnet de voyage à tendance bande dessinée d’un Français, Florent Chavouet, ayant passé deux mois sur Manabeshima dans la préfecture d’Okayama et au beau milieu de la Mer Intérieure de Seto.

Dans l’ensemble, j’ai bien aimé. Mais avec quelques bémols.

D’ailleurs commençons par ceux-ci pour finir par les points positifs.

Donc, ce que je n’ai pas aimé dans Manabé-Shima :

Mon plus gros problème, c’est le ton général de l’œuvre en fait. Oui, je sais, c’est un ton qui plait de nos jours : les Bobos en raffolent, pas mal d’autres « jeunes générations » aussi. Je veux parler de ce ton plus ou moins « innocent », qui aimerait être décalé mais qui n’ose pas totalement, avec quelques touches d’humour mais pas trop, ou alors de l’humour léger qui veut faire sourire, mais surtout pas rire à gorge déployée. J’ai du mal avec ce ton, pour moi il reflète la tiédeur, la pusillanimité voire au pire la médiocrité (pas dans le cas de Florent Chavouet pour la médiocrité, attention, ne nous méprenons pas) des jeunes Français d’aujourd’hui. Et cette œuvre se laisse aller à ces travers un peu trop souvent à mon goût. Dommage. Mais bon, je conçois que ça permet aussi l’oeuvre de trouver un public qu’elle n’aurait pas sinon.
Personnellement, un ton avec un peu plus de personnalité et de parti pris m’aurait beaucoup plus attiré. Trop souvent, l’auteur n’est qu’observateur passif des scènes qu’il vit. Pour un carnet de voyage, un récit autobiographique de la sorte, un auteur seulement spectateur et non-acteur des évènements, c’est très dommage. Surtout avec un tel format : la grande majorité du livre étant consacrée aux habitants de l’île et à ses rencontres avec eux. Avec un tel sujet, je suis sûr qu’il y aurait de nombreuses anecdotes truculentes à raconter, comme par exemple, celles que l’on devine au cours des heures passées chez Ikkyu-san et auxquelles il ne fait qu’au mieux allusion. Car c’est peut-être là que le bat blesse. Je suis sûr que l’auteur a vécu des choses formidables, mais il les élude un peu trop parfois.

Quelques clichés auraient aussi pu être évités. Des expressions telles que « le plus grand du monde du Japon » étaient marrantes il y a quinze ans environ, de nos jours elles ont été bien trop utilisées au point d’être totalement lessivées et expurgées de tout potentiel comique ou autre.

Un peu plus de recherches personnelles n’auraient pas été superflues. Oui, l’auteur a bien appris et retranscrit les choses qu’on lui a apprises directement, je pense ici aux noms de poissons et autres choses de la vie quotidienne d’une île de la Mer Intérieure de Seto, mais il y a quelques descriptions qui font un peu tache, comme « les espèces de palmiers bas et touffus » ! Ce n’est pas comme si ces espèces de palmiers bas et touffus étaient des plantes mystérieuses et spécifiques à la région de Seto, ni même au Japon. Il y en a dans le monde entier, puisque dans le dessin, je reconnais de suite des Cycas (qui, au passage, font partie des plantes les plus vieilles de la Terre, plus vieilles que les dinosaures, et il ne s’agit pas de palmiers mais de gymnospermes, tout comme les conifères).
Note : je ne connaissais pas les noms de ces plantes il y a 10 minutes, Google et internet sont vraiment des outils formidables. 🙂

Et finalement, pourquoi cet a priori si négatif sur Shiraishijima sans y avoir mis les pieds ? Surtout que ce qu’il semble penser trouver sur cette île est apparemment très différent de ce que j’en connais.

Voila pour les choses négatives.

(Mise à jour : après un commentaire, lisible plus bas, il semblerait que des gens pensent que je n’aime pas le livre. Au contraire. Mais ce n’est pas parce que l’on aime une chose qu’on ne doit pas en souligner les aspects négatifs. Cela s’appelle une critique constructive, loin du « fanboyisme »)

Le positif :

Temple sur Manabeshima (dessin de Florent Chavouet)Bon déjà les dessins. Il ne fait aucun doute que Florent Chavouet est un illustrateur talentueux, ses dessins sont riches (les dessins des intérieurs de maisons sont à la fois beaux et instructifs pour qui n’a jamais mis les pieds dans une demeure japonaise), originaux tout en sachant être réalistes quand il le faut (certains dessins de bâtiments sont magnifiques). Même les personnages, malgré un petit côté cartoon un peu en décalage avec les décors plus réalistes, sont pleins de vie et sonnent vrai. Si je croisais la plupart de ces personnes sur l’île, je les reconnaîtrais instantanément, aucun doute.

