Paul Krugman, Tourbillons, Tapis Roulants, Un sur Quatre-Vingt Huit, et plus… (Jour 7 : 24 mai 2009)

Quand je me suis réveillé au matin du septième jour, une vision étrange m’est apparue, étrange car familière. Sur la télé du salon, alors que j’entrai dans la pièce, il y avait Paul Krugman! C’était la première fois en une semaine que je voyais quelque chose qui ne m’était pas inconnu à la télévision. Mais pour vous dire la vérité, je ne sais pas comment je l’ai de suite reconnu, après tout, « familier » n’est pas un qualificatif qui me viendrait forcément à l’esprit en parlant du visage de Paul Krugman. Tout ce que je connaissais de son visage jusqu’alors c’était son portrait en en-tête de ses articles sur le site du New York Times.

Je suppose que mon cerveau – habitué à voir du « bruit » (des centaines d’inconnus que je ne reverrai certainement jamais et parlant dans une langue tout aussi inconnue) sur l’écran de TV depuis une semaine – était extrêmement sensible et à l’affût de tout visage ne serait-ce que vaguement connu, ou un truc du genre.

Je ne suis pas tout à fait sûr de la raison de sa présence dans cette émission. Il se rendait dans divers endroits au Japon (à Tokyo ?) accompagné de tout un tas de Japonais (des journalistes ?), et si je ne me méprends pas, il y était en tant que prix Nobel d’Économie et non en tant que journaliste du New York Times. Au final, je crois que l’émission consistait en un voyage/analyse de Krugman au Japon pour voir et commenter comment le Japon faisait face à la crise, ou un truc du genre.
Quoiqu’il en soit, je me retrouvai personnellement dans une situation inédite où cet homme – que je ne connais finalement pas si bien que ça – devenait soudainement un visage familier, un bout d’Amérique, d’Occident, de chez moi, au milieu de toute cette étrangeté.

 

Comme nous étions dimanche, les parents de 康代 avaient décidé que c’était l’occasion idéale pour faire un petit voyage en famille en commençant par Naruto et ses célèbres tourbillons !!!

Je sais, posé comme cela, ça n’a pas l’air très excitant (et ça sonne presque comme le nom d’un orchestre de campagne ou d’une troupe d’acrobates) et je me demandais bien pourquoi mon beau-père tenait à me montrer une telle chose. Après avoir vu des temples magnifiques, des jardins incroyables et une île pittoresque, je me demandai ce qu’il pouvait y avoir d’intéressant à aller voir un tourbillon.

Mais voila, il ne s’agit pas simplement d’un tourbillon, mais des Tourbillons de Naruto, qui sont parmi les plus gros et les plus impressionnants tourbillons du monde, au point que toute une industrie touristique s’est développée autour d’eux…

Nous sommes donc allés jusqu’au pont Ōnaruto, reliant Awajishima à Shikoku et qui fut mon point d’entrée sur Shikoku sept jours auparavant ; sauf que cette fois-ci nous n’avons pas pris l’autoroute mais la route côtière, ce qui nous permit d’observer tout le long tous ces petits villages de pêcheurs, remplis de maison traditionnelle (et les toits bleus et verts étaient bien plus fréquents que je ne l’imaginais, toits dont je ne me lasse pas de part leur aspect presque « faux »).

Pont Onaruto reliant Shikoku à Awajishima

Arrivés au Détroit de Naruto, nous avons garé la voiture et sommes partis vers le pont, sous le pont. Quand je dis « sous le pont » je ne veux pas dire au bord de l’eau avec le pont au-dessus de nous, non, ce que je veux dire c’est que nous étions « dans » le pont, sous la route. En effet, il y a une énorme passerelle/couloir sous le pont qui s’étend sur une certaine longueur (et quand les camions qui vous passent au-dessus, c’est assez impressionnant, on ne les voit certes pas, mais on les entend et on sent les vibrations) et qui permet aux visiteurs de se tenir 50 mètres au-dessus du détroit et des tourbillons. L’autre façon de les observer étant de prendre le bateau et de naviguer au milieu de ces derniers, chose qu’il faudra que je fasse lors d’une prochaine visite.

