Yayoi Kusama au Centre Pompidou

 

Lors de mon passage à Paris d’il y a peu, je me devais de faire quelque chose « en rapport avec le Japon » (je veux dire en plus du repas à Hotaru et du passage à l’Ambassade), ça tombe bien, une rétrospective sur Yayoi Kusama venait de débuter au Centre Pompidou.

Et c’est à ce moment de l’article que je me dois d’avertir le lecteur. J’exècre le Centre Pompidou !

Il représente à peu près tout ce que je n’aime pas dans l’art contemporain. Tout d’abord, les nombreux foutages de gueules et fumisteries qui sont de nos jours souvent classés sans vergogne dans la catégorie « art » et que l’on retrouve en grand nombre à Beaubourg. Les pompeux et les poseurs qui se pensent intelligents en prenant des postures graves et inspirées devant des « œuvres » qu’ils font semblant de comprendre et d’apprécier. Ils ne font en réalité ni l’un ni l’autre, ils se livrent juste à un cérémonial que leur rang social et leur place dans cette ville leur impose : celui d’aller au musée parce qu’ils sont (ou veulent paraître) cultivés et bourgeois. Et les touristes ? C’est pas mieux, ils y vont parce qu’on leur a dit d’y aller parce que le lieu et célèbre, et ils ne vont pas chercher ni réfléchir plus loin, s’il n’ont pas apprécié leur visite, ils iront jusqu’à se dire qu’ils n’ont pas la culture nécessaire plutôt que de remettre en cause le musée dans sa conception même (après tout, c’est un « célèbre musée parisien », il est donc au-dessus de la critique, n’est -ce-pas ?).

Je m’arrête là, je pourrais devenir négatif, voire un peu méchant.

(Si vous arrivez sur ce blog par hasard et que vous vous demandez quel est l’art contemporain que j’aime alors ? Comment aimer l’art contemporain si on n’aime pas le Pompidou ? La réponse est là.)

Bref, comme vous pouvez l’imaginer, j’étais un peu réticent à remettre les pieds en ce lieu qui n’est pas ma tasse de thé, loin de là.

Mais voilà, j’aime bien Yayoi Kusama et j’étais curieux de savoir ce qu’une rétrospective sur son œuvre pourrait bien donner.

Et alors ?

Commençons par le négatif (comme ça on pourra finir sur une note positive) :

– Il n’y a rien à faire, je n’arrive pas à aimer la peinture. Du coup, les premières œuvres de Kusama, essentiellement des tableaux, me laissent plutôt insensible, même si je dois avouer que certaines seraient du plus bel effet seules dans une pièce, pas accumulées dans une grande salle blanche avec tout un tas d’autres œuvres.

– Ce qui nous emmène au deuxième point négatif : il n’y a rien à faire les musées d’art, je ne peux pas. Pour moi l’art se doit d’être vivant. C’est à dire, faire partie intégrante de la vie quotidienne, qu’il soit situé dans une maison, un espace public ou tout autre lieu. En fait, je trouve que la place de l’art est partout sauf dans un musée. Cette sacralisation de l’art dans les musées me sort de plus en plus par les trous de nez. Je pourrais me fendre d’un laïus sur le fait que le but d’un musée est aussi parfois de réserver l’art et la culture à certaines classes sociales dominantes dans une société donnée, et que cette sacralisation a aussi pour but d’empêcher une totale démocratisation de l’art en refusant l’accès (physique ou intellectuel) à ceux qui ne font pas partie des élites. Mais, même sans aller dans cette direction, je ne supporte plus ces règles dignes d’une église intégriste. Ne pas prendre de photos, ne pas parler, ne pas toucher, ne pas, ne pas, ne pas !!!

À se demander presque par quelle chance ils nous laissent regarder. À quand les musées que l’on visite les yeux bandées, les narines bouchées et les oreilles aussi ?

Tout ceci a pour effet de déconnecter l’art de son environnement et de l’humain. Or pour moi, il n’a aucune raison d’être sans ces connexions. De là à dire que sacraliser l’art comme la plupart des musées le font, c’est plus ou moins le tuer, il n’y a qu’un pas que je franchis allègrement.

En d’autres termes, l’art ne doit pas être vu, il doit être vécu.

 

La seule photo que j'ai pu prendre, plus ou moins en douce (quoique, cette installation était située avant le panneau d'interdiction de photo)

Mais il y a quand même aussi des bons côtés à cette rétrospective :

– Déjà, le fait qu’il s’agisse d’une rétrospective, c’est-à-dire qu’on peut voir en un seul lieu l’évolution de l’œuvre de Yayoi Kusama.

– Et ensuite il y a les œuvres elles-mêmes bien entendu. Si j’ai découvert que je n’aime pas tout chez elle (cf. les tableaux de ses débuts mentionnés quelques lignes plus haut) sa période psychédélique new-yorkaise me fait toujours aussi délirer (et la vidéo du flic qui la poursuit nue dans Central Park reste un des grands happenings du 20e siècle à mes yeux).

J’ai eu aussi confirmation que, pour mon plus grand bonheur, ce que je préfère chez Kusama reste ses œuvres les plus récentes (de ces 15 dernières années en gros), en particulier ses grosses sculptures à poids et autres installations comme les pièces à miroirs multiples reproduisant des motifs à l’infini et ce genre de choses.

Donc si vous êtes sur Paris, et si vous êtes moins allergique que moi aux musées d’art, je ne peux que vous conseiller d’aller y faire un tour. Ça dure jusqu’au 9 janvier 2012.

Et d’ailleurs, ça me fait penser que je n’ai toujours pas parlé de Yellow Pumpkin sur ce blog (allez, j’essaierai de le faire avant de m’envoler).

Qu'en pensez-vous ?

4 commentaires sur “Yayoi Kusama au Centre Pompidou”

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