Et puis surtout il y a la démarche. Je ne peux qu’être heureux que d’autres Français s’intéressent et promeuvent la région de Seto et fassent découvrir un autre Japon, celui loin des sentiers battus de Tokyo et de Kyōto. Celui loin des clichés véhiculés par les manga et autres fantasmes d’otakus. Rien que pour cela je ne peux que vous recommander plus que chaudement Manabé-Shima, vous y découvrirez un autre Japon, celui des petits villages, celui de la culture traditionnelle japonaise, j’ose dire le « vrai » Japon, celui qui a été le moins déformé par la modernisation à l’Occidentale de l’époque Meiji et surtout de l’occupation américaine d’après 1945 (non, les Konbini – par exemple – ne sont pas si typiquement japonais, contrairement à ce que j’entends et lis très souvent de la part de Français découvrant le Japon ; il s’agit tout simplement des convenience stores américains à la sauce japonaise, rien de moins japonais qu’un Konbini à mes yeux).

Bref, comme mot de la fin, je peux que vous dire : Achetez Manabé-Shima !

 

Vous pouvez-même le faire en cliquant sur le lien ci-dessous (ceci est un lien « affilié », c’est-à-dire que si vous achetez depuis ce lien, amazon me reversera un pourcentage. Oh, n’allez pas penser que je vais devenir millionnaire sur votre dos, je gagne juste quelques centimes par achat, même pas de quoi payer l’hébergement de ce site)

 

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Voir sur une plus grande carte.

 

 


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14 commentaires sur “Manabé-Shima de Florent Chavouet”

  1. Bonjour,

    je me demande quel age avez vous ? car peut être Florent Chavouet utilise un ton que vous n'aimez pas, mais au moins il écrit pas comme au siècle dernier avec vos "de nos jours,"internet est un outil formidable" merci pour cette critique de l'age de cailloux

  2. Cher Sylvain,

    Vous savez très certainement qu’il est tout à fait possible d’avoir un avis divergeant à propos d’une œuvre donnée sans pour autant devoir être désagréables l’un envers l’autre. Surtout qu’au final, et malgré les petites choses que je lui reproche, je l’ai bien aimée cette œuvre (croyez-vous sincèrement que j'aurais passé du temps à écrire cet article dans le cas contraire ?), donc inutile de monter ainsi sur vos grands chevaux et de vous sentir obligé de sauter à la rescousse de M. Chavouet qui n’en a pas besoin, en étant par là même désobligeant avec moi. Au passage, Florent Chavouet est au courant de l’existence de ce blog ; s’il s’était senti lésé d’une manière ou d’une autre par cet article, j’ose croire qu’il m’en aurait touché deux mots, donc inutile de vous inquiéter ainsi pour son honneur.

    Quant à mon propre ton, vous ne l’aimez pas. J’en suis fort mari. Et je dois vous avouer que je n’étais pas au courant que la langue française avait changé si drastiquement au cours de cette décennie désormais achevée pour que mon élocution puisse ainsi être qualifiée de "siècle dernier". Merci de m’en avoir informé j’y prendrai désormais garde et essaierai de m’exprimer dans un français un peu plus contemporain. Toutefois, si je puis me permettre de vous donner un conseil – J’ose ! Quel impudent je fais ! – je crains que le concept d’ironie ne vous échappe un tant soit peu. Cela est extrêmement regrettable, tout particulièrement pour la pleine compréhension de certains de mes écrits ici ou ailleurs.

    Sinon, j’aurais 38 ans dans un peu plus d’un mois. Si c’était pour savoir s’il fallait bientôt penser à un cadeau – bien que cela me ferait extrêmement plaisir – ne vous sentez surtout pas obligé, vous ne m'êtes redevable de rien, ou sinon d'excuses, mais si elles ne viennent pas sachez que je ne m'en formaliserai pas.

  3. J’étais déjà venue sur votre blog il y a quelque temps, par l’intermédiaire sans doute (et déjà!) du blog de Mai Taniguchi. J’avais trouvé « Manabé-shima » à la bibliothèque, et j’ai beaucoup aimé, « malgré mon âge », ‘sourire’ (j’ai 58 ans) ; je comprends tout à fait votre « critique », et la trouve intéressante. Je n’ai pas forcément ressenti ça comme ça, parce que je ne connais pas le Japon ; [Un projet d’y aller l’an prochain. Mon mari et moi, nous nous sommes mis à l’étude de la langue japonaise, 2ème année de cours du soir, on n’est pas près de parler japonais couramment, mais tant pis.] Je vais chercher la BD dont vous parlez, qui a valu un prix à Angoulême à Florent Chavouet.

    1. Oui, en relisant ma critique, je me trouve un peu dur. Comme je disais par ailleurs, je devais être de mauvaise humeur ce jour-là et j’étais assez remonté contre certains jeunes auteurs contemporains et insipides (dont Florent ne fait pas partie). Je la réécrirai aujourd’hui, elle serait très différente je pense.