Mais, c’est quoi cette histoire de tourbillons en fait ? Eh bien, c’est plutôt simple (et à ce moment de la lecture, si vous ne maîtrisez pas bien la géographie du Japon, je vous conseille de vous munir d’une carte, il y en d’ailleurs une en fin de cet article pour vous aider à vous situer). Donc, le Détroit de Naruto est l’un des rares points de connexion entre la Mer Intérieure de Seto et l’Océan Pacifique, et quand la marée de la Mer Intérieure commence à descendre, celle-ci se « vide » dans l’Océan, et bien entendu, il y a un effet d’entonnoir créant les tourbillons (si vous souhaitez plus de détails techniques et scientifiques, je suis sûr que vous pourrez trouver ça quelque part sur Internet).

Et je dois l’avouer, ils sont bel et bien impressionnants.

 

 

Je me rends compte que ces photos sont trompeuses. Il ne s’agit pas du couloir/passerelle dont je parlais. Ces morceaux-là ne sont pas ouverts au public (d’où l’absence de personnes), les parties accessibles sont protégées par des murs et des vitres, y compris des vitres au sol pour voir les tourbillons.

 

 

 

Après avoir assisté au spectacle des tourbillons, nous avons bien sûr visité le « musée des tourbillons » qui était beaucoup moins impressionnant, mais très instructif… si on comprend le japonais…

Traversant la ville de Naruto, le père de 康代 décida soudain de s’arrêter à cet étrange restaurant au bord de la route. Il s’agissait d’un restaurant de Sushi, mais nullement comme celui où nous étions allés quelques jours auparavant, puisqu’il s’agissait d’un de ces fameux restaurants de sushi sur tapis roulant…
Le sushi y est servi dans des assiettes de couleurs et circule sur un tapis roulant, les clients étant assis autour et se servant des morceaux qui les intéressent. A la fin du repas, les assiettes sont comptabilisés et on paie en fonction des codes couleurs de celles-ci…
Vous trouvez que ça fait un peu gadget ? Et vous avez raison. Même pour la plupart des Japonais, ça l’est. Je pense même que c’est pour cela que mon beau-père voulait m’y emmener.

J’ai déjà entendu des gens dire et penser que les restaurants de sushi au Japon étaient tous comme ça, et ce genre de choses. Il n’en est bien sûr rien du tout, ce genre de restaurant est vraiment un gadget, c’est un peu le fast food du sushi j’ai l’impression. Leur seul avantage étant leur prix, justement avantageux.
Sauf que là, les prix n’étaient pas si avantageux que ça, et le sushi loin d’être exceptionnel, si bien que nous ne nous y sommes point attardés, et bientôt nous reprîmes la route vers Ryōzenji.

Ryōzen-ji, le premier des 88 Temples !
Vous vous souvenez des 88 Temples n’est-ce pas ?
Et bien, Ryōzen-ji c’est le premier d’entre eux, ce qui signifie que lorsqu’on entreprend le Pèlerinage de Shikoku, c’est par celui-ci que l’on commence, et de fait, là où l’on devient un pèlerin, un Henro.
Litéralement. Car s’il est une chose que j’ai apprise du Japon, c’est que l’habit y fait le moine (ou le pèlerin, selon) et que quand on est un pèlerin , on s’habille comme un pèlerin, et pour s’habiller comme un pèlerin, on se procure l’uniforme de pèlerin que l’on trouve à Ryōzen-ji.
D’ailleurs, il faudra un jour que j’arrive à percer à jour cette obsession que les Japonais ont avec les uniformes…

 

Ryōzenji

 

(pour une raison qui m’échappe, je n’ai pas vraiment pris de photos de Ryōzen-ji, à l’exception de celles que vous voyez ici)

 

Un truc assez perturbant pour un Européen dans la plupart des temples bouddhistes du Japon, c’est les svastikas ! J’espère que je ne vous apprend rien en vous disant que les svastikas n’ont pas été inventées par les Nazis et qu’on les retrouve dans de nombreuses cultures et traditions. Mais à cause de la très mauvaise publicité qu’Hitler a fait à ce symbole, il est devenu plus ou moins tabou dans nos contrées. Ce qu’on oublie, c’est qu’il est des endroits dans le monde où le symbole est utilisé depuis toujours et que c’est pas cet « accident historique » qui va les rendre persona non grata (ou plutôt symbolum non grata… non gratum ? Mon latin n’est plus ce qu’il était…), comme par exemple au Japon (et je suppose ailleurs en Asie) où on le retrouve régulièrement sur de nombreux bâtiments bouddhistes sans que cela n’émeuve qui que ce soit (ces temples étant là depuis bien longtemps et y resteront encore certainement longtemps). Le symbole était tout particulièrement très présent à Ryōzenji (on notera toutefois que la croix est tournée vers la gauche et non vers la droite par contre – ce qui en fait un symbole totalement différent aux yeux des spécialistes que nous ne sommes pas – en tout cas, pas moi). J’ai quand même eu mon petit choc – quand cherchant un cadeau pour ma mère à la boutique du temple – ma belle-mère me suggéra candidement un petit pendentif très mignon avec une grosse croix gammée dessus. Il lui fallu quelques secondes et une explication de sa fille pour comprendre mon mouvement de recul soudain.

