Ōshima, l’Île Interdite

Après cette mâtinée passée à découvrir les subtilités de la cérémonie du thé, l’après-midi venue, nous nous sommes rendus à la plus étrange et la plus méconnue des îles de la mer de Seto, je veux parler d’Ōshima. Il existe plusieurs îles de ce nom au Japon, et même dans la mer de Seto, après tout celui-ci veut dire “Grande Île” sauf que bien souvent, l’île en question n’est justement pas bien grande, et celle-ci, celle située dans la Préfecture de Kagawa donc, ne déroge pas à la règle. Cette île, bien que l’une des sept îles du Festival est bien différentes des six autres. Celle-ci aussi a besoin d’être connue et reconnue mais pour des raisons toutes autres.
En effet, depuis 1909, Ōshima est interdite au public, car elle est devenue un sanatorium, du nom de Ōshima Seishoen Sanatorium, pour patients souffrant de la Maladie de Hansen (plus connue sous le nom de lèpre). En effet, à cette époque, le Japon vota une loi obligeant tous les gens affectés par cette maladie d’être enfermés dans des sanatoriums à divers endroits du pays. La loi resta en vigueur jusqu’en 1996, longtemps après que l’on comprenne mieux la maladie, que l’on puisse la guérir, et que l’on découvre qu’elle n’est pas si contagieuse que ça finalement.
Pourtant, depuis 1996, le sanatorium existe encore, pour la simple raison que la plupart des patients n’ont nulle part où aller, sont plus ou moins handicapés et sont tous très vieux.
Aujourd’hui, il reste 104 personnes sur l’île, sans compter les employés du sanatorium. La moyenne d’âge des résidents est de plus de 70 ans, et ils vivent entre eux, certains ayant passé la grande majorité de leur vie sur cette île qui est aujourd’hui leur univers, même si de nos jours, il peut leur arriver de sortir très épisodiquement.
A l’occasion du Festival International d’Art de Setouchi, l’île ouvre ses portes au public pour la première fois. Toutefois, hors de question de crapahuter comme bon nous semble à la recherche des oeuvres d’arts cachées dans une maison ou dans un bosquet, la vie privée et le respect des patients passant avant tout, la visite se fait avec un guide qui explique l’histoire de l’île et montre divers endroits de celle-ci.
Au cours de la visite, nous avons pu aussi écouter un charmant vieux monsieur binant son jardin rempli de magnifiques Bonsai qui nous expliqua un peu sa vie (source lien-photo: Koebi). Diagnostiqué comme ayant la maladie quand il avait 16 ans (il en a aujourd’hui plus de 65 si j’ai bien compris), il vit depuis dans l’île. Il nous expliqua que dans sa jeunesse, n’étant que légèrement atteint (rien dans son visage ne laissait voir une quelconque ressemblance avec les images que l’on se fait des lépreux, sinon qu’il était borgne), il dut aider à s’occuper des malades plus atteints, le sanatorium manquant cruellement et chroniquement de personnel, il nous expliqua aussi, que même s’il peut quitter le lieu depuis plusieurs années maintenant, il y reste et y restera jusqu’à la fin de ses jours, il n’a pas de famille, d’amis, ni rien d’autre en dehors de l’île, cette petite île qui est son monde.
Et effectivement, cette île est un monde en elle-même. Elle ne ressemble en rien aux autres îles japonaises, l’ambiance y est surréelle, presque dérangeante. Le parallèle que je ne pus m’empêcher de faire très rapidement était avec le Village du Prisonnier, les hauts-parleurs diffusant en permanence une douce musique d’ascenseur me mettant même assez mal à l’aise (l’explication de la présence de cette musique est simple: la plupart des patients sont mal voyants, donc ils s’aident à s’orienter grâce à la musique).
Pour ceux qui rêvent d’une île déserte mais pas trop loin de la civilisation,
j’ai trouvé ça en route pour Ōshima.
L’entrée de l’île
Café Shiyoru.
Dans le cadre du festival, ce café accueille les visiteurs et les patients
dans l’ancien bâtiment d’accueil des familles.

 

La plage est magnifique
Un mémorial en l’honneur de tous les gens morts sur l’île.
NHK était venu faire un reportage sur l’île. Ici, elle filme Nobuyuki Takahashi, le responsable du projet réalisé dans le cadre du festival, à savoir des installations, réalisées avec les ex-malades pour éduquer le public à propos de leur vie quotidienne.
Ça c’était dans un autre bâtiment,
je ne pense pas que c’était en relation avec le Festival.
Je suis sorti de cette île un peu tourneboulé. Pas triste, ni choqué, mais je ne sais pas, un drôle de mélange, tellement ce lieu est à la fois fascinant, déprimant, et donne une sensation de gâchis de vies humaines qui auraient être toutes autres et pourtant les rares patients que j’ai croisés semblaient tous heureux et remplis de joie de vivre malgré leur âge, leur vie passée emprisonnés et leurs handicaps plus ou moins important.

 

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