Alcool et Histoire au Japon (Jour 6 : 23 Mai – Deuxième Partie)

 

Où en étions-nous ? Ah oui…

Donc de retour d’Ogijima, nous avons fait une rapide visite du Musée d’Histoire de Takamatsu qui retrace l’histoire de la région de son premier peuplement humain (durant l’ère glaciaire, quand la Mer Intérieure de Seto n’était qu’une grande plaine et le Japon une péninsule rattachée à l’Asie par la Corée) jusqu’à la fin de la deuxième guerre mondiale (environ).

C’était vraiment très intéressant et très instructif, mais vous comprendrez qu’il serait contre-productif que d’essayer de résumer cette visite ici.
Je vais toutefois m’attarder sur les deux choses qui m’ont le plus marqué. Étonnamment, il s’agit du début et de la fin (chronologiquement parlant).

Le début, parce que même si cela semble évident, je ne m’étais jamais posé la question, mais les hommes préhistoriques japonais n’étaient que peu ou pas différents de leurs homologues européens dans leurs cultures, habitudes, styles de vie, technologies et le reste (je ne sais pas s’ils peignaient dans les grottes par contre). Puis, petit à petit, au fil du temps, on voit les outils, les vêtements, les habitations évoluer et changer pour se différencier de plus en plus. Une fois de plus, cela semble évident, mais de voir une base connue et acquise (la préhistoire) évoluer de façon nouvelle vers quelque chose d’inconnu (la proto-histoire japonaise) était quelque chose de passionnant et je vous conseille de vous pencher dessus si vous en avez l’occasion.

L’autre – la fin – c’était la façon dont la Deuxième Guerre Mondiale était présentée et l’approche que les Japonais semblent avoir de celle-ci aujourd’hui. J’en avais déjà plus ou moins entendu parler, de cette absence de remise en question et d’acceptation des erreurs de l’époque, contrairement à ce qu’ont pu le faire les Allemands par exemple, si bien qu’aujourd’hui nombreux sont les Japonais qui n’ont pas conscience du rôle réel joué par leur pays dans les évènements de l’époque. Je ne les blâme pas, chaque pays est coupable de ça à un moment ou l’autre de son histoire (les Français avec Napoléon et pas mal de trucs liés à la colonisation ne sont pas les derniers sur la liste), mais la Deuxième Guerre Mondiale étant ce qu’elle est dans l’inconscient collectif occidental (et pas que) ça fait quand même bizarre.
Du coup, la section dédiée à la guerre dans le musée s’en ressent. Bien sûr, il s’agit d’un musée dans une petite ville, ce n’est pas forcément son rôle de soulever de tels sujets délicats, mais pour le Français que je suis, la présentation de la situation sembla bien étrange.
Aucune mensonge ni révisionnisme à proprement parler (c’est déjà ça, et j’ai cru comprendre que ce n’était pas partout le cas au Japon), mais de drôles d’omissions quand même.
Par exemple cette citation (de mémoire) tirée de l’audio-guide en anglais : « au fur et à mesure, les tensions entre la Chine et le Japon s’envenimèrent jusqu’à une guerre ouverte, guerre qui dura sans interruption de 1937 à 1945 » sans aucune autre précision sur les raisons de ces tensions.
Même chose par rapport aux États Unis qui sont présentés comme l’ennemi destructeur et responsable de bien des malheurs au Japon à l’époque sans aucune autre précision (d’ailleurs Takamatsu fut pratiquement rasée par les bombardements américains le 4 juillet 1945, ce qui explique d’ailleurs la sensation d’urbanisme à l’américaine que l’on peut avoir en se promenant dans certains quartiers, surtout au centre-ville : ils auront été reconstruits par l’occupant après la guerre).

Mais d’un autre côté, je ne sais pas combien de musées américains dédiés à la guerre insistent sur les bombardements inutiles et les massacres de civils par les États Unis au Japon et en Allemagne (comme je disais plus haut, je ne sais pas s’il existe des pays sans squelettes dans le placard).