Puisqu’on en est à parler de boutiques de souvenirs qui, à part le fait qu’on en trouve dans les temples (quoiqu’à la réflexion, il y en a aussi dans les églises touristiques en France), sont très particulières quand même (pour mes yeux d’Occidentaux, bien entendu).
Figurez-vous qu’on y trouve pratiquement aucune des choses que l’on trouve habituellement dans les boutiques européennes, que ce soit le meilleur (des livres très intéressants) ou le pire (des tours eiffel fluos et clignotantes, des T-shirts « Université de Paris »- oui, je sais, ça fait peur).

Ce qu’on y trouve, ce sont quelques jouets pour les enfants, quelques vêtements (artisanaux les vêtements, ou du moins, ils en ont l’air), quelques objets divers et variés mais en général pas très intéressants (grosse déception de ma part, j’imaginais remplir mes valises d’objets aussi étranges qu’intéressants trouvés dans ce genre de boutiques, mais en fait non), mais surtout on y trouve de la nourriture… beaucoup de nourriture…
Je ne peux même pas m’essayer à décrire toute la nourriture que l’on trouve dans ces boutiques, tout d’abord parce que je connais pas les trois-quart des produits vendus, mais aussi parce qu’il y en avait tout simplement trop. Il semblerait en effet que l’on trouve à peu près de tous les types de nourritures qui peuvent se conserver hors du frigo, des biscuits jusqu’au poisson séché, en passant par des trucs non-identifiés à profusion.
Et j’ai effectivement remarqué que quand les Japonais voyagent, ils achètent surtout de la nourriture comme cadeaux à leurs proches (quelques semaines plus tard, la famille de 康代 est venue en France, c’est à peu près la seule chose qu’ils ont acheté et je les suspecte d’avoir été très déçus par le manque de nourriture-souvenir dans un pays aussi axé sur la nourriture et la gastronomie que le nôtre).

D’un côté, je me dis que c’est pas génial comme cadeau-souvenir, personnellement, j’aime bien pouvoir garder de tels cadeaux. D’un autre côté, cela vous évite de recevoir des cadeaux embarrassants dont on ne sait que faire ensuite : les mettre au fond de la cave, quitte à offenser la personne vous ayant fait le cadeau, ou le laisser sur son étagère quitte à être ridicule chaque fois que vous aurez des invités et que ça vous pique les yeux le reste du temps ?

Après un deuxième déjeuner (les sushis ne nous avaient pas exactement rempli l’estomac) dans un restaurant de Ramen (les vrais ramen « japonais », pas ceux que l’on achète pour 50 centimes et qui cuisent en deux minutes, remarquez, je critique pas, j’aime ceux-là aussi) qui était aussi simple que bien bon ma foi, nous nous sommes rendus dans la ville de Mima pour aller voir le Waki Machi, un quartier historique où toutes les maisons sont sacrément vieilles (surtout de l’Époque Edo). Pour une raison étrange, cela m’a fait penser à une espèce de Sarlat japonais, juste avec moins de touristes et moins de foie gras. En tout cas, on avait une impression assez similaire de voyage dans le temps quand on parcourait ces rues.

Waki Machi à Mima, Tokushima

 

 

Et à la fin de notre visite nous tombâmes sur ce charmant théâtre traditionnel mais toujours en activité.

 

Comme la fin de la journée approchait doucement, nous rentrâmes bientôt à Takamatsu, nous arrêtant en chemin pour manger une glace (goûts des glaces mangées au Japon : pomme de terre, sauce de soja, lait… toutes délicieuses), ainsi qu’au supermarché pour faire les courses avant d’arriver à la maison.

Le supermarché, celui de Youme Town, n’avait pas beaucoup changé depuis la fois précédente, à une chose près : il y avait des hommes parmi les clients !!! En nombre pas négligeable du tout… Entre les jeunes qui accompagnaient leurs copines pour être de « bons petits amis », les célibataires qui n’avaient que le dimanche pour faire les courses, voire mêmes quelques pères de famille, je crois que je n’ai jamais vu autant d’hommes dans des magasins au Japon.

 

 

 

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