      Sinon, merci d’avoir laissé un petit mot, et précipitez-vous sur Petites Coupures à Shioguni le plus rapidement possible. 🙂

  4. J’aime moi,beaucoup votre blog et son style ,mais excusez-moi si j’ai du mal avec les fautes :
    -ça fait tâche,sans accent circonflexe…une tache
    -les décors plus réalistes, sont plein de vie et sonnent vrais. vrai est un adverbe dans ce cas il est invariable.
    Et merci,vous m’avez donné envie de lire ce journal de bord.

    1. Merci beaucoup et au temps pour moi. J’ai un gros défaut : je ne me relis jamais assez. C’est corrigé.
      Par contre, je me permets de vous rendre la pareille. Si l’orthographe compte, la ponctuation tout autant. 😉

  5. En effet,celle-là m’avait échappé!!Pour la ponctuation,puisque vous continuez le combat,pardon,le débat,pour ma gouverne,où voyez -vous un signe de trop ou un signe manquant?

    1. Les règles de ponctuation en français sont les suivantes (elles peuvent varier d’une langue à l’autre) :
      – Pour un signe simple, essentiellement virgule et point, on ne met jamais d’espace avant, mais toujours un espace après. Il vous arrive de mettre des espaces avant, et vous n’en mettez pas après. 🙂
      – Pour les signes doubles, essentiellement point d’exclamation, d’interrogation, deux-points, point-virgule, c’est toujours un espace avant et un espace après.
      – Quand plusieurs signes se succèdent, points de suspension ou succession de points d’exclamation par exemple, les règles s’appliquent comme s’il ne s’agissait que d’un seul signe.
      – Pour les apostrophes et les traits d’union, jamais d’espace, ni avant, ni après.
      – Pour les parenthèses, espace seulement avant pour la parenthèse ouvrante et seulement après pour la parenthèse fermante. Il en va de même pour ces guillemets  » mais ceux-ci « » prennent un espace avant ET après (un espace insécable).
      – Pour les tirets, s’ils énumèrent, pas d’espace en début de ligne, mais un espace après. S’ils font office de parenthèses ou de guillemets, un espace insécable avant et après.

      J’ai du oublier quelques cas, mais ce sont les règles principales. 🙂

  6. Merci beaucoup. Je constate que c’est, pour moi, un problème de frappe .Je suis de la génération de l’écrit, à la main… (j’ai dû, avec un accent circonflexe… )

  7. Merci David d’avoir rappelé ces quelques règles de ponctuations qui me tiennent particulièrement à cœur.

    Je tiens à remercier ici les derniers commentateurs qui m’ont permis de découvrir ce billet publié bien avant mon voyage au Japon en 2012 et notre rencontre « internet » ayant suivi la narration de ce voyage sur mon blog. En effet j’ai lu et beaucoup aimé le travail de Florent Chavouet et suis heureux d’avoir dans ma bibliothèque « Tokyo Sanpo » et « Manabé Shima ».

    L’éloignement de ce pays (que j’aime tout particulièrement) m’enlève une grosse partie de mon sens critique mais j’accepte bien volontiers des avis divergents.

    1. Pour les avis divergents pas de problème, mais comme je disais par ailleurs, en fait, j’aime le bouquin et suis même devenu fan de Florent Chavouet depuis (nous avons aussi sympathisé lors de son passage à Takamatsu il y a quelques années). Le jour où j’ai écrit cette critique, je devais être un peu mal luné, et je m’y trouve bien dur dedans. Il faudrait que je la récrive, mais j’avoue que quand j’ai du temps pour ça, je préfère l’utiliser pour quelque chose de nouveau.

      Sinon, je conseille chaudement Petites Coupures à Shioguni son « chef d’œuvre » à mon avis, qui est une fiction et se déroule sur Shikoku, un Shikoku imaginaire, mais inspiré de lieux réels. Allez hop, un petit lien sur ma critique écrite il y a un an presque jour pour jour :

      http://www.ogijima.fr/petites-coupures-shioguni-de-florent-chavouet/

      Là, je viens de recevoir la version anglaise de Manabé-Shima, mais je ne l’ai pas encore lue.

  8. j’avais appris par une amie ces règles de présentation, elles s’étaient modifiées quelques années auparavant ; j’ai un peu de mal à mettre cet espace AVANT le point-virgule 🙂 . mais comme toute règle, on peut l’utiliser ou pas, n’est-ce pas? quand je dis ça, je pense à un roman de Roger Mabankou  » Écrit d’une traite, avec pour seule ponctuation la virgule, Mémoires de porc-épic rappelle un autre roman de l’auteur, Verre cassé, paru en 2005 aux éditions du Seuil  » .Là je mets point et majuscule pour s’y retrouver entre mon commentaire et le lien. parce que, pour des raisons de confort je ne mets souvent plus de majuscule quand je tape sur le clavier. bon, Florent Chavouet ne se serait sans doute pas imaginé pareils commentaires à propos de son livre ^-^. bon après-midi!

    1. Oui après on peut faire des exercices de style avec la chose et enfreindre les règles volontairement, mais on entre dans le domaine de l’art, plus de l’expression. 🙂

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