Une Nouvelle Rubrique

 

Depuis quelque temps je pense à ajouter une rubrique à ce blog. Vous me connaissez, si je vous en parle maintenant, c’est que la décision a plus ou moins été prise, même si je ne promets pas de m’y atteler sur le long terme (c’est un des avantages des blogs, on peut toujours expérimenter et changer d’avis en cours de route).

Toutefois, ça va constituer un changement important dans la ligne éditoriale du blog. En effet, je parle assez rarement des détails de ma vie ici en dehors de mes visites ici ou là et encore moins de mes états d’âme. Certains pensent que ces choses sont les raisons d’exister des blogs, je respecte cette opinion mais elle n’est pas totalement la mienne.

Personnellement, je pense qu’un blog est le meilleur outil pour parler d’un ou plusieurs sujets précis, mais avec une touche personnelle, un certain point de vue. C’est ce qui fait leur force et leur intérêt à mes yeux. Et c’est tout particulièrement le cas pour des blogs qui – comme le mien – traitent surtout d’un lieu, d’une région. Si vous êtes un lecteur régulier, j’ose croire que c’est parce que Takamatsu, Kagawa et/ou la Mer Intérieure de Seto vous intéressent bien plus que comment j’y passe mes journées.
Si mes médiocres photos vous intéressent, c’est parce qu’elles vous montrent à quoi ressemblent Ogijima, Naoshima ou le Parc Ritsurin, pas pour m’y voir en train de poser devant tel ou tel monument vaguement célèbre (aparté : j’ai un certain mépris pour les photos représentant des personnes en train de poser devant un lieu célèbre, au 19e siècle, au début du 20e, je comprends ce genre de photos, mais pas au 21e siècle, encore moins quand elles proviennent de jeunes générations qui n’ont que peu ou pas connu le temps sans internet et où les voyages –virtuels ou réels – au bout du monde étaient encore chose exceptionnelle).
Bref, raconter ma vie en public n’est pas exactement mon truc, et entre nous, ma vie quotidienne, même si elle se situe dans un leu « exotique » n’est pas très différente de la vôtre : je me lève le matin, je vais au boulot pendant la journée et je rentre chez moi le soir.

Donc pourquoi cet article ? Où est-ce que je veux en venir ?

Disons que depuis un an (14 mois pour être précis), il y a un truc qui a sacrément changé ma vie, bien plus que de m’installer au Japon en fait. Je veux bien sûr parler de la naissance de ma fille.
Et j’ai bien envie de vous parler un peu d’elle.

 

Les Affres de la Paternité

Non, ne fuyez pas !
Hors de question d’envahir ce blog de photos d’un bébé que seul ses parents trouvent adorables (non, je déconne, en vrai, c’est objectivement le plus beau bébé du monde). Je n’impose pas ça à mes amis sur Facebook, je ne vais pas vous l’imposer à vous.

J’ai envie de parler d’elle ici avec une approche et un point de vue précis : mon expérience de père d’une enfant binationale et biculturelle (et dans une certaine mesure de la sienne aussi d’expérience).

Ça me trottait dans le crâne depuis un petit moment – entre autres pour partager des expériences avec d’autres personnes dans la même situation – et c’est un mini-incident (rien de grave) le week-end dernier, qui m’a décidé.
En effet, comme chaque parent, je m’inquiète déjà de son avenir ; mais en plus des choses habituelles (aura-t-elle de bonnes notes à l’école ? Sortira-t-elle avec des mecs bien ou des gros cons ? – je me mets à la boxe et au katana au cas où. S’occupera-t-elle de son vieux père quand il sera grabataire ?), il y a un souci de plus au Japon, un souci qui va commencer à apparaître de plus en plus maintenant qu’elle commence à avoir une vie sociale : le racisme.

Oui, je sais, le racisme au Japon est un vaste sujet, et même si j’ai l’impression que l’Ouest du Japon est bien moins raciste que d’autres régions (impression basée sur ma propre expérience associée à divers témoignages lus et entendus ailleurs ; disons qu’ici, les étrangers sont très peu nombreux, donc même si nous sommes plus « bêtes curieuses » qu’ailleurs, nous sommes aussi moins victimes des préjugés et des ouï-dire, j’ai l’impression), le fait est que Hana est une petite Japonaise qui a une gueule d’Européenne, et dont une partie de la culture et de l’éducation provient de l’autre bout de la planète, et ça elle devra faire avec toute sa vie.

