Distance Sociale sur Naoshima

Les choses vont mieux au Japon. Nous ne sommes pas à l’abri d’une deuxième vague, elle pourrait être prête à redémarrer à n’importe quel instant, mais dans l’ensemble les choses vont mieux. Et il y a quelque temps je me demandais et on me demandait s’il était raisonnable de visiter les îles de Setouchi ou bien pas encore.

Pour rappel, depuis le début de l’épidémie de Covid-19, il est extrêmement déconseillé à tout le monde de se rendre sur les îles de Setouchi si on n’a rien d’important à y faire : leur population est très vieille et l’accès au soin difficile. Je pense qu’il n’y a pas besoin de plus d’explications.

Oui, mais voila, les choses vont mieux… Donc ? Peut-on aller sur les îles en ce moment ?

J’ai demandé à plusieurs amis et connaissances vivant sur les îles ce qu’ils en pensaient. J’ai publié leurs avis et mes pensées dans l’article suivant (en anglais seulement, désolé, je doute avoir le temps de le traduire en français prochainement) :

Setouchi Islands and Covid-19 – an Update

Si vous êtes vraiment allergiques à l’anglais, voici les conclusions à tirer :

  • Naoshima : plutôt oui en respectant les règles de distanciation sociale et les gestes barrières.
  • Inujima : plutôt oui dans les même conditions que précédemment.
  • Teshima : les gens extérieurs à l’île ne sont pas exactement les bienvenus en ce moment.
  • Ogijima : les habitants sont gentils donc ils n’osent pas vraiment dire « ne venez pas » mais ils le pensent quand même (pour référence, je ne me suis pas rendu sur l’île depuis début mars et je n’ai pas l’intention de le faire tant que je n’aurai pas reçu de feu vert explicite de certaines résidents de l’île, et pourtant vous savez l’importance qu’elle a pour moi).
  • Shodoshima : les avis sont partagés, mais l’île est moins isolée que les autres et il n’y a pas trop de consensus ni dans un sens ni dans l’autre.
  • Megijima : pas de retours précis de gens, mais le ferry est le même que celui d’Ogijima, donc CQFD.
  • Je n’ai pas d’informations concrètes à propos des autres îles, mais jusqu’à récemment, il n’était pas possible de se rendre ni à Awashima, ni à Shishijima.

Et bien entendu, cela n’a de valeur que si vous vivez au Japon, dans le cas contraire, vous ne pouvez de toutes façons pas entrer dans le pays jusqu’à nouvel ordre.

 

Bref, tout cela ne me réjouissait pas non plus : je ne vais pas mentir, je suis pas mal en manque d’îles. Mais, après discussions avec un ami résidant à Naoshima, je me suis dit que comme tous les musées et sites artistiques sont de nouveaux ouverts (les musées depuis le début du mois, le reste depuis le week-end dernier), que les Japonais n’ont pas encore recommencé à voyager en masse et que les étrangers sont toujours privés de voyage au Japon, ces jours-ci sont offrent une opportunité qui ne s’est plus présentée depuis des années et qui ne se représentera probablement pas de si tôt : celle de visiter Naoshima sans foule autour de moi.

Si je ne parle pas souvent de Naoshima dans ce blog (c’est dommage, ça m’emmènerait des lecteurs), c’est parce que je ne m’y rends pas souvent. Ce n’est pas que j’aime pas l’île… Je l’aime bien… Mais je l’aime surtout quand il n’y a pas de monde partout… Ce qui n’arrive presque plus jamais de nos jours et depuis 4-5 ans environ.
L’île est désormais mondialement célèbre et était en passe de devenir une destination de tourisme de masse avant que l’épidémie ne frappe. Je vous avoue quand je lis ici ou là qu’elle est en dehors des sentiers battus, je ris un peu sous cape quand même. Elle a atteint le million de visiteurs l’an dernier. Vous avouerez que le sentier commence à être sacrément battu quand même.

Mais voila, même si elle a des attraits indéniables, l’une des choses qui m’attirent le plus dans les îles de Setouchi, c’est leur calme et leur sérénité, deux qualités qui se font souvent rares sur Naoshima… Sauf ces jours-ci !