 

Mais passons à des choses plus plaisantes avec les quelques photos diverses suivantes:

 

Rue d'un quartier résidentiel à Takamatsu
Une rue résidentielle de Takamatsu (il s'agit de la rue de la famille de 康代)
Takamatsu vue depuis la Mer Intérieure de Seto
Takamatsu vue depuis la Mer Intérieure de Seto
Phare Rouge de Takamatsu et Sunport
Le célèbre phare rouge de Takamatsu et le Sunport au loin.
Port de pêche de Takamatsu
Takamatsu est aussi une ville de pêcheurs

 

Le soir venu, nous avons retrouvé deux des meilleures amies de 康代 pour dîner ensemble et boire quelques verres. Et j’ai enfin pu faire l’expérience de ce que c’est que boire au Japon.

Tout d’abord, il n’y a pas de bars à proprement parler, il s’agit de restaurants où l’on va pour manger et boire, les fameux Izakaya. C’est-à-dire qu’il ne s’agit pas de restaurants normaux où l’on boit, mais bien de restaurants où l’on va dans le but de boire (voire de se saouler), manger étant quelque chose que l’on fait en buvant. Au final, ce n’est pas une mauvaise idée en soi ; ça permet de ne pas boire l’estomac vide (vu que la plupart des clients, en particulier les célèbres Salarymen vont en général boire de suite après la sortie du travail), et en général, plus on boit, plus on a envie de grignoter, donc plus on va être tenté de commander de nouveaux plats, ceci pour la plus grande joie des tenanciers.

Mais quand je parle de plats, il ne faut pas vraiment voir ça comme de vrais plats que l’on mange comme un repas, mais plutôt de petits plats divers et variés dans lesquels on pioche et on picore, d’une manière qui n’est pas sans rappeler les tapas espagnols. Et puis bien sûr on boit… Beaucoup en général…

En fait, il était intéressant de voir 康代 et ses amies boire – ou de ne pas le faire, selon – vu que 康代 et l’une des deux amies ne boivent pas vraiment. 康代 n’a rien contre, au contraire, mais elle a un gros problème avec l’alcool, c’est qu’elle n’a absolument aucune résistance à celui-ci, elle sera ivre avec un verre, très saoule avec deux, et malade avec trois (mais remarquez, cela n’a pas que des mauvais côtés, elle ne me coûte pas cher en alcool quand on sort 😉 ).
Par contre sa deuxième amie, 華代, buvait, elle. Je crois qu’elle a dû boire plus ou moins autant que moi, sinon plus (vu que j’essayais quand même de donner un minimum une bonne image, les rencontrant pour la première fois et ce genre de choses… sans mentionner que nous devions rentrer ensuite à vélo) et sa capacité de résistance à l’alcool était en soi assez impressionnante (je suis sûr qu’elle pourrait faire tomber un grand nombre de mes connaissances et amis, qu’ils soient français ou américains). Elle n’est pas la première Japonaise que je rencontre qui soit comme ça, il y a deux ans, 有希子, mon étudiante/stagiaire japonaise était similaire, nous n’avons jamais essayé et comparé – j’ai passé l’âge de ces enfantillages – mais je suis sûr qu’elle tenait mieux l’alcool que moi.

L’explication de 康代 sur cet état de fait était le suivant. Vu qu’華代 travaille dans un bureau avec tout un tas de Salarymen, elle est amenée à boire en soirée assez souvent, et du coup, c’est une simple question de survie : tenir le rythme ou mourir (j’exagère un peu, 康代 n’a pas tenu exactement ces termes, mais c’est plus ou moins ce que son explication impliquait).

