Akihabara, Kanda et Néoconfucianisme (19e jour – 6 juin 2010 – troisième partie)

Étape suivante de cette journée marathon dans Tokyo : Akihabara !

Drôle de lieu que ce quartier à cent lieux – que dis-je – à un univers du Japon de Nara, de Shikoku, d’Hiroshima. Comment ce lieu peut-il se trouver dans le même pays que ceux-là ? Certains diront que c’est aussi cela le charme du Japon, personnellement, j’ai du mal à qualifier de charmant un quartier aussi horrible non seulement esthétiquement, mais aussi symboliquement. On dit souvent que les Japonais sont champions du monde quand il s’agit de reprendre un concept étranger et de l’améliorer, c’est vrai pour les bonnes choses, c’est aussi vrai pour les mauvaises : même au cours de mes longues années passées aux États-Unis je n’ai jamais vu lieu où le consumérisme acharné et décérébré était roi comme à Akihabara. Au point que moi aussi, alors que je n’avais besoin de rien, envie de pas beaucoup plus et des fonds suffisants pour la même quantité, je me suis retrouvé à deux doigts d’acheter un nouveau lecteur mp3 comme si soudain on m’avait lavé le cerveau : j’étais à Akihabara, il me fallait donc acheter un objet technologique, quelqu’il soit. Heureusement, je me suis ressaisi à la dernière minute et nous quittâmes rapidement cet affreux lieu surpeuplé, hyperactif et sans âme. Surtout qu’au final, la plupart des produits disponibles ne sont pas inédits en France et sont souvent vendus plus ou moins aux mêmes prix, mondialisation, tout ça.
On y trouve même des Kebabs !
Je crois que tout est dit quant au niveau et à la classe du lieu.

Nous tombâmes aussi sur une bien étrange manifestation. Je n’imaginais jamais voir une manifestation au Japon ! Intrigué, je demandais à 康代 quelles étaient les revendications, elle me répondit, un peu perplexe, qu’il s’agirait d’otakus demandant eux aussi à être traités comme des êtres humains…
J’ai d’abord passé à une blague potache, une sorte de happening, mais non la chose semblait bel et bien très sérieuse.

« Nous aussi, les otakus, sommes des êtres humains et
demandons à être traités comme tel !!! »

Qui donc ne les traitait pas comme des humains ? Quoiqu’à la réflexion, qui donc les traite comme quoique ce soit : les otakus n’ont pas de vie sociale en dehors de quelques autres otakus normalement, non ?

Tout cela me laissa bien dubitatif, du moins le temps de quitter le quartier…

Non loin d’Akihabara se trouve un temps shinto assez important du nom de Kanda Miyōjin (神田明神). Important tout d’abord parce qu’il n’est pas tout jeune, il date de l’an 730 environ, même si son emplacement original était ailleurs. Comme beaucoup d’autres temples il fut reconstruit plusieurs fois, son incarnation la plus récente datant de 1934 (il a été détruit pendant le grand tremblement de terre du Kantō de 1923) et elle a survécu aux bombardements de 1945. La porte principale actuelle Zuishin-mon date par contre de 1995.

Si le temple est important c’est surtout parce qu’il abrite trois Kami et que deux d’entre eux, Ebisu et Daikokuten font partie des Sept Nai… Oups… Je voulais dire qu’ils font partie des Sept Dieux du Bonheur. Le troisième, Taira no Masakado était un samouraï de la Période Heian qui a été transformé en Kami.
Le Kanda Matsuri, l’un des trois plus importants Matsuri de Tokyo est basé à ce temple.

Nous avons eu la chance de tomber sur un mariage traditionnel. 
Par contre, et au risque de passer pour un malotru, s’il n’y a pas de photo de face de la mariée (ici en rouge) alors que j’ai eu plusieurs occasions de la photographier, c’est parce qu’elle était laide comme un pou… Désolé…

Non loin du Temple Kanda se trouve un bâtiment très intéressant. Il s’appelle Yushima Seidō (il est aussi connu sous le nom de Shōheikō). Si j’ai bien tout compris il date du 17e siècle et fut jusqu’à la Restauration de Meiji une académie néoconfucéenne, la philosophie officielle de l’époque.

Depuis 1871 et la fermeture de l’Académie, le lieu a servi à beaucoup de choses (Ministère de l’Éducation, campus des universités Ochanomizu et Tsubuka, Musée National de Tokyo), aujourd’hui, je ne sais pas trop.  Quand nous y sommes passés, il était fermé, assez désert, mais je crois bien avoir vu quelqu’un se prosterner en passant devant le bâtiment principal comme il ferait avec un temple normal…
Sinon ses bâtiments et structures tout de noir peints donne un aspect unique au lieu, presque perturbant, comme s’il s’agissait effectivement d’un temple d’une religion inconnue.
La plus grande statue au monde de Confucius serait gardée à l’intérieur.

Et puisque nous parlons de religions exotiques, à noter non loin la présence de la Sainte Cathédrale de la Résurrection, la cathédrale principale de l’Église Orthodoxe du Japon (moi non plus je ne savais pas qu’une telle chose existait).


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3 commentaires sur “Akihabara, Kanda et Néoconfucianisme (19e jour – 6 juin 2010 – troisième partie)”

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