Les Gaijin et Moi…

 

Je ne peux pas vraiment parler du Japon sans parler des Gaijin.

Tout d’abord pour les trois du fond qui ne savent pas ce qu’est un Gaijin, en gros, c’est vous et c’est moi, ainsi que tous les autres non-Japonais.

Bref, un Gaijin c’est un étranger pour un Japonais. Même si en pratique, l’étranger en question sera plutôt pas asiatique, voire plutôt blanc.

Et qu’y a-t-il donc à dire sur les Gaijin et moi au Japon ?

D’abord, je pense que je ne vous surprendrai pas beaucoup si je vous dis qu’ils sont très rares à Kagawa. Je présuppose qu’il est plus commun d’en croiser dans des grandes villes ou des régions plus célèbres, mais sur Shikoku, on est encore loin de l’invasion.

Ils sont si rares que l’ancien professeur de français de 康代 est une « presque célébrité » à Takamatsu. Je ne l’ai pas rencontré, mais je l’ai vu plusieurs fois sur certaines affiches promouvant une dimension internationale à la ville et sur lesquelles il faisait le Français de service. Au passage, même s’il y a encore une longue route à parcourir, il y a bien une réelle volonté du côté de Kagawa à s’ouvrir et se faire connaître à l’étranger. Je suis sûr que j’aurais bien l’occasion de vous parler plus en détails de Shikoku Muchujin et du Setouchi International Art Festival pour ne citer que ces deux exemples.

Toutefois, et malgré leur rareté dans la région, il m’est arrivé de croiser un à deux Gaijin par jour en moyenne (parfois les mêmes d’un jour sur l’autre) voire un peu plus le samedi, ceux travaillant en ville étant  plus que probablement sur leur lieu de travail le reste de la semaine et pas en train de se balader dans la rue.

Si vous me connaissez – ou non – vous savez que je ne suis pas le genre de personne qui tient absolument à être entouré ou à rencontrer des personnes qui lui ressemblent absolument, et rien ne m’agace plus – à l’étranger – que les gens qui sont contents de croiser d’autres personnes de leur nationalité (mauvaise habitude assez typique des Français d’ailleurs : « Ah! Un compatriote ! Quel bonheur, on va pouvoir échanger nos impressions de ces sauvages ! » et ce genre de trucs) au point que il m’arrivait d’être presque agacé de croiser des blancs par moments, un peu comme s’ils enlevaient de l’authenticité à mon séjour au Japon (et bien sûr à mon unicité).

Et en fait, je ne savais jamais comment réagir quand je croisais un autre Gaijin (et eux non plus la plupart du temps, j’ai l’impression).

La plupart du temps, nous nous ignorions l’un l’autre tout simplement (tout en se regardant brièvement du coin de l’oeil), après tout, c’est ce que font les Japonais quand ils se croisent, que le lieu soit noir de monde ou complètement désert, il me semblait bizarre de faire autrement. Mais de temps à autres, un petit signe de tête ou un léger sourire m’échappait (quand ce n’était pas à eux que ça échappait) ce qui me faisait toujours hésiter entre le « On s’est signalé l’un à l’autre uniquement parce que nous sommes tous deux blancs, c’est nul » et le « Je viens de croiser cette personne en un lieu désert, j’ai réagi naturellement, et je ne me suis pas forcé à l’ignorer comme je fais avec tous les Japonais que je croise en ce lieu, cool. »

Et puis, il y a eu le bateau pour Ogijima, sur lequel nous avons croisé d’autres Français… Ils allaient à Megijima – l’île à mi-chemin entre Takamatsu et Ogijima – et il s’agissait d’un couple de trentenaires et de leurs deux jeunes enfants (4-6 ans environ). Ils étaient de toute évidence des touristes, mais j’ai l’impression que s’ils étaient touristes à Kagawa, ils vivaient toutefois au Japon. Je sais pas, une impression…

Soudain, je fus en proie à un drôle de conflit interne. Il était hors de question que je leur adresse la parole juste parce qu’ils étaient eux aussi français (d’ailleurs, si ça se trouve, ils étaient suisses, j’avais du mal à situer leur accent), mais d’un autre côté, cela faisait six jours que la seule personne avec qui j’avais pu parler était 康代 et cette impossibilité de communiquer avec d’autres personnes commençait un peu à me peser, étant du genre à aimer parler avec les gens, même si je ne les connais pas (la preuve, j’écris même des blogs) et tout particulièrement quand je suis à l’étranger. Cette incapacité de communiquer au Japon fut un des trucs les plus difficiles du voyage je crois.

Tout au long du trajet entre Takamatsu et Megijima (20 minutes) de même que sur le chemin du retour (ils prirent le même ferry, là aussi), je ne cessai de peser le pour et le contre, ne faisant rien au final et espérant secrètement que ce soit eux qui m’abordent.

Mais savaient-ils seulement que j’étais français ? Pas sûr. Je pense que les adultes ne l’ont pas réalisé avant la fin du voyage (en sortant du ferry le père était juste derrière moi et il ne peut pas ne pas nous avoir entendu parler), mais un des deux enfants – qui courraient allègrement sur le pont au cours du trajet – s’arrêta brièvement près de nous et nous écouta quelques secondes. Maintenant, vu son jeune âge, il n’a pas dû se formaliser plus que ça de la chose (j’imagine que pour lui, les Asiatiques ça parle japonais et les Blancs ça parle français et c’est tout).

Étrangement, 康代 m’informa plus tard qu’elle aurait souhaité que je leur parle, essentiellement pour connaître leur histoire, mais bien sûr, jamais elle n’aurait osé le faire d’elle-même. Je dis « étrangement » parce que jamais au grand jamais elle ne parlerait à un Japonais rencontré au hasard dans les rues de Paris, même si celui-ci semble perdu par exemple. Pour elle, on ne parle pas à un Japonais inconnu dans la rue et puis c’est tout. À sa décharge, il est vrai qu’il n’est pas non plus exactement rare de croiser des Japonais dans les rues de Paris, c’est plutôt passer une journée sans en croiser un qui est rare.

Et je terminerai ce billet en disant que croiser des Gaijin dans la rue fournit un peu de divertissement aussi, puisqu’un de nos jeux était de deviner leur nationalité et s’ils étaient touristes ou résidents.

Pour les touristes et les résidents c’était pas dur : d’un côté des sac-à-dos, des appareils-photo, des shorts,  et ce genre de choses, de l’autre, des vêtement « normaux », des accessoires locaux (vélo, etc.)
Pour les nationalités, c’est « australienne » qui est revenue le plus souvent, sans possibilité de vérifier si nous avions ou non raison.

 

Oni à Megijima
L'ogre (Oni) de Megijima accueillant les gens à l'entrée du port.

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