Un autre détail amusant quand le moment fut venu de passer la première commande : étant au Japon, il me sembla normal de commander du saké, mais en fait 華代 et 康代 commandèrent toutes deux de la bière et autour de nous, aux autres tables, c’était aussi surtout de la bière qui était consommée. Et cela me rappela soudain que la même chose arrive en France quand je sors avec des Américains de passage : ils commandent toujours du vin dans les bars, pensant que c’est la chose normale à faire. Alors que je ne sais pas vous, mais quand je bois du vin c’est au restaurant ou à la maison, en tout cas, pendant un repas ; je n’en bois jamais dans un bar. Apparemment, c’est pareil avec le saké au Japon.

Quant aux Salarymen, parlons-en un peu, vu que le lieu leur semblait entièrement dédié.
Nous étions samedi soir et pourtant, la grosse majorité de la clientèle étaient des Salarymen – buvant toute la semaine, ils devaient être terrorisés à l’idée de rester chez eux le samedi soir (et passer du temps avec leur femme ? Oh la la, mais ils ne seraient que faire !), et donc ils se rendent au seul endroit qu’ils connaissent à cette heure de la journée, pour faire la seule activité qu’ils savent faire à ce moment de la journée ?
Maintenant, je ne veux pas généraliser, j’ai vu un seul bar dans une seule ville, si ça se trouve les bars d’à côté étaient pleins d’étudiants ou autres (des petites vieilles ??? j’en doute).

Quand les Salarymen boivent, ils sont amusants.
Vous avez peut-être entendu tout un tas d’histoire à leur propos. Sachez qu’elles sont vraies.
Tous ces gens qui ne vivent que pour leur travail, qui ne se parlent jamais dans la rue, dont la vie est régentée par tout un tas de règles rigides, et bien, ces gens-là utilisent vraiment les Izakaya et l’alcool comme soupape pour ne pas péter les plombs je pense. Jusqu’au point que certains ne sont heureux que là-bas et préfèrent y passer leurs samedis soirs plutôt qu’en famille ? Une fois de plus, je ne veux tirer aucune conclusion hâtive, mais j’ai bien peur que la réponse soit affirmative pour certains.

Il y avait deux tables de Salarymen près de nous, deux tables constituées de personnes qui ne se connaissaient pas (je veux dire à chaque table, tout le monde se connaissait, mais une tablée ne connaissait pas l’autre), et pourtant bien avant la fin de la soirée les deux tables n’en faisaient plus qu’une où tout le monde chantait, était devenu le meilleur ami de son voisin, draguait lourdement la serveuse qui en avait vu d’autres, et pouvait à peine se tenir debout quand il fallait se lever pour aller aux toilettes ou rentrer chez soi.

Un peu plus loin, il y avait une autre paire de tables. L’une constituée uniquement d’hommes (vraisemblablement des Salarymen là aussi) et l’autre de femmes. Au début de la soirée, chacun parlait avec ses amis respectifs, mais bien sûr, la soirée avançant, les hommes avaient assez bu pour trouver le courage de parler à leurs voisines et ils commencèrent à draguer les femmes pas forcément très finement, et je fus surpris (habitué aux Françaises et surtout côtoyant trop souvent les glaçons que sont les Parisiennes) de voir ces dernières réagir très positivement. Et moi qui croyait qu’au Japon, une femme ne parlerait jamais à un inconnu dans un lieu public, surtout pas un inconnu bourré. Apparemment, cette règle n’a pas lieu d’être dans un bar un samedi soir.
Mais le plus surprenant je crois, c’est que quand il fut question de partir, chacun repartit de son côté, et je doute que quoique ce soit (des numéros de téléphone ?) n’ait été échangé (mais il n’est pas impossible que je me trompe, je ne passais pas non plus mon temps à observer leurs faits et gestes).

Mais bientôt, sur les coups de 23 heures, le lieu se vida et nous fûmes les derniers clients. Nous ne nous attardâmes pas non plus.
Etonné par la chose, je questionnai 康代 qui m’informa que c’était normal.

Je suppose que ça l’est quand on boit tous les soirs ou presque sitôt sorti du bureau et qu’il faut en suite rentrer chez soi où vous attendent femme et enfants…

 

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