Donc dimanche dernier, c’était décidé, appareil-photo autour du cou, masque sur la bouche, ma fille et moi nous sommes rendus sur Naoshima dans le but de redécouvrir une île comme je ne l’ai pas vue depuis au moins cinq ans je pense : sans flopées de touristes !

Et ce fut un plaisir. Oui, Naoshima peut être agréable elle aussi !

Je vous ai donc concocté ce reportage-photo.

Petit avertissement avant d’aller plus loin : je trouve que pas mal de photos sont un peu bizarres, surtout les couleurs. Bon, le ciel était vaguement couvert mais lumineux, vous savez ce ciel qui n’est vraiment pas idéal pour la photographie, et comme le but était aussi de passer du temps avec ma fille, j’ai mis l’appareil en mode automatique toute la journée sans me préoccuper d’aucun réglage. J’en vois certains parmi vous faire les gros yeux : désolé. 🙂

Bon trêve de bavardages, et passons à la pièce de résistance :

 

Petit pincement au cœur juste avant d’embarquer quand je vois Meon juste derrière en train de partir. Quand pourrai-je remonter à son bord ?

 

Les gens s’étant rendus sur Naoshima pendant la Triennale de Setouchi 2019 sauront apprécier cette photo. Bon, j’avoue, elle fut prise au moment d’entrer dans le ferry. En vrai, il devait y avoir entre 20 et 30 passagers à son bord (il y en avait un peu plus le soir, peut-être un peu moins d’une centaine ?).

 

Ogijima et Megijima alignées comme je les vois assez rarement en fait.

 

Pas un chat sur la plage vers 11 heures du matin.

 

Je ne me souviens plus exactement quand était la dernière fois que j’ai vu la Citrouille Jaune de Yayoi Kusama sans personne autour.

 

 

Je vois presque ma maison.

 

Après ces quelques minutes à profiter de la Citrouille avec presque personne autour (vous aurez noté deux petites filles différentes sur les photos ci-dessus, l’une des deux n’est pas la mienne, il y avait aussi une autre famille qui flânait dans le coin), direction le Chichu Art Museum.

 

La « queue » pour entrer au Chichu Art Museum.

 

Comme d’habitude, interdiction d’y prendre des photos, donc juste quelques lignes.

Que dire sinon que je l’ai enfin visité dans les conditions pour lesquelles il a été conçu ?

  • La pièce de Monet et ses Nymphéas pour nous tout seuls, ça vous dit ?
  • J’ai enfin pu faire l’expérience d’Open Field de James Turrell (le « rectangle bleu ») comme il se devait : surtout ne pas se dépêcher, attendre, changer de direction, voir les nuances s’effacer et se perdre dans l’espace bleu, puis violet. J’ai du mal à croire que je n’avais jamais vraiment fait l’expérience de l’œuvre correctement auparavant (parce que le staff vous presse habituellement ?).
  • La pièce de Walter de Maria était un peu bruyante, deux familles dedans (trois avec nous), difficile de garder tous ces enfants silencieux. Mais je ne vais surtout pas me plaindre que ces familles aient eu la même idée que moi. En effet, Naoshima n’est pas toujours l’endroit idéal pour les enfants : la plupart des œuvres d’art ne sont pas très « abordables » pour eux (ma fille n’a finalement pas été vraiment intéressée par le Chichu Art Museum) et toutes les règles sont un peu trop restrictives pour eux. Vous aurez d’ailleurs noté que je n’ai fait le voyage qu’avec un seul de mes enfants : mon fils est bien trop petit pour s’intéresser à quoique ce soit sur l’île (pas très ludique l’art de Naoshima non plus). Mais, la très faible fréquentation de l’île ces jours-ci fait que c’est l’occasion idéale de la faire découvrir à ses enfants, et ils peuvent même faire un peu de bruit dans le musée sans que le staff ne vous fasse les gros yeux, ce qui est rare. En fait à la réflexion, Naoshima devrait avoir des « journées familles » (où les enfants ont le droit d’être des enfants dans les divers musées).

Une chose qui a beaucoup intéressé ma fille par contre, c’est la nature, comme ce crabe perdu dans le « jardin de Monet » à côté du musée (comment est-il monté là haut depuis la mer ? mystère, mais les crabes sont tenaces).