À nous, ses parents, à lui apprendre que ce n’est pas un fardeau mais un atout.
Problème : il n’y a pas de mode d’emploi pour la chose.

D’où l’idée de cette nouvelle rubrique ici : pour partager avec vous des anecdotes peut-être amusantes peut-être pas, intéressantes je l’espère, mais aussi pour en faire ce mode d’emploi, pourquoi pas avec l’aide d’autres parents concernés.

 

Hana et Papa

 

Biculturalisme au Japon, mode d’emploi

Bon, je vais essayer de ne pas trop m’éterniser sur cet article-ci. Il commence à avoir une certaine longueur. Mais je ne peux pas vous quitter pour aujourd’hui en vous laissant sur votre faim et ne pas vous narrer le petit incident auquel je faisais allusion plus tôt.
Oui bon, le terme incident est un peu fort, après tout Hana n’a pas du tout été affectée par la chose. Mais des situations similaires se reproduiront. C’est sûr. Petit à petit, elle comprendra. À moi de trouver une façon de l’y préparer, si tant est qu’il soit possible de le faire.

Donc. Nous nous rendions à l’un des parcs du quartier, son préféré parce qu’il y a un toboggan dont elle est déjà très fan.

Pour un aparté de plus : en tant que nouveau parent, c’est une des choses que j’apprécie tout particulièrement au Japon (du moins dans mon coin du Japon, ailleurs, je ne sais pas), c’est que chaque quartier résidentiel possède non pas un, mais bien plusieurs parcs et terrains de jeu pour enfants de tous âges.

 

Terrain de jeux, ton univers impitoyable !

Nous arrivions au parc, c’était la fin de l’après-midi, la plupart des enfants étaient rentrés à la maison, mais il en restait encore quelques, surtout en bas âge.

Une chose qu’il vous faut savoir à propos de Hana, c’est qu’elle est très sociable. Elle n’a peur de personne et adore tout particulièrement les autres enfants.

À notre arrivée, un garçon de quatre ou cinq ans était en train de poser son vélo près de nous. Hana fut bien évidemment attirée par l’objet. Le petit garçon bien évidemment est devenu possessif et ne voulut pas que l’on s’approche de son vélo. Rien de bien surprenant jusque-là, nombreux sont les enfants qui réagissent ainsi.
Mais l’attention de Hana passa très rapidement du vélo au petit garçon lui-même.
Là, il prend peur, refuse que Hana s’approche de lui et se met à répêter « Eigo mitaï ! Eigo mitaï ! » ce que l’on pourrait traduire par « ça ressemble à de l’anglais. »

Déjà la formulation est étrange, dans ses termes, ce n’est pas le physique inhabituel de Hana qui le dérange, mais la langue utilisée. Le « ça ressemble » est étonnant lui aussi. Mais là où le bât blesse c’est que je n’avais encore rien dit dans aucune langue, Hana ne parle bien entendu pas encore, et 康代 s’exprimait à ce moment-là en japonais, puisqu’elle s’adressait justement au petit garçon à propos de son vélo.
Comme je disais plus haut, Hana n’a pas été affectée : elle n’a pas compris. Et elle est très rapidement passée à autre chose (l’attrait du toboggan était trop fort). Mais il est clair que des situations comparables surviendront dans le futur et pas qu’une fois.

Selon 康代, habituellement, les petits enfants ne font pas du tout attention au physique des autres ; ça vient plus tard. Très probablement le petit garçon était plus troublé par ma présence que celle de Hana. Et pour qu’il ait une telle réaction si jeune, je me demande avec quoi ses parents lui ont déjà pourri le crâne. Il est d’ailleurs intéressant de noter la réaction de la mère qui était présente. En général, les mères discutent très rapidement ensemble et si un incident survient entre deux enfants, elles se confondent en excuses et se disent que non ne vous inquiétez pas ce n’est rien.
La mère de ce garçon ? Rien. Aucune réaction. En fait, ils sont assez rapidement partis après notre arrivée. Je ne peux dire si ce départ fut lié à notre présence ou non. Je ne veux tirer aucune conclusion. L’heure du dîner approchait et le parc se vidait petit à petit.

Quelques minutes plus tard, une petite fille d’environ deux ans joua avec Hana (à leur âge, c’est-à-dire, plutôt côte-à-côte que vraiment ensemble), jusqu’à ce qu’il fut temps pour nous aussi de rentrer.

 

Hana au parc

 

 

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