Vers l’Est (épisode 2)

Le 17 mai au soir, 康代 et moi montions dans un Boeing 777 d’Asiana Airlines pour ce qui allait être mon second voyage en Asie et au Japon.

Rien de bien particulier à dire sur le vol Paris-Séoul, sinon que l’avion était à moitié vide et que ça faisait un bon moment que je n’avais pas eu un vol aussi calme et avec autant d’espace. Il y avait bien un groupe d’étudiants français de je ne sais quelle école de commerce qui allaient faire je ne sais quoi en Asie et qui étaient un peu lourds (comme tout groupe dans un avion), mais ils étaient vers l’arrière, moi plutôt vers l’avant, donc ils ne m’ont pas vraiment dérangé en fait.

L’arrivée à Incheon (l’aéroport international de Séoul pour ceux qui savent pas… moi-même je ne savais pas il y a quelques mois) fut une grande claque, dans le bon sens du terme. Pourquoi ? C’est simple, j’avais entendu du bien de cet aéroport, mais je ne m’attendais pas à quel point il était différent de pas mal d’aéroports de ma connaissance et surtout de Charles de Gaulle (qui reste un des pires aéroports que je connaisse). Ça commence dès la sortie de l’avion : on arrive dans un long couloir couvert de moquette, et tout le long, la décoration est constituée de toutes sortes de meubles laqués et autres artefacts magnifiques exposés devant une grande baie vitrée (quand on compare avec Paris, le Terminal 1 et ses couloirs souterrains recouverts de vieux carrelage moche et de tapis roulants en panne, où la décoration est une série de photos de l’aéroport lui-même qui semblent toutes droit sorties d’une plaquette commerciale, ça calme). Ensuite, comme partout ailleurs, il y a tout un tas de boutiques et de restaurants plus ou moins intéressants, mais il y a aussi – tenez-vous bien – des salons de massage, des crèches, un petit musée (!!!) de vrais coins détente avec moquette, fauteuils confortables dans des coins calmes et ouverts à tous, pas seulement aux business classes, bien évidemment le wi-fi est gratuit et, à mon avis, je n’ai pas tout vu.

Bref, Incheon a la réputation d’être un des meilleurs aéroports du monde, et cette réputation est justifiée.

De la Corée, je n’ai rien vu par contre, il pleuvait des cordes et les collines à quelques encablures de l’aéroport étaient tout simplement invisibles.

Et pourquoi donc me suis-je arrêté à Séoul ?

La réponse est tout simple, il existe des vols directs Séoul – Takamatsu, ce qui est très pratique, avouons-le. Pas besoin de faire un long détour par Tokyo, ni de se taper les trois heures de bus depuis Osaka.

L’arrivée à Takamatsu fut assez cocasse, par contre.

Pas l’arrivée en elle-même, mais le fait que l’avion était plein de vieilles Coréennes (voyageant en groupe bien entendu) et tout ce que cela impliqua. À l’immigration, je me retrouvai littéralement cerné, pas pour longtemps puisqu’elles ne se gênèrent pas trop pour toutes me doubler (et comment les remettre à leur place dans ma situation ? c’était simplement impossible). Si seulement ça c’était arrêté là. Mais non, quand leur tour fut venu, voilà qu’elles commencèrent à faire leurs timorées, chacune voulant qu’une autre passe la première. Et pendant ce temps, 康代 m’attendait, étant elle passée depuis bien longtemps. D’ailleurs la file des Japonais fut bientôt terminée, et remarquant qu’elle allait bientôt s’ouvrir aux étrangers, ni une ni deux, dès que ce fut le cas, je m’y faufilai sous le nez des vieilles Coréennes toujours aussi lentes à passer (et que je cherche mon passeport dans mon sac parce que je l’avais pas encore préparé, et que je ne comprends pas où il faut poser les doigts pour les empreintes digitales, et que je veux attendre que ma copine soit elle aussi passée avant d’avancer plus en avant). Et, croyez-le ou non, les mêmes qui m’avaient doublé quelques minutes plus tôt me regardèrent alors d’un air offusqué parce que j’avais osé avoir eu la présence d’esprit de changer de file et du coup, leur repasser devant.

On pourrait croire que cette petite histoire très mesquine allait s’arrêter là, mais détrompez-vous, encore fallait-il passer la douane.

Pour je ne sais quelle raison, les douaniers avaient décidé de faire la grève du zèle et donc c’était un sacré bordel au passage de la douane (en fait, j’appris plus tard qu’il n’y a que deux ou trois vols internationaux par semaine arrivant à Takamatsu, donc les douaniers font bien du zèle dans ces moments-là, vu qu’ils ne doivent pas faire grand-chose le reste du temps), si bien qu’une fois de plus je me retrouvais devant la plupart des Coréennes, et une fois de plus, celles qui étaient derrière tentèrent de me doubler de nouveau. Manque de bol pour elles, notre chariot étant bien chargé, une fois dans la file, légèrement en diagonale, il devint infranchissable, et une fois de plus je pus les deviner en train de fulminer derrière moi. J’ai encore du mal à comprendre ce comportement un peu nul. Déjà, doubler dans la file au Japon est quelque chose d’inacceptable (mais il est vrai qu’il n’y avait que peu de Japonais dans cet avion), mais le fait qu’elles prirent mal de n’avoir put réussir à me doubler me semble être une réaction des plus étranges. Comme si pour elles, il était logique et normal de me doubler et que je doive l’accepter avec le sourire. La bonne blague finale fut quand le douanier décida de fouiller notre valise, puis partir quelques minutes pour passer nos boîtes de foie gras au rayons X pour s’assurer de leurs contenus (ça traverse les boîtes de conserve les rayons X ?) et qu’elles durent attendre encore plus que prévu.

J’ai encore du mal à saisir la logique derrière la fouille du douanier, qui ne fouilla qu’une seule et unique valise sur les deux que nous avions, en plus des trois sacs.

Puis ce fut les retrouvailles avec le père de 康代 et le trajet vers la maison familiale.

Pratiquement un an jour pour jour après la première fois, j’étais de retour au Japon et à Takamatsu et mes premières impressions cette fois-ci furent étonnamment (ou pas ?) totalement à l’opposé de ma première arrivée, puisque ce fut un sentiment de familiarité qui prédomina pendant ce court trajet en voiture à travers la ville : reconnaître des rues où je n’étais pourtant allé qu’une ou deux fois, passer devant le Ritsurin me donna l’impression de passer devant un lieu que je connaissais depuis toujours, retrouver le quartier de 康代 me donna presque la même sensation qu’arriver dans le quartier où j’ai grandi et où mes parents vivent toujours quand je rentrais des États-Unis pour l’été il y a quelques années.

Bref, j’étais de retour au Japon et dans cette ville qui prend une place de plus en plus importante dans mon cœur.

takamatsu sunport

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