 

Étape suivante : le Lee Ufan Museum.

Je me surpris à réaliser que je ne m’y étais pas rendu depuis 2010 lors de ma première visite de l’île alors qu’il venait tout juste d’ouvrir !

Une nouveauté depuis l’an dernier (que je découvrais pour l’occasion) : une arche de métal – et de pierre – vraiment imposante et magnifique :

 

 

Et à l’intérieur du musée nous nous retrouvâmes seuls avec le staff !

Oui, vous avez bien lu, nous étions les seuls visiteurs dans un musée sur Naoshima !

En plus, à ma surprise, ma fille a bien aimé l’art de Lee Ufan, alors que personnellement, je trouve qu’il y a à boire et à manger. Comme d’habitude, pas de photos à l’intérieur.

Je profite de l’occasion pour vous expliquer un peu comment se déroulent les visites faites sous l’égide de la distanciation sociale et des gestes barrières.

Bon déjà, le nombre de personnes autorisée dans chaque bâtiment est considérablement réduit (10 personnes chaque quart d’heure au Chichu Museum, alors qu’en temps normal c’est 30 ou 40 si mes souvenirs sont exacts). Ensuite, le masque est obligatoire. Se frotter les mains avec de l’alcool aussi. Finalement, avant que vous n’achetiez votre ticket, un employé prendra votre température avec une sorte de pistolet à infra-rouges. Si elle est supérieure à 37.5°C on n’entre pas.

 

 

Et en avant-première :

 

Des travaux !

Slag Buddha 88 de Tsuyoshi Ozawa a été (temporairement, m’informe le site de Benesse) retiré pour laisser place à ce chantier qui m’a bien l’air d’être la construction d’un nouveau musée ! Il semblerait qu’il s’appelera « Valley Gallery ». Je vous tiendrai au courant quand je disposerai de plus amples informations.

En attendant, direction le Parc et la Plage de la Benesse House.

Ozuchishima

 

Benesse House Hotel

 

Three Squares Vertical Diagonal de Georges Rickey

Une de mes œuvres préférées de Naoshima. La dernière fois que je l’avais vue, elle avait été endommagée et était en réparation (à cause de vandales ne faisant pas attention ? Je le crains, le tourisme de masse, c’est ça aussi), elle va mieux, mais le carré du milieu ne bouge plus vraiment comme avant (oui, c’est une œuvre mobile, mais il faut être patient, et la respecter).

 

Drink a Cup of Tea de Kazuo Katase

 

Les plus belles œuvres d’art sont parfois celles que l’on trouve dans la nature.

 

L’hôtel est ouvert (ici la section « Beach » du Benesse House Hotel) mais il n’est pas exactement plein. D’ailleurs, il y a des réductions de 50% en ce moment (peut-être seulement pour les résidents de Kagawa, à vérifier), mais même à ce prix, il n’est toujours pas dans mon budget.

 

La section « Park » de l’hôtel, beaucoup de volets baissés là aussi.

 

Le cylindre dans la photo ci-dessus, c’est Cylinder Bisected by Plane de Dan Graham, et quand on est dedans, on est sujet à certaines illusions d’optiques. Voyez ci-dessous :

L’un de nous est un reflet, pas l’autre.

 

Blind Blue Landscape de Teresita Fernandez, vu de dehors.

J’ai toujours eu un faible pour cette œuvre.

 

Et dans le parc à proprement parler, les sculptures de Niki de Saint Phalle et de Karel Appel (pour rappel, Frog and Cat est la toute première œuvre d’art que Soichiro Fukutake a installé sur Naoshima, en 1990, il y a 30 ans déjà).

 

Content que ma fille s’intéresse de nouveau à la photographie – elle avait commencé à s’y intéresser à l’âge de deux ans (si, si), mais avait ensuite délaissé la chose pendant plusieurs années ensuite jusqu’à l’an dernier environ.

 

 

Quelques visiteurs de plus par rapport au matin, mais ça reste raisonnable.

 

 

Une chouette plage + une petite fille =  un bus raté !

Donc direction Honmura à pied. Surpris que ma fille ait été d’accord, mais il est vrai que de nos jours, elle rentre de l’école à pied tous les jours, et ça lui fait un peu plus de deux kilomètres de marche.

 

Teshima, sous un angle où je n’ai pas l’habitude de la voir.

 

 

Minamidera

 

Et si je tenais à me rendre à Honmura, c’était pour deux raisons. Voir mon ami Andrew, résidant américain de l’île (il écrit sa thèse sur celle-ci, pour en savoir plus sur lui, je vous conseille d’aller voir son site – en anglais – Art Island Center) et découvrir enfin The Water de Hiroshi Sambuichi.

 

Tout le monde ne parle que de Tadao Ando quand on pense à Naoshima (d’ailleurs il était sur l’île ce jour-là, mais je ne l’ai pas croisé), mais personnellement, c’est Hiroshi Sambuichi qui me fascine. Il construit ou rénove tous ses bâtiments en gardant toujours les forces de la nature environnante à l’esprit. Dans la région vous connaissez peut-être le Seirensho Art Museum sur Inujima et son jeu sur la lumière et la température. Sur Naoshima, son premier projet était le Naoshima Hall et son système de ventilation et de climatisation entière naturels.

Comme je viens de le dire, Naoshima Hall était son premier projet sur Naoshima, mais pas le dernier puisque depuis plusieurs années, il a entrepris un projet de longue haleine sur l’île et dans le village de Honmura sous le nom de Naoshima Plan.

Son deuxième projet était la construction d’une maison privée, et son projet le plus récent, c’est donc The Water.

Naoshima dispose d’une nappe phréatique et de nombreuses maisons sur l’île disposent de puits. Sambuichi a donc rénové une maison autour de son puits et en a fait un espace de relaxation tournant autour de l’eau issue de ce puits qui arrive aujourd’hui dans un bassin où l’on peut même tremper ses pieds pour se détendre. Ce dont nous avions bien besoin après environ une dizaine de kilomètres de marche. Et à mon absence totale de surprise, le lieu est devenu l’un de mes nouveaux lieux préférés de l’île.

 

Il fut bientôt temps de retourner à Miyanoura où le ferry de retour nous attendait, mais avant d’embarquer hors de question de louper les deux plus chouettes œuvres du port :

La Citrouille Rouge bien entendu…

(à chaque fois que je la vois, le sol artificiel autour s’est agrandi – il fut un temps où il y avait de l’herbe jusqu’à elle)

Et….

 

… ma fille nous montre la route.

 

Naoshima Pavilion de Sô Fujimoto :

Dont vous ne verrez que « l’intérieur » aujourd’hui.

 

Avec en prime un jeune couple qui n’avait pas l’intention de bouger… heureusement qu’ils étaient photogéniques.

 

Et une surprise pour les fans de Pokémon :

Je ne sais plus si je vous en ai parlé, mais en gros, la Préfecture de Kagawa a fait une drôle d’opération marketing avec The Pokémon Company il y a quelques années (d’autres préfectures lui ont emboîté le pas depuis). En gros, Ramoloss est devenu la mascotte officieuse de la préfecture pour une raison vraiment bête (mais bon, Ramoloss ne brille pas par son intelligence) :

  1. La préfecture de Kagawa est connue pour le udon.
  2. Il y a quelques années, elle avait monté une campagne de pub tournant autour du fait qu’elle allait être renommée « Udon-ken » (‘ken’ c’est ‘préfecture’) – pas vraiment, hein…
  3. Le nom original de Ramoloss c’est Yadon.
  4. Yadon ça rime avec Udon.
  5. Donc en plus d’être Udon-ken, Kagawa est devenue Yadon-ken !

Aujourd’hui, on en entend pas trop parler (sauf quand on trouve du oden en forme de Ramoloss dans les restaurants de udon), mais une partie de l’opération marketing est que dans chacune des 16 municipalités de Kagawa, on peut trouver une plaque d’égout unique aux couleurs de Ramoloss/Yadon. Voici donc, celle de Naoshima.

 

Et juste quand c’est l’heure de rentrer le soleil pointe enfin son nez.

 

 

Voila, c’est tout pour aujourd’hui.

À très bientôt pour de nouvelles aventures